lundi 23 mars 2026

L'homme de l'arizona (The Tall-T, 1h18, 1957) de Budd Boetticher

Avec Randolph Scott, Richard Boone, Maureen O'Sullivan, Henry Silva, Skip HomeierArthur Hunnicutt, James Best, Pernell Roberts, Robert Burton.

Encore une petite baffe avec ce bijou signé Budd Boetticher, avec Burt Kennedy pour le scénario (d'après Elmore Leonard). Avec une photo signée Charles Laughton Jr. Et la musique de Heinz Roemheld, qui a l'air d'être toujours la même d'un film à l'autre de la série, et qui s'échine à mettre des musiques guillerettes sur des plans de transitions, décorrélées des tensions avant la transition ou la tension vers laquelle vont les personnages.

Dans les qualités de cette série, c'est la manière très efficiente de caractériser tous les acteurs secondaires, pour en faire des personnages avec une certaine substance. Ici c'est Richard Boone, méchant en chef, mais presque fatigué d'être méchant. Ou alors Henry Silva en psychopathe de service. Ou encore Maureen O'Sullivan, dans un rôle qui parle bien du statut des femmes dans cet univers.

Randolph Scott est lui, quasiment toujours le même, solitaire, avec une obsession ou une vengeance en tête, et relativement inexpressif. 

Très bon scénario donc, avec une montée progressive de la tension pour terminer sur une mort violente pour le méchant. Avec une forte composante de huis clos. D'ailleurs le format 1.85 de la photographie est surement choisi pour renforcer cet aspect. Une partie du film se déroulant dans une grotte.

L'Homme de l'Arizona [Édition Collection Silver Blu-ray + DVD] 

dimanche 15 mars 2026

La Chevauchée De La Vengeance (Ride Lonesome,1959) de Budd Boetticher

Avec Randolph Scott, Karen Steele, Pernell Roberts, James Best, Lee Van Cleef, James Coburn. 

Scénario, très original, de Burt Kennedy. Plus qu'original, c'est que tous les personnages secondaires  sont bien incarnés, écrits, existent en quelques secondes. Que ce soit Pernell Roberts et James Coburn (dans un premier rôle) qui discutent sur la signification du mot "amnestie" ou de leur volonté de devenir éleveurs ; mais, pour cela, ils doivent éliminer Randolph Scott. Que ce soit les méchants, James Best dans le rôle du frère demeuré qui est formidable dans tous ses plans, ou Lee Van Cleef, son frère, dans un petit rôle, mais très important pour l'arc dramatique, qui comprend ce qui se trame. Que ce soit Karen Steele dans le personnage féminin, qui sait manier les armes tout en ayant une belle plastique.
Avec en personnage principal, Randolph Scott, plutôt mutique, qui a des intentions non déclarées, que nous découvrons progressivement, mais qui attire tout le monde (pour le tuer). Le titre français divulgache déjà des choses. Le titre original est standard et conforme au personnage du solitaire.

Et tout ceci en 73 minutes :  images sublimes et inoubliables (le plan final !), histoire au cordeau sans temps morts, mais avec des temps calmes importants.

Sur le plan de la mise en scène, la scène d'ouverture est sublime : la grue (le film est en Cinémascope et en décors naturels) qui recadre Randolph Scott vers James Best en train de prendre le café. Et le plan final est extraordinaire avec l'arbre en feu d'une couleur orange, très symbolique et hyper interprétable. 

Avec une superbe musique, plutôt enjouée de Heinz Roemheld sur les plans de transitions lorsque les personnages se déplacent d'un point à l'autre. Musique enjouée qui semble célébrer les décors, tout en étant en décalage avec le drame qui se trame.

Le principal défaut serait l'attaque des Mescaleros, séquences d'action typique avec les Indiens, assez mollassonne et sans brio. C'est quand même un chef-d'œuvre de Budd Boetticher.

La Chevauchée de la vengeance [Édition Collection Silver Blu-ray + DVD] 

vendredi 13 mars 2026

Valeur Sentimentale (Affeksjonsverdi, 2h13, 2025) de Joachim Trier

Avec Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning.

C'est l'histoire d'un réalisateur (Stellan Skarsgård) en fin de carrière, qui retrouve ses deux filles suite au décès de son ex-femme. L'une d'elles est actrice de théâtre. Il a perdu de vue ses filles. Il ne vient pas à la cérémonie. Il en profite pour récupérer deux enceintes acoustiques. En quelques plans le personnage nous est montré égoïste et abject. Mais il vient aussi avec un scénario, écrit pour sa fille actrice : il souhaite qu'elle l'interprète. Bien sûr les relations sont très froides et rien ne se passera comme il le souhaite. En particulier sa fille refuse le rôle. Et il le confie à une star étatsunienne, Elle Fanning, qui a envie de tourner un film sérieux.

Le film a le mérite de parler, à sa manière, du métier d'acteur, à la fois avec le personnage de sa fille (interprétée par Renate Reinsve, parfaite) et par celui qu'interprète Elle Fanning qui veut comprendre son personnage.

Le film dans sa structure est intéressant. Il n'y a rien de cousu de film blanc ici. Le scénario arrive à traiter à égalité les trois personnages principaux : le réalisateur et père, la fille actrice de théâtre, mais en conflit avec son père, et l'actrice qui essaie de comprendre le personnage et ce que veut en faire le réalisateur. Le film a obtenu le Grand Prix au Festival de Cannes 2025.

poster du film Bande-annonce Valeur sentimentale 

dimanche 8 mars 2026

A Bout De Souffle (1h30, 1960) de Jean-Luc Godard

Avec Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Daniel Boulanger, Henri-Jacques Huet, Van Doude, Claude MansardJean-Pierre Melville, Liliane Dreyfus, Roger Hanin, Richard Balducci, François Moreuil.

Il y a déjà tout ce que nous retrouverons dans les films suivants de Jean-Luc Godard. L'utilisation du son mixé en avant. Les sons superposant les dialogues, ou les dialogues se superposant entre eux, à la limite de l'audible. Mais aussi l'amour des actrices, avec ici Jean Seberg qui est magnétique. Bien que sur la forme, Jean-Luc Godard soit très identifié, ses films reposent sur les acteurs, et en particulier les actrices. Ici, Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo, ce dernier étant de la presque totalité des plans.

L'histoire n'est finalement pas très compliquée : un voyou s'amourache d'une jeune Américaine à Paris et essai de l'emmener avec lui en Italie tout en essayant de récupérer l'argent qu'on lui doit. Ceci ne parait pas palpitant. Mais ce sont des prétextes qui, avec le traitement qu'en fait Jean-Luc Godard, rendent l'ensemble et chaque séquence passionnante. Avec cette forme spécifique, avec ces dialogues naturalistes, avec ces acteurs, avec ce montage qui ne se préoccupe pas de continuité, bref grâce à la mise en scène.

 poster du film Bande-annonce À bout de souffle 

Nouvelle Vague (1h46, 2025) de Richard Linklater

Avec Guillaume Marbeck, Zoey Deutch, Aubry Dullin, Adrien Rouyard, Antoine Besson, Jodie Ruth-Forest, Bruno Dreyfürst, Benjamin Clery, Matthieu Penchinat, Pauline Belle, Frank Cicurel, Blaise Pettebone. 

Un film sur un film. A Bout De Souffle de Jean-Luc Godard. Sa préparation, son tournage. Avec l'ensemble des personnes qui gravitent autour, qui sont pour la majorité de futurs réalisateurs ou réalisatrices.

Le film a deux lignes principales. La première concerne Jean-Luc Godard (alias Guillaume Marbeck)  lui-même, que nous suivons à travers toutes les composantes de son film, préparation, entretiens avec son producteur, préparation de l'équipe, la distribution, puis le tournage. La deuxième concerne l'actrice Jean Seberg (alias Zoey Deutch), l'actrice principale du film dans le film, qui découvre une manière de travailler très différente des productions hollywoodiennes qu'elle connaissait ; ce qui la rend perplexe pour le moins.

Ce qui permet de prendre conscience de la légèreté et de la simplicité apparente du tournage. Réalisé avec une débrouillardise qui aura bien sûr un effet sur la licence artistique du film, sa forme, son montage (tous les faux raccords, par exemple). Un film jubilatoire.

poster du film Bande-annonce Nouvelle Vague 

samedi 7 mars 2026

La Petite Derniere (1h48, 2025) de Hafsia Herzi

Avec  Nadia Melliti, Park Ji-Min, Amina Ben Mohamed, Mélissa Guers, Rita Benmannana, Nemo Schiffman, Razzak Ridha, Mouna Soualem.

Hafsia Herzi nous raconte l'histoire d'une jeune femme, musulmane, entre la fin du lycée et le début des études, pratiquante, qui prend conscience de son homosexualité. À partir des conventions et des croyances qui lui sont inculquées, jusqu'à découvrir l'amour charnel et une forme de communautarisme basée sur des croyances orthogonales avec celles des croyances initiales.

Les actrices sont formidables. Le film paraît long au bout d'une heure. Pas par le contenu de l'histoire, mais de son traitement et des longueurs qui n'apportent pas d'éléments dramatiques. Cela vient peut-être qu'une histoire dramatique a besoin de malheurs, de moment où l'héroïne est heureuse, mais dont ce bonheur est perturbé par une dose de malheur. Le film possède une ligne dramatique constante, bien supportée par la performance de Nadia Melliti. Des éléments perturbateurs de cette progression sont absents. Mais dans l'autre sens, le spectateur, en empathie avec le personnage, est plutôt satisfait de cette évolution. Peut-être qu'une réduction de la durée aurait évité cette perception. La mise en scène se suffisant pour raconter l'histoire.

poster du film Bande-annonce La Petite Dernière 

 

vendredi 6 mars 2026

Un Simple Accident (1h43, 2025) de Jafar Panahi

Avec Vahid Mobasseri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi, Hadis Pakbaten, Majid Panahi, Mohamad Ali Elyasmehr, Afssaneh Najmabadi, Delnaz Najafi, Georges Hashemzadeh, Jafar Panahi.

Palme d'Or à Cannes 2025. La puissance du film de Jafar Panahi vient de son scénario qui possède de multiples qualités. Il n'est pas possible de deviner comment l'histoire va évoluer. Et une des composantes importantes de cette évolution est son tragi-comique. Les évolutions sont tel qu'elles convient de l'humour. De l'humour noir, car cet humour se construit sur un terreau d'une tragédie qui se construit progressivement, en conviant de plus en plus de personnages au fur et à mesure que l'histoire progresse avec des plus en plus de points de non-retour. 

Sur la forme Jafar Panahi fait le choix de positionner beaucoup de choses hors cadre. Des personnages sont présents, mais nous ne les voyons pas. Des objets existent hors cadre, mais nous ne les voyons pas. Des animaux existent hors cadre, mais nous ne les voyons pas. La mise en scène est très réfléchie et très efficace, par le climat que cela convie et la patine que cela produit. 

Le film sait aussi montrer les conséquences de vivre dans une dictature, sans être explicatif, en montrant simplement comment les personnes adaptent leurs comportements et leurs interactions aux contraintes de cet univers ; la scène où la petite fille enregistre sa maman à l'hôpital est édifiante.

poster du film Bande-annonce Un simple accident 

mercredi 4 mars 2026

The Rip (1h53, 2026) de Joe Carnahan

Avec Matt Damon, Ben Affleck, Steven Yeun, Teyana Taylor, Catalina Sandino Moreno, Sasha Calle, Kyle Chandler, Scott Adkins, Daisuke Tsuji.

Joe Carnahan continue son travail dans un univers d'hommes où la testostérone joue un rôle important. Il est question de récupérer une somme d'argent dans une cache. Un groupe de policier mené par Matt Damon y va, mais la somme trouvée est beaucoup plus importante que prévu. Ce qui fait réfléchir les différents policiers sur le devenir de cet argent. Les propriétaires putatifs interviennent. Ainsi que des gens qui s'y intéressent de près et souhaitent retrouver ce pactole. Sur cet enjeu se greffent des agendas cachés que nous découvrons progressivement.

Joe Carnahan signe un scénario brillant. Par contre le film ne l'est pas particulièrement, même si la qualité de l'intrigue tient le spectateur jusqu'au bout. Après une intrigue très travaillée, les échanges de feux dans le dernier quart, ainsi que le final avec des poursuites en voiture qui sont poussives, le film change et perd son esthétique, son  hui-clos, et devient routinier.

poster du film Bande-annonce The Rip

dimanche 1 mars 2026

Ida (1h22, 2013) de Pawel Pawlikowski

Avec Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska, Dawid Ogrodnik, Jerzy Trela, Adam Szyszkowski, Halina Skoczynska, Joanna Kulig, Dorota Kuduk.

Nous sommes dans les années soixante en Pologne. Il s’agit de l’histoire d’Ida, sur le point d’entrer dans les ordres dans le couvent où elle vit depuis qu’elle lui a été confiée. Elle pensait être orpheline, mais elle découvre une tante, qui lui explique qu’elle est juive, que sa famille a été tuée pendant la Seconde Guerre. Elle part avec sa tante à la recherche de cette histoire et va remuer le passé avec sa tante. Elles découvriront une réalité. Cela l’aidera à décider si elle rentre au couvent, ou pas.

Pawel Pawlikowski a fait des choix brillants : format 4/3, images en noir et blanc, avec des images très composées, ce qui donne par moment des plans de toute beauté. Ensuite il sait manier l’art de l’ellipse à merveille : le passage d’un plan à un autre permet au spectateur de deviner les changements entre les deux. La compréhension d'une information sans que ce soit dit, mais que nous comprenons et qui influence grandement la motivation d'un des personnages. Pawel Pawlikowski dispose d'une grande maitrise du montage et de l’ellipse. L'histoire est racontée par l'enchainement des plans, et pas une voix off ou par des dialogues des personnages. Du grand Art.

poster du film Bande-annonce Ida

samedi 28 février 2026

Je Ne Suis Pas Votre Nègre (I Am Not Your Negro,1h33, 2016) de Raoul Peck

Documentaire puissant de Raoul Peck sur James Baldwin, contemporain de Malcolm X, Martin Luther King ou Medgar Evers, qui luttaient tous les trois, chacun à sa manière, pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis d’Amérique. Tous les trois ont été assassinés. James Balwin écrivait un livre sur le racisme structurel et la condition des Noirs.

Le film de Raoul Peck est articulé autour d’interviews de James Baldwin, avec un montage séquences permanent avec les images et photos d’actualité. C’est très efficace et questionne avec puissance le sujet. Et c’est là où le film est en quelque sorte choquant: bien que tourné en 2016, il montre que les choses n’ont pas changé entre les années cinquante, 2016, et ne nos jours (2026)...

Il rappelle que la violence est consubstantielle à un état qui s’est construit sur le génocide d’un continent.

 poster du film Bande-annonce Je ne suis pas votre nègre

vendredi 27 février 2026

L'Attachement (1h46, 2024) de Carine Tardieu

Avec Valeria Bruni Tedeschi, Pio Marmaï, Vimala Pons,  Raphaël Quenard

Curieux film. Les personnages sont mal écrits : ils ne suscitent aucune empathie, mais de la moquerie. Cela se veut sensible, mais cela est pleurnichard. Le scénario ne prend pas son temps pour installer et caractériser les personnages. Les articulations dramatiques vont trop vite. Nous nous moquons de ce qu'il arrive. Il ne suffit pas de geindre ou pleurer pour susciter l'empathie. Et hop, la voisine meurt. Son mari tombe amoureux de la voisine. Puis tombe amoureux d'une doctoresse. Son fils n'est pas son fils.  Il se marie avec la doctoresse. Mais finalement il ne l'aime pas. Tout cela est d'un ennui. Ce film fait penser à des fictions télévisuelles bas de gamme, où les relations entre les personnages sont caricaturales, prévisibles et risibles. 

L'art de l'ellipse est au cœur de l'expérience cinématographique. Ici les articulations sont cousues de fil blanc, ne suscitent aucune interrogation du spectateur. Le spectateur joue à deviner ce qui va suivre et s'amuse des articulations qu'il a souvent devinées.

Quel est le message de ce film ? Qu'une féministe qui a fait le choix du célibat est capable d'humanité, c'est-à-dire d'aimer un petit garçon ? Que les féministes fument et sont alcooliques ? Il n'y a pas un plan où Valeria Bruni Tedeschi ne boit pas et ne fume pas. Il y a peu de choses à sauver de cet ensemble de choses confuses et sans fil conducteur. À moins que ce soit un film qui souhaite insulter les féministes ?

Nous sauverons de ce naufrage l'interprétation de Valeria Bruni-Tedeschi dont la prestation rentrée lui évite le ridicule. Ainsi que l'énergie de Vimala Pons qui par son dynamisme, donne un peu de lumière à cet ensemble mièvre.

poster du film Bande-annonce L'Attachement 

jeudi 19 février 2026

Sirat (1h55, 2025) de Oliver Laxe

Avec Sergi López, Bruno Núñez Arjona, Stefania Gadda, Joshua Liam Herderson, Richard 'Bigui' Bellamy, Tonin Janvier, Jade Oukid, Ahmed Abbou.

Bel exercice, beau travail pour produire un climat poignant à la limite du fantastique, avec cette progression dans le désert et ses annonces de guerre ailleurs à la radio. L'ambiance est est phénoménale, entre la musique la rave dans le désert au début, puis cette course en avant des camions dans le désert, puis cette séquence d'anthologie avec le champ de mines.

L'histoire est racontée par le montage et la progression des séquences. Cela commence par un père et son fils à la recherche de la sœur, peut être présent dans une rave dans le désert. Le film semble situé au Maroc et évolue vers la Mauritanie. La recherche de la sœur les amène à suivre deux camions qui vont rejoindre une autre rave dans le désert. Débute alors une course dans le désert. Et des moments et des situations problématiques, telles que comment manger, comment boire, comment traverser un cours d'eau, ou comment trouver du carburant pour les camions. Le père et le fils partent dans une aventure qui changera leur vie à jamais.

Les personnages de la caravane sont très attachants et interprétés avec subtilités. 
Le film n'est pas sans rappeler le Sorcerer (1977) de William Friedkin par sa tension, son nihilisme, voire sa musique. Mais aussi par l'obsession du personnage, retrouver sa fille, coute que coute, avec les conséquences que le film montre. Avec une séquence d'anthologie, dans le dernier quart, lorsqu'ils doivent faire à pied une partie du trajet... 

poster du film Bande-annonce Sirāt 

dimanche 15 février 2026

My Summer Of Love (1h26, 2004) de Pawel Pawlikowski

Avec  Natalie Press, Emily Blunt, Paddy Considine, Dean Andrews, Michelle Byrne, Paul Antony-Barber.Lynette Edwards, Kathryn Sumner.

Très beau film, subtil, qui raconte les interactions entre deux jeunes femmes qui se rencontrent pendant l'été au Royaume-Uni. Une est riche, cultivée, joue du violoncelle, passe ses vacances avec ses parents, et a perdu sa sœur. L'autre, pauvre, orpheline, qui vit avec son frère, anciennement violent et alcoolique, mais nouvellement converti par sa rencontre avec Jésus.
L'apprentissage de l'autre, en tout cas de ce que l'on raconte à l'autre, les balades, le partage des frustrations, l'observation des adultes, créent une relation forte entre elles. L'histoire se terminera avec une forme de libération pour l'une d'elles, et une confirmation de névroses pour l'autre. Les interactions entre les différents personnages et les progressions sont telles qu'il est difficile de deviner précisément les scènes qui vont suivre et comment leur relation va évoluer, y compris  les surprises dans le dernier quart du film. Un film subtil et dense, très bien servi par ses deux actrices.
 
poster du film My Summer of Love 

vendredi 13 février 2026

Mr. Mercedes (saison 1, 10 épisodes d'1h, 2017) de David E. Kelley

Avec Brendan Gleeson, Holland Taylor, Jharrel Jerome, Breeda Wool, Justine Lupe, Mary-Louise Parker, Harry Treadaway, Maximiliano Hernández, Robert Stanton, Gabriel Ebert, Rarmian Newton, Josh Daugherty.

Nous retrouvons les qualités de Stephen King dans cette série policière. Des scènes de la vie courante de personnages simples, en prise avec leurs collègues ou leur hiérarchie. Des éléments horribles à intervalles réguliers : mestres sanguinolents, incestes, cadavres. Beaucoup de chromos familiers de l'univers de Stephen King : la cave, le cimetière, le clown, la voiture, l'église, le marchand de glace, etc. Les acteurs sont bons et nous remercions les créateurs de cette série d'éviter, dans cette première saison en tout cas, les éléments de fantastiques et d'irréels.

Le sujet n'est pas dans l'enquête pour retrouver le meurtrier du début, car il nous est montré très vite, mais la vie en parallèle du flic à la retraite qui enquête encore et recherche encore ce tueur en série (Brendan Gleeson, bon choix et bonne interprétation) et du tueur, son travail et la relation avec ses collègues et sa relation avec sa mère.

Au total le cahier des charges des choses horribles est respecté. On notera une distribution féminine formidable : la voisine espiègle (Holland Taylor), la nièce autiste extrêmement attachante (Justine Lupe) ou une amoureuse très particulière (Marie-Louise Parker), lou a collègue homosexuelle militante (Breeda Wool). La distribution est formidable. Harry Treadaway s'amuse bien avec son personnage de tueur en série psychopathe rempli de névroses.

Les articulations dramatiques sont un peu grossières ou alors les personnages se comportent de manière peu réaliste : ils font des erreurs un peu bêtes.

Mr. Mercedes 

mercredi 11 février 2026

Baahubali 2 : The Conclusion (2h47, 2017) de S.S. Rajamouli

Avec Prabhas, Rana Daggubati, Anushka Shetty, Sathyaraj, Ramya Krishnan, Tamannaah Bhatia, Nassar, Subbaraju, Meka Rama Krishna.

Ce film est dans la lignée de son prédécesseur puisqu'il en est la pure  continuité narrative. Son prédécesseur durant déjà 3h30 celui-ci rajoute 15 minutes pour durer 3h45, mais c'est pour le même plaisir jubilatoire. Intrigue de cours, batailles gigantesques, animaux exotiques, combat homérique avec des scènes magnifiques, mais aussi des moments de comédie, et des montages séquences chantées qui s'insèrent dans la dramaturgie et apporte repos ou de belles images pour les yeux. C'est quelque part un bréviaire de la super production où se mêlent le drame intime et le drame cosmogonique ici en l'occurrence un empire, mais avec le drame familial tout comme le drame de la parole donnée. Quelque part Baahubali (alias Prabbas) apparaît comme un superhéros à sa manière puisqu'il a une force terrible et démentielle, et très irréelle bien sûr. Parce qu'il n'y a pas une parcelle de réalité et de réalisme dans cet univers. Tout est hypertrophié et factice. Jusqu'aux voix de nos personnages principaux. Super-héros d'ailleurs un peu naïf parce que son frère, le super méchant, alias Rana Daggubati, est vraiment torve et calculateur, en permanence. Et ce brave Prabbas ne devine jamais ce qui se trame et n'anticipe jamais ses comportements, ce qui est un signe de naïveté, voire de bêtise. Notre Baahubal parait d'ailleurs un petit peu bébête par moment. Mais ce n'est pas grave, car c'est ce qui fait le charme du personnage : un gros bourrin au grand cœur et à la grandeur d'âme, mais qui a le QI d'une chaise pliante.

Les deux films sur cette légende de Baahubali sont un spectacle jubilatoire qui change des routines des fictions occidentales.

poster du film Bande-annonce Baahubali 2 : La Conclusion 

La Légende de Baahubali : Première Partie (Baahubali: The Beginning, 2015, 2h39) de S.S. Rajamouli

Avec Prabhas, Rana Daggubati, Anushka Shetty, Tamannaah Bhatia, Sathyaraj, Ramya Krishnan, Nassar, Rohini, Meka Rama Krishna, Adivi Sesh, Prabhakar.

Ce qui saute aux yeux dans un premier temps, c'est la croyance presque naïve dans un spectacle total où tout est faux, mais tout est énorme. Les décors, les effets spéciaux, les monstres, les combats, les séquences, les méchants sont perfides et calculateurs, tout est démultiplié ici dans un concept de film pour l'Inde. C'est-à-dire avec une histoire rabâchée et expliquée à maintes reprises avec une interprétation des acteurs dans la caricature permanente.
Les décors sont grandioses. La partie numérique des images, omniprésentes dans beaucoup de parties de l'image, transparaît souvent, mais ce n'est pas grave, car le film date de déjà de plus de dix ans et la nature numérique des plans transparait. C'est donc en quelque sorte un dessin animé, avec une patine auquel le spectateur s'habitue. Les deux personnages principaux, les deux frères sont hilarants, si on les considère au premier degré dans leur interprétation. Mais cela fonctionne : l'un est perfide et torve (il est vrai appuyé par son papa au bras déformé), l'autre à une hauteur d'âme inégalée, même s'il a la finesse du sanglier (il est très fort, très puissant). Ils se disputent à leur manière tous les deux le trône, et une femme, bien sûr.
Même les montages-séquences chorégraphiés où les acteurs chantent en playback sont souvent magnifiques et nous les regardons jusqu'au bout. D'ailleurs, ils ne sont pas différents des montages séquences des productions actuelles en Occident, où de jolis plans sont enchainés, souvent au drone, avec une chanson (souvent pop) et qui sont en l'occurrence en général beaucoup plus embêtantes que ceux-ci, chorégraphiées et avec un travail de costumes et décors.
La voix des acteurs est aussi hilarante, super grave et virile pour les hommes, et elle s'exprime comme des coups canon, mais cela fait partie du charme ; la bande-son est complètement fausse ; il n'y a pas un son réel dans ce que nous entendons. C'est en quelque sorte un livre de sons et d'images géant qui nous est raconté : un conte où un bébé est poursuivi pour être tué, car il est le fils d'un des rois potentiels ; il atterrit dans un village de pauvres où il sera élevé, mais sera irrésistiblement attiré par des cascades d'eau vers son monde original. C'est le point de départ du film.
Nous sommes ici dans le grandiose tel qu’on peut aussi l'imaginer ou le copier chez un James Cameron avec Avatar (2009) ou un Peter Jackson avec Le Seigneur Des Anneaux (2001 à 2003) ou Le Hobbit (2012 à 2014). Mais ici cela est beaucoup plus divertissant, car mélangeant à la fois l'exotisme, la comédie, l'action, le romantisme, le ridicule, pour un spectacle total.

poster du film Bande-annonce La Légende de Baahubali : 1ère Partie 

Frankenstein (2025) de Guillermo Del Toro

Avec Oscar Isaac, Jacob Elordi, Christoph Waltz, Mia Goth, Felix Kammerer,  Charles Dance, David Bradley, Lars Mikkelsen, Christian Convery, Nikolaj Lie Kaas, Kyle Gatehouse

Beau travail de décoration, costumes, maquillages, lumières. Mais au delà de la qualité de l'emballage, le film est long et le dernier tiers peu intéressant et répétitif. L'histoire du docteur Frankanstein nous intéresse peu il faut reconnaitre. Et la créature est plus intéressante : un super-humain. Mais il n'existe qu'à travers du personnage d'Oscar Isaac. Mais comme nous ne nous intéressons pas à ce qu'il lui arrive, le film ennui. Savoir comment le professeur est arrivé à cela, à créer cette créature, n'est en soi pas intéressant. Le film est une imbrication de retours en arrière, typique des fictions Netflix, ce qui indique qu'ils ont bien adapté le roman de Mary Shelley (qui est un flashback). Nous aurions plus apprécié une structure dramatique qui raconte ce que devient la créature à partir de son existence, sans coller au Docteur Frankenstein. Cela sera probablement le sujet de la suite.

C'est un peu un film sans âme. Malgré un travail superbe sur tout ce qui se voit, malgré le talent des acteurs, malgré le talent de Guillermo Del Toro, le film est long. 

La créature est un superhéros, immortel. Nous ignorons si cela est dans le roman initial, néanmoins cela sent un peu trop le superhéros, maladie de beaucoup de fictions de ces quinze dernières années. 

poster du film Bande-annonce Frankenstein 

La Vie De Ma Mère (1h45, 2023) de Julien Carpentier

Avec Agnès Jaoui, William Lebghil, Salif Cissé, Rosita Fernandez, Alison Wheeler, Franck Beckmann, Serge Feuillard.

Une comédie dramatique typique. Un fleuriste, William Lebhil, qui a sa mère sous curatelle, se retrouve à devoir s'occuper d'elle pendant quelques jours. Ce qui va perturber toutes les composantes de sa vie, professionnelle, personnelle et familiale.
Le film a le mérite de parler de ce genre de situation : avoir un parent sous curatelle,  c'est-à-dire sous dépendance, car il n'a plus sa tête  et son autonomie. Ici la maman bipolaire est interprétée par Agnès Jaoui. Le film a le mérite de présenter des situations qui ne sont pas trop aisées, afin de doser le curseur entre empathie, tristesse, colère ou danger du côté du fils.
Il est difficile de dire du mal du film. Le duo Agnès Jaoui et William Mebghil fonctionne. Le film trace son histoire et l'empathie avec William Lebghil fonctionne.

 poster du film Bande-annonce La Vie De Ma Mère 

 

 


Eden (2h09, 2024) de Ron Howard

Avec Jude Law, Ana de Armas, Vanessa Kirby, Daniel Brühl, Sydney Sweeney, Jonathan Tittel, Felix Kammerer, Toby Wallace, Ignacio Gasparini, Richard Roxburgh, Paul Gleeson, Thiago Moraes.

Ron Howard continue à tracer ses histoires de famille. Ici, sur une ile déserte avec des familles composées ou recomposées. Avec un argument tiré d'une histoire vraie. Un couple d'Européens vie dans une ile de l'archipel des Galapagos. Dans un désert donc. Retiré du monde. Lui, c'est Jude Law (très physique), un philosophe qui plane (il a des convictions et il devise sur la destinée du monde) et sa femme malade (Vanessa Kirby, très subtile). Ils sont rejoints sans qu'ils l'aient demandé par un couple d'Allemands avec leur fils rejoignent cette ile. Puis une Baronne de pacotille (Ana de Armas, très bien) avec sa cour, qui a acheté l'ile et veut de l'approprier. 

Tout ce petit monde va s'entredéchirer et mettre à mal leur conception de la vie. La nourriture et l'eau sont rares dans l'ile et ils se retrouvent tous à se poser la question de comment se procurer ces choses élémentaires. De multiples tensions vont déchirer ce monde, avec mensonges, trahisons, vengeances. Tout ce qu'il faut pour un drame en vase clos (c'est à dire sur une petite ile ici).

Par contre, aucun des personnages ne suscite l'empathie. Nous surveillons ceci d'un œil qui anticipe bien sûr les progressions de tensions et de différents drames. Les acteurs sont bons, et le montage dose ses moments de drame, qui sont dans l'ensemble prévisibles, et il s'agit juste de deviner quand ils vont avoir lieu.  

poster du film Bande-annonce Eden 

Les Survivants (1h34, 2022) de Guillaume Renusson

Avec Denis Ménochet, Zar Amir Ebrahimi, Victoire Du Bois, Valentine Atlan, Guillaume Pottier.

Un thriller qui raconte les pérégrinations d'une immigrée afghane qui essaie de rejoindre la France à partir de l'Italie à travers les Alpes. Avec les policiers qui contrôlent les frontières. Avec les fascistes locaux qui traquent les immigrés dans les montagnes. Avec le temps froid et la neige (nous sommes en hiver), et avec Denis Ménochet qui est le personnage principal, qui est un local, qui connait les sentiers et qui connait ceux qui traquent les immigrés qu’elle va croiser. Comment va-t-il se comporter ? Va-t-il l'aider ? Comment ? Comment va-t-elle s'en sortir, puisqu'elle est de toute façon en situation illégale ?

Il s'agit d'un film de survie, avec poursuites dans la neige, refuges et cachettes, jeux du chat et de la souris dans les Alpes en hiver et en altitude, donc. Le spectateur ressent le froid. Tout cela fait de ce film à suspense un drame honnête. Denis Ménochet est très bon. De même que Zar Amir Ebrahimi. 

 poster du film Bande-annonce Les Survivants