samedi 9 mai 2026

Orwell 2+2=5 (2h, 2025) de Raoul Peck

Raoul Peck construit un documentaire où la trame de fond est l'histoire de George Orwell et de son célèbre roman "1984", pour supporter et montrer que ce n'est plus un roman, mais une réalité en montrant et en assemblant et collant des images des différentes actualités qui ont balayé le vingtième siècle et ce début de vingt et unième.

Le film est passionnant pour sa composante qui raconte la vie, la genèse de George Orwell auteur de son roman "1984". Le film mélange aussi des extraits des différents films qui ont adapté le roman "1984".

Le film compose un ensemble de choses pour produire un message antifasciste de bon aloi, même s'il n'est pas subtil. Avec en filigrane, le fait que le fascisme est déjà là et que "1984" n'est pas un roman de science-fiction. C'est d'ailleurs une question : peut-on dénoncer le fascisme en étant léger ? 

 poster du film Bande-annonce Orwell: 2+2=5 

dimanche 26 avril 2026

Crime 101 (2h20, 2026) de Bart Layton

Avec Chris Hemsworth, Halle Berry, Mark Ruffalo, Barry Keoghan, Nick Nolte, Jennifer Jason Leigh, Corey Hawkins, Monica Barbaro.

Une superproduction MGM Prime Original. Que retenir de ce film, relativement routinier ? Mais son défaut est dans le  "relativement". Le principal est que notre cambrioleur de génie, Chris Hemsworth, a des états d'âme et des sujets psychologiques parce qu'il rencontre l'amour. Cette composante là de l'histoire, même si nous comprenons la volonté de sortir du lot avec cet arc dramatique, parait forcée et nous la percevons comme ridicule.

La grande qualité du film, outre le très bon niveau de tous les départements techniques, est sa distribution, avec beaucoup d'actrice et acteurs chevronnés pour accompagner Chris Hemsworth. Mention particulière pour Mark Ruffalo dont le personnage est bien écrit. Cela fait plaisir de revoir Halle Berry, même si son personnage est cousu de fil blanc.

Nous pourrions dire que ce film est une belle tentative, mais reste imparfait. Et permet à Chris Hemsworth de sortir des sentiers battus des supers productions avec superhéros.

 poster du film Bande-annonce Crime 101 

mardi 21 avril 2026

Le Relais De L'Or Maudit (Hangman's Knot, 1h21, 1952) de Roy Huggins

Avec Randolph Scott, Donna Reed, Claude Jarman Jr., Frank Faylen, Glenn Langan, Richard Denning, Lee Marvin, Jeanette Nolan.

Cela commence comme un western, avec la diligence, les espaces arides, puis il y a une bascule dont l'argent est le moteur, et le film continue de nuit dans un relais où les preneurs d'otages de la diligence sont assiégés par des gens, eux aussi motivés par l'argent (l'or du titre). L'argent est le prétexte. Cela permet à Roy Huggins de construire un film Noir où les kidnappés affrontent les kidnappeurs, et où ceux-ci affrontent ceux qui les assiègent. Les caractères et personnalités se manifestent au cours des évènements.

Le film n'épargne pas le spectateur : tentative de viol, lynchage par pendaison, couardises et trahisons. Le scénario de Roy Huggins est dense, égrenant ses rebondissements régulièrement. Et tout cela en 81 minutes ! C'est une production Harry Joe Brown et Randolph Scott de très bonne qualité, avec un scénario qui pourrait être transposé dans de multiples univers. À noter que Roy Huggins est surtout très connu pour sa carrière de scénariste pour des séries télévisées, et que celui-ci est le seul sur lequel il est crédité de metteur en scène.

Du côté de la distribution, Donna Reed domine dans un personnage qui possède de la substance. À noter que le titre original, "le nœud du pendu" est un titre intéressant, et est bien une composante de la noirceur du film. 

 Le Relais de l'or maudit [Édition Collection Silver] [Blu-ray]

 

jeudi 16 avril 2026

La Grazia (2h12, 2025) de Paolo Sorrentino

 Avec Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Massimo Venturiello, Milvia Marigliano, Giuseppe Gaiani, Roberto Zibetti, Vasco Mirandola, Linda Messerklinger.

Les affres du président de la République italienne, qui doit statuer sur une loi relative à l'euthanasie, et sur deux dossiers de grâce pour deux condamnés. À ceci se greffent des inquiétudes personnelles où ce vieux président qui termine son mandat dans quelque mois se pose des questions concernant sa femme.

Paolo Sorrentino arrive à rendre cette histoire intéressante. Le spectateur n'a pas envie de décrocher et se demande ce qu'il va décider. Notamment, car nous percevons des éléments qui vont aider ce juriste à prendre  ses décisions. Et nous voyons comment il fait pour arriver à prendre sa décision, en particulier pour les deux grâces qui lui sont soumises.

Un film au ton bien à lui, en particulier concernant son sujet et son rythme. Comme quoi il est possible de faire un film lent, qui accroche et tient le spectateur jusqu'au bout.

 poster du film Bande-annonce La Grazia

13 jours 13 nuits (1h52, 2025) de Martin Bourboulon

Avec Roschdy Zem, Lyna Khoudri, Sidse Babett Knudsen, Grégoire Leprince-Ringuet, Nicolas Bridet, Christophe Montenez, Yan Tual, Jean-Claude Muaka.

Le film raconte comment l'ambassade de France et les réfugiés Aphgan qu'elle a sous sa protection sont rapatriés en France pendant la chute de Kaboul et l'arrivée des talibans en aout 2021. Les 13 jours et 13 nuits du film ne sont que dans le titre, et la durée que cela évoque est absente de la mise en scène, ou du montage du film. Au point qu'on nous apprend à la fin que cela a durée 13 jours, mais cela tombe à plat.

Il est regrettable de critiquer ce film. Sa structure dramatique et la montée de la tension sont bien menées. Et le film se passe bien lorsque cela bouge, lorsque les personnages sont en déplacement et donc en tension, et qu'ils ou elles ne parlent pas.

Par contre, dès qu'il y a des dialogues, qui se veulent profonds, les scènes ne marchent pas et font sourire. Et certains personnages sont pénibles et paraissent artificiels : la traductrice, nous nous moquons de ses états d'âme, et sa mère qui amène son lot de sous-arcs dramatiques.

Roschdy Zem s'en sort très bien. Mais dès qu'il y a une pause, on retombe sur des dialogues balourds et des micro-inquiétudes inutiles. Peu mieux faire.

poster du film Bande-annonce 13 jours 13 nuits 

mardi 14 avril 2026

Predator Badlands (1h47, 2025) de Dan Trachtenberg

Avec Elle Fanning, Dimitrius Schuster-Koloamatangi, Ravi Narayan, Chris Terhune, Michael Homick, Stefan Grube, Reuben de Jong, Cameron Brown, Alison Wright, Matt Duffer.

Nous sommes bien chez Disney avec ce nouvel épisode de la franchise Predator (1987, John McTiernan). Autant Prey (2022) du même réalisateur était brutal, violent et sale, et très réussi, car adhérant parfaitement à la franchise. Autant ici il s'agit d'un film pour la famille sous la structure d'un film de potes. Ici le schéma narratif de la franchise est inversé. Le Predator est un gros bourrin finalement gentil. Il doit s'allier avec une gentille synthétique hyper bavarde pour affronter de méchants synthétiques de la Weylan Yutani (oui, cela fait une jointure avec la franchise Alien - 1979, Ridley Scott -). 

Si l'on accepte cela, la planète sur laquelle le Predator du film et la gentille synthétique évoluent est spectaculaire avec sa biomasse et ses animaux exotiques. Avec un côté film de jungle très sympathique, et une invention certaine au niveau du bestiaire et des végétaux.

Ici il n'y a aucun sang et une violence très familliale (avec ce qu'il faut de gentille bête pour devenir une peluche). Nous imaginons que c'est le cahier des charges qui a été donné à Dan Trachtenberg. Le dernier quart du film, qui fait la jointure avec la Weylan Yutani, est moins réussi, car déjà vu si l'on connaît bien la franchise Alien.

Predator : Badlands 

dimanche 12 avril 2026

L'Inconnu De La Grande Arche (1h44, 2025) de Stéphane Demoustier

 Avec Claes Bang, Sidse Babett Knudsen, Xavier Dolan, Swann Arlaud, Michel Fau, Micha Lescot, Viilbjørk Malling Agger.

Les péripéties de la construction de la grande arche de La Défense sont racontées dans ce film. À partir du moment où le répondant qui a gagné est choisi, jusqu'au déroulement du chantier. L'intérêt du film est que le répondant, un architecte scandinave, était inconnu de toutes et tous et qu'il a fallu le retrouver dans sa Scandinavie ; lui même ne s'attendant pas à être retenu. Ensuite il a fallu constituer l'équipe de maîtrise d'œuvre. Avec les différentes péripéties qui peuvent arriver à un chantier de construction, en particulier amplifiées pour un tel chantier inhabituel.

Le film nous met au cœur des transactions, influences et autres inquiétudes des différentes parties prenantes. Des politiques, dont le président de la République, François Mittérand, son cabinet, jusqu'à la maitrise d'œuvre, les concurrents et aussi certains fournisseurs.

C'est donc un film historique sur un chantier pharaonique. Qui reconstitue la période au niveau des décors, de l'image et de l'atmosphère, qui est un peu triste et peu avenante. Mais le film reste passionnant.

poster du film L'Inconnu De La Grande Arche 

samedi 11 avril 2026

L'étranger (2h02, 2025) de François Ozon

Avec Benjamin Voisin, Rebecca Marder, Pierre Lottin, Denis Lavant, Swann Arlaud, Christophe Malavoy, Nicolas Vaude, Jean-Charles Clichet, Mireille Perrier.

Film à très faible hystérésis. Le personnage principal est insipide et nous ennuie. Nous nous moquons de ses turpitudes, intérieures et extérieures. Tout comme lui il se moque de tout ce qui l'entoure. C'est le sujet du film visiblement, ce personnage n'a aucune empathie, pour personne, il est inhumain. Soit. Le matériau original est un roman, que nous ne connaissons pas. Le film résultant est un pensum d'où ne sortent que les métiers techniques. Décos, photo, costumes, direction d'acteur, tout cela est bel et bien, mais tourne à vide. Une non-histoire. Pierre Lottin, par contre, encore une foi, sort du lot, grâce à son personnage très loquace et imprime un peu. Denis Lavant est ridicule.

Le film de tribunal est un genre à part entière. Ici une partie du film se déroule dans un tribunal. Avec sa mollesse. Nous pourrions louer l'exercice de style, réel, mené par François Ozon. Mais nous conseillons ce film aux dissertant sur le roman et les différences du film avec le roman source. 

 poster du film Bande-annonce L’Étranger 

jeudi 9 avril 2026

The Mastermind (1h50, 2025) de Kelly Reichardt

Avec Josh O'Connor, Alana Haim, Hope Davis, Bill Camp, John Magaro, Gaby Hoffmann, Eli Gelb, Cole Doman, Javion Allen, Amanda Plummer.

C'est mou : le film est très lent. À l'image de son personnage principal : un raté dans une petite ville étatsunienne monte un vol d'œuvre d'art avec des équipiers qui ne sont pas fiables ; il s'agit de dérober une œuvre d'un musée local. Le scénario prend son temps. Le personnage de Josh O'Connor est mou, d'où la mollesse du fim. Mais qui déroule son histoire, l'idée du braquage, la préparation, la réalisation, la fuite, l'après-braquage pour vendre la toile, puis l'épilogue. 

Le rythme n'est pas celui d'une comédie (le film dure 1h50), mais il contient son lot de comédie, car les équipiers sont des bras cassés. Josh O'Connor, son personnage, est un hébété permanent devant le fait que tout ce qu'il a imaginé comme déroulement ne se produit pas, n'étant pas aidé par une intelligence moins que moyenne et une anticipation nulle de ce qui pourrait se passer ou perturber ce qu'il veut faire.

Cette mollesse du film permet au spectateur d'avoir une certaine empathie pour ce pauvre bougre de Josh O'Connor, pas vraiment méchant, ambitieux avec mesure, qui essaie des choses, qui sont mal organisées et gérées. C'est elle qui donne sa signature au film.

poster du film Bande-annonce The Mastermind 

dimanche 5 avril 2026

Personne n'y comprend rien (1h48, 2025) de Yannick Kergoat

Un documentaire qui s'échine à expliquer les histoires d'argent dans lesquelles est empêtré un ancien président de la République française concernant en particulier le financement de sa campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy donc. Et le mérite du film est de rappeler un ensemble d'évènements, d'informations, de choses racontées, qui font que nous n'y comprenons rien. Le documentaire ne ment pas. Rappelons que Nicolas Sarkozy a été condamné, est condamné et sera condamné. Tout ceci est ridicule, rempli de bouffonnerie (les faits racontés, avec plus ou moins de vérité selon les personnes). Bref, tout ceci est assez lamentable. Le documentaire aurait pu s'appeler "Personnes sans honneur". 
Une curiosité. 

poster du film Bande-annonce Personne n'y comprend rien 

La Femme La Plus Riche Du Monde (2h01, 2025) de Thierry Klifa

Avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Marina Foïs, Raphaël Personnaz, André Marcon, Mathieu Demy, Joseph Olivennes, Micha Lescot, Paul Beaurepaire, Anne Brochet.

Le film de Thierry Klifa ne ment pas : il nous parle de la femme la plus riche du monde, c'est à dire, la vie de cette femme, son monde, avec les directives professionnelles, sa vie avec son mari, sa fille, ses obligations de communications, sa déconnexion du réel et plus précisément de la valeur des choses. Elle croise un photographe relativement excentrique (franc parlé, en particulier concernant son homosexualité) qui la divertit et qui s'immisce dans sa vie. Il la distrait et elle lui donne de l'argent, avec bien sûr l'inquiétude de sa famille de la voir donner de l'argent à un profiteur, au sens premier : dès qu'il a besoin d'argent elle lui en donne, et il ne refuse pas. Ce photographe est interprété par Laurent Lafitte, qui s'amuse beaucoup dans ce personnage. Isabelle Huppert rend crédible ce personnage, qui a par ailleurs une vie mièvre et terne, remplie de contraintes. Marina Foïs est la fille, qui ne voit pas d'un bon œil ces sorties d'argent vers le nouvel ami de sa maman.

Le petit défaut du film est que nous n'avons pas d'empathie. Aucun personnage n'en suscite. Ce qui donne l'impression de regarder des animaux en cage, avec leurs turpitudes sans lien social ou sociétal avec une quelconque réalité. C'est peut-être l'effet recherché par Thierry Klifa...

poster du film Bande-annonce La Femme la plus riche du Monde

samedi 4 avril 2026

Dossier 137 (1h55, 2025) de Dominik Moll

Avec Léa Drucker, Jonathan Turnbull, Solàn Machado-Graner, Guslagie Malanda, Théo Navarro-Mussy, Florence Viala, Stanislas Merhar, Yoann Blanc, Antonia Buresi.

Le film d'enquête, à l'intérieur de la police. Car il s'agit ici d'une enquête de la police des polices. Avec le point de vue des différents policiers concernés par l'évènement qui a "dérapé". Dominik Moll choisit un montage très dynamique pour tirer et maintenir la curiosité du spectateur, qui souhaite ardemment savoir ce qui s'est passé. Chaque camp défend son point de vue, certains avec plus ou moins de bonne foi. Léa Drucker à la tête opérationnelle de cette enquête est impressionnante et donne une interprétation solide avec une profondeur permanente. Comme souvent, elle arrive à exprimer le poids sur elle, les charges mentales multiples qu'elle affronte, avec peu de chose, simplement. Le dosage de son personnage est parfait, à la recherche de faits, évitant de faire des interprétations, sans a priori ou préjugé. C'est la solidité de cette enquête. Ce qui rendra d'autant plus fortes les révélations et la description des faits réels.

Le film a le mérite de parler de l'arrière-plan de grandes manifestations à Paris des Gilets Jaunes, du point de vue de la police et préfecture, et comment ces manifestations ont été gérées par les forces de l'ordre. 

Encore une grande efficacité pour Dominik Moll, après son La Nuit Du 12 (2022) impressionnant, là aussi avec un personnage principal tourmenté par ses charges mentales multiples. 

poster du film Bande-annonce Dossier 137 

Women Talking (1h44, 2022) de Sarah Polley

Avec Rooney Mara, Judith Ivey, Emily Mitchell, Kate Hallett, Liv McNeil, Claire Foy, Sheila McCarthy, Jessie Buckley, Michelle McLeod, Kira Guloien, Shayla Brown, Frances McDormand, Ben Whishaw.

Les femmes d'une communauté religieuse arriérée, c'est à dire une secte de 2010, c'est-à-dire phallocrate, misogyne et féminicide, débattent et discutent pour savoir si elles doivent quitter cette communauté, où elles sont battues, violées, où la pédophilie est possible. La religion chrétienne est évoquée.

Le film est assez fort, car il ne montre jamais les monstres, les hommes, si ce n'est enfants. Nous ne rencontrerons pas leur décision, mais ce film de discussion dans une grange reste puissant et dense en permanence.

 poster du film Bande-annonce Women Talking 

lundi 30 mars 2026

Une Bataille Après L'Autre (One Battle After Another, 2h41, 2025) de Paul Thomas Anderson

Avec Teyana Taylor, Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Benicio Del Toro, Regina Hall, Wood Harris, Alana Haim, Shayna McHayle, Paul Grimstad, Dijon, Brooklyn Demme, Sachi Diserafino, Melissa Dueñas, 

Paul Thomas Anderson compose plusieurs films en un. Il prend son temps pour installer ses personnages. L'exposition doit bien durer trente minutes.

Un groupe de militants révolutionnaires états-uniens, contre le gouvernement états-unien, Trumpiste vraisemblablement par ce qui nous est montré, réalise un certains nombres d'actions : libérer des immigrants des camps où ils sont enfermés, attaque de banque. Ensuite il y a la traque de ces individus. Puis ensuite un de ceux-ci est particulièrement traqué. Ce dernier est Leonardo DiCaprio. Il est traqué, car il est un des derniers non attrapés, et l'état recherche aussi sa fille, qui est liée au groupuscule.

Poursuites. Violences. Revendications. Humours. Extrême droite. Fascisme. Racisme. Neutres. Justice expéditive. Secte. Suprémacisme. Révolutionnaires. Mexicains. Les ingrédients qu'assemble Paul Thomas Anderson sont puissants et sont évidemment un message. Le tout avec par moment de vrais moments de comédie dans le cours de l'action dramatique. Le film est aussi très direct sur le plan sexuel. Et d'une manière générale, nous ne sommes pas dans un haut degré de subtilité. Mais nous ne sommes pas dans un univers de personnes subtiles. 

L'utilisation régulière du sexe est de bon aloi. Cela met de l'hystérésis dans le film. Cela l'ancre dans une forme de réalisme. 

Le film est à l'image de sa distribution : riche et varié. 

poster du film Bande-annonce Une bataille après l'autre 

La Prisonnière des Comanches (Comanche Station, 1h13, 1960) de Budd Boetticher

Avec Randolph Scott, Nancy Gates, Claude Akins, Skip Homeier, Richard Rust, Rand Brooks, Dyke Johnson, Foster Hood.

Randolph Scott a comme activité de retrouver les femmes blanches kidnappées par les Indiens. Il parcourt les territoires pour les échanger contre de la valeur marchande. Il rachète Nancy Gates aux Comanches et la conduit vers son mari. Celui-ci a offert une belle prime pour celui qui retrouve et ramène sa femme. Ceci est le point de départ. La prime suscitant l'intérêt de plusieurs chasseurs de primes, le chemin de retour ne sera pas de tout repos. Avec de plus des Indiens sur le sentier de la guerre, car mécontents pour d'autres raisons. Et avec aussi le sentiment que si le mari ne se charge pas lui-même de cela, c'est qu'il n’est pas un homme.

Tout ceci est mené encore une fois  avec le brio de Burt Kennedy au scénario, et le talent de Boetticher pour caractériser de manière simple ses personnages secondaires, ici Claude Akins et ses deux équipiers. À ceux-ci ajoutons des intentions cachées de Randolph Scott. Sans temps morts inutiles, soixante-treize minutes directes, pour une scène finale encore poignante pour Randolph Scott et sa quête.

Comanche Station [Édition Spéciale] [Blu-ray]

samedi 28 mars 2026

Le Dossier Maldoror (2h24, 2025) de Fabrice du Welz

Avec Anthony Bajon, Alba Gaïa Bellugi, Alexis Manenti, Sergi López, Laurent Lucas, David Murgia, Béatrice Dalle, Lubna Azabal, Jackie Berroyer, Mélanie Doutey, Félix Maritaud.

Fabrice du Welz nous avait déjà intrigués avec son très beau film Adoration (2019), à la fois dense et atmosphérique. Le Dossier Maldoror est un film policier qui raconte à sa manière, dans les années 90 et  les années qui suivent l'enlèvement, la séquestration et le meurtre de jeunes femmes, dans la région de Charleroi en Belgique. L'histoire est librement inspirée de l'affaire Dutroux. Et le filme raconte l'histoire du point de vue des polices, qui ne communiquent et partagent pas l'information et se détestent, mais aussi du point de vue des suspects, car c'est la l'horreur de l'histoire : le ou les criminels étaient connus dès le départ, mais la guerre des polices et les rivalités au sein de la gendarmerie, ont empêché l'enquête de progresser rapidement. La guerre des polices suggérée comme ayant causé la mort de plusieurs jeunes filles sera réformée à l'issue de l'affaire : elles seront restructurées devant l'échec de cette enquête.

Le film est porté  par Anthony Bajon, qui contribue à l'enquête. Gendarme au cœur d'une partie de l'investigation, son inexpérience plus son désir de rendre justice changeront sa vie pour toujours.

Après Adoration (2019), Fabrice du Wetz compose une œuvre à la fois atmosphérique et triviale (le film contient son lot d'images horribles, présentées ou suggérées). 

poster du film Bande-annonce Le Dossier Maldoror 

lundi 23 mars 2026

L'homme de l'arizona (The Tall-T, 1h18, 1957) de Budd Boetticher

Avec Randolph Scott, Richard Boone, Maureen O'Sullivan, Henry Silva, Skip HomeierArthur Hunnicutt, James Best, Pernell Roberts, Robert Burton.

Encore une petite baffe avec ce bijou signé Budd Boetticher, avec Burt Kennedy pour le scénario (d'après Elmore Leonard). Avec une photo signée Charles Laughton Jr. Et la musique de Heinz Roemheld, qui a l'air d'être toujours la même d'un film à l'autre de la série, et qui s'échine à mettre des musiques guillerettes sur des plans de transitions, décorrélées des tensions avant la transition ou la tension vers laquelle vont les personnages.

Dans les qualités de cette série, c'est la manière très efficiente de caractériser tous les acteurs secondaires, pour en faire des personnages avec une certaine substance. Ici c'est Richard Boone, méchant en chef, mais presque fatigué d'être méchant. Ou alors Henry Silva en psychopathe de service. Ou encore Maureen O'Sullivan, dans un rôle qui parle bien du statut des femmes dans cet univers.

Randolph Scott est lui, quasiment toujours le même, solitaire, avec une obsession ou une vengeance en tête, et relativement inexpressif. 

Très bon scénario donc, avec une montée progressive de la tension pour terminer sur une mort violente pour le méchant. Avec une forte composante de huis clos. D'ailleurs le format 1.85 de la photographie est surement choisi pour renforcer cet aspect. Une partie du film se déroulant dans une grotte.

L'Homme de l'Arizona [Édition Collection Silver Blu-ray + DVD] 

dimanche 15 mars 2026

La Chevauchée De La Vengeance (Ride Lonesome,1959) de Budd Boetticher

Avec Randolph Scott, Karen Steele, Pernell Roberts, James Best, Lee Van Cleef, James Coburn. 

Scénario, très original, de Burt Kennedy. Plus qu'original, c'est que tous les personnages secondaires  sont bien incarnés, écrits, existent en quelques secondes. Que ce soit Pernell Roberts et James Coburn (dans un premier rôle) qui discutent sur la signification du mot "amnestie" ou de leur volonté de devenir éleveurs ; mais, pour cela, ils doivent éliminer Randolph Scott. Que ce soit les méchants, James Best dans le rôle du frère demeuré qui est formidable dans tous ses plans, ou Lee Van Cleef, son frère, dans un petit rôle, mais très important pour l'arc dramatique, qui comprend ce qui se trame. Que ce soit Karen Steele dans le personnage féminin, qui sait manier les armes tout en ayant une belle plastique.
Avec en personnage principal, Randolph Scott, plutôt mutique, qui a des intentions non déclarées, que nous découvrons progressivement, mais qui attire tout le monde (pour le tuer). Le titre français divulgache déjà des choses. Le titre original est standard et conforme au personnage du solitaire.

Et tout ceci en 73 minutes :  images sublimes et inoubliables (le plan final !), histoire au cordeau sans temps morts, mais avec des temps calmes importants.

Sur le plan de la mise en scène, la scène d'ouverture est sublime : la grue (le film est en Cinémascope et en décors naturels) qui recadre Randolph Scott vers James Best en train de prendre le café. Et le plan final est extraordinaire avec l'arbre en feu d'une couleur orange, très symbolique et hyper interprétable. 

Avec une superbe musique, plutôt enjouée de Heinz Roemheld sur les plans de transitions lorsque les personnages se déplacent d'un point à l'autre. Musique enjouée qui semble célébrer les décors, tout en étant en décalage avec le drame qui se trame.

Le principal défaut serait l'attaque des Mescaleros, séquences d'action typique avec les Indiens, assez mollassonne et sans brio. C'est quand même un chef-d'œuvre de Budd Boetticher.

La Chevauchée de la vengeance [Édition Collection Silver Blu-ray + DVD] 

vendredi 13 mars 2026

Valeur Sentimentale (Affeksjonsverdi, 2h13, 2025) de Joachim Trier

Avec Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning.

C'est l'histoire d'un réalisateur (Stellan Skarsgård) en fin de carrière, qui retrouve ses deux filles suite au décès de son ex-femme. L'une d'elles est actrice de théâtre. Il a perdu de vue ses filles. Il ne vient pas à la cérémonie. Il en profite pour récupérer deux enceintes acoustiques. En quelques plans le personnage nous est montré égoïste et abject. Mais il vient aussi avec un scénario, écrit pour sa fille actrice : il souhaite qu'elle l'interprète. Bien sûr les relations sont très froides et rien ne se passera comme il le souhaite. En particulier sa fille refuse le rôle. Et il le confie à une star étatsunienne, Elle Fanning, qui a envie de tourner un film sérieux.

Le film a le mérite de parler, à sa manière, du métier d'acteur, à la fois avec le personnage de sa fille (interprétée par Renate Reinsve, parfaite) et par celui qu'interprète Elle Fanning qui veut comprendre son personnage.

Le film dans sa structure est intéressant. Il n'y a rien de cousu de film blanc ici. Le scénario arrive à traiter à égalité les trois personnages principaux : le réalisateur et père, la fille actrice de théâtre, mais en conflit avec son père, et l'actrice qui essaie de comprendre le personnage et ce que veut en faire le réalisateur. Le film a obtenu le Grand Prix au Festival de Cannes 2025.

poster du film Bande-annonce Valeur sentimentale 

dimanche 8 mars 2026

A Bout De Souffle (1h30, 1960) de Jean-Luc Godard

Avec Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Daniel Boulanger, Henri-Jacques Huet, Van Doude, Claude MansardJean-Pierre Melville, Liliane Dreyfus, Roger Hanin, Richard Balducci, François Moreuil.

Il y a déjà tout ce que nous retrouverons dans les films suivants de Jean-Luc Godard. L'utilisation du son mixé en avant. Les sons superposant les dialogues, ou les dialogues se superposant entre eux, à la limite de l'audible. Mais aussi l'amour des actrices, avec ici Jean Seberg qui est magnétique. Bien que sur la forme, Jean-Luc Godard soit très identifié, ses films reposent sur les acteurs, et en particulier les actrices. Ici, Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo, ce dernier étant de la presque totalité des plans.

L'histoire n'est finalement pas très compliquée : un voyou s'amourache d'une jeune Américaine à Paris et essai de l'emmener avec lui en Italie tout en essayant de récupérer l'argent qu'on lui doit. Ceci ne parait pas palpitant. Mais ce sont des prétextes qui, avec le traitement qu'en fait Jean-Luc Godard, rendent l'ensemble et chaque séquence passionnante. Avec cette forme spécifique, avec ces dialogues naturalistes, avec ces acteurs, avec ce montage qui ne se préoccupe pas de continuité, bref grâce à la mise en scène.

 poster du film Bande-annonce À bout de souffle