jeudi 19 février 2026

Sirat (1h55, 2025) de Oliver Laxe

Avec Sergi López, Bruno Núñez Arjona, Stefania Gadda, Joshua Liam Herderson, Richard 'Bigui' Bellamy, Tonin Janvier, Jade Oukid, Ahmed Abbou.

Bel exercice, beau travail pour produire un climat poignant à la limite du fantastique, avec cette progression dans le désert et ses annonces de guerre ailleurs à la radio. L'ambiance est est phénoménale, entre la musique la rave dans le désert au début, puis cette course en avant des camions dans le désert, puis cette séquence d'anthologie avec le champ de mines.

L'histoire est racontée par le montage et la progression des séquences. Cela commence par un père et son fils à la recherche de la sœur, peut être présent dans une rave dans le désert. Le film semble situé au Maroc et évolue vers la Mauritanie. La recherche de la sœur les amène à suivre deux camions qui vont rejoindre une autre rave dans le désert. Débute alors une course dans le désert. Et des moments et des situations problématiques, telles que comment manger, comment boire, comment traverser un cours d'eau, ou comment trouver du carburant pour les camions. Le père et le fils partent dans une aventure qui changera leur vie à jamais.

Les personnages de la caravane sont très attachants et interprétés avec subtilités. 
Le film n'est pas sans rappeler le Sorcerer (1977) de William Friedkin par sa tension, son nihilisme, voire sa musique. Mais aussi par l'obsession du personnage, retrouver sa fille, coute que coute, avec les conséquences que le film montre. Avec une séquence d'anthologie, dans le dernier quart, lorsqu'ils doivent faire à pied une partie du trajet... 

poster du film Bande-annonce Sirāt 

mercredi 11 février 2026

La Légende de Baahubali : Première Partie (Baahubali: The Beginning, 2015, 2h39) de S.S. Rajamouli

Avec Prabhas, Rana Daggubati, Anushka Shetty, Tamannaah Bhatia, Sathyaraj, Ramya Krishnan, Nassar, Rohini, Meka Rama Krishna, Adivi Sesh, Prabhakar.

Ce qui saute aux yeux dans un premier temps, c'est la croyance presque naïve dans un spectacle total où tout est faux, mais tout est énorme. Les décors, les effets spéciaux, les monstres, les combats, les séquences, les méchants sont perfides et calculateurs, tout est démultiplié ici dans un concept de film pour l'Inde. C'est-à-dire avec une histoire rabâchée et expliquée à maintes reprises avec une interprétation des acteurs dans la caricature permanente.
Les décors sont grandioses. La partie numérique des images, omniprésentes dans beaucoup de parties de l'image, transparaît souvent, mais ce n'est pas grave, car le film date de déjà de plus de dix ans et la nature numérique des plans transparait. C'est donc en quelque sorte un dessin animé, avec une patine auquel le spectateur s'habitue. Les deux personnages principaux, les deux frères sont hilarants, si on les considère au premier degré dans leur interprétation. Mais cela fonctionne : l'un est perfide et torve (il est vrai appuyé par son papa au bras déformé), l'autre à une hauteur d'âme inégalée, même s'il a la finesse du sanglier (il est très fort, très puissant). Ils se disputent à leur manière tous les deux le trône, et une femme, bien sûr.
Même les montages-séquences chorégraphiés où les acteurs chantent en playback sont souvent magnifiques et nous les regardons jusqu'au bout. D'ailleurs, ils ne sont pas différents des montages séquences des productions actuelles en Occident, où de jolis plans sont enchainés, souvent au drone, avec une chanson (souvent pop) et qui sont en l'occurrence en général beaucoup plus embêtantes que ceux-ci, chorégraphiées et avec un travail de costumes et décors.
La voix des acteurs est aussi hilarante, super grave et virile pour les hommes, et elle s'exprime comme des coups canon, mais cela fait partie du charme ; la bande-son est complètement fausse ; il n'y a pas un son réel dans ce que nous entendons. C'est en quelque sorte un livre de sons et d'images géant qui nous est raconté : un conte où un bébé est poursuivi pour être tué, car il est le fils d'un des rois potentiels ; il atterrit dans un village de pauvres où il sera élevé, mais sera irrésistiblement attiré par des cascades d'eau vers son monde original. C'est le point de départ du film.
Nous sommes ici dans le grandiose tel qu’on peut aussi l'imaginer ou le copier chez un James Cameron avec Avatar (2009) ou un Peter Jackson avec Le Seigneur Des Anneaux (2001 à 2003) ou Le Hobbit (2012 à 2014). Mais ici cela est beaucoup plus divertissant, car mélangeant à la fois l'exotisme, la comédie, l'action, le romantisme, le ridicule, pour un spectacle total.

poster du film Bande-annonce La Légende de Baahubali : 1ère Partie 

Frankenstein (2025) de Guillermo Del Toro

Avec Oscar Isaac, Jacob Elordi, Christoph Waltz, Mia Goth, Felix Kammerer,  Charles Dance, David Bradley, Lars Mikkelsen, Christian Convery, Nikolaj Lie Kaas, Kyle Gatehouse

Beau travail de décoration, costumes, maquillages, lumières. Mais au delà de la qualité de l'emballage, le film est long et le dernier tiers peu intéressant et répétitif. L'histoire du docteur Frankanstein nous intéresse peu il faut reconnaitre. Et la créature est plus intéressante : un super-humain. Mais il n'existe qu'à travers du personnage d'Oscar Isaac. Mais comme nous ne nous intéressons pas à ce qu'il lui arrive, le film ennui. Savoir comment le professeur est arrivé à cela, à créer cette créature, n'est en soi pas intéressant. Le film est une imbrication de retours en arrière, typique des fictions Netflix, ce qui indique qu'ils ont bien adapté le roman de Mary Shelley (qui est un flashback). Nous aurions plus apprécié une structure dramatique qui raconte ce que devient la créature à partir de son existence, sans coller au Docteur Frankenstein. Cela sera probablement le sujet de la suite.

C'est un peu un film sans âme. Malgré un travail superbe sur tout ce qui se voit, malgré le talent des acteurs, malgré le talent de Guillermo Del Toro, le film est long. 

La créature est un superhéros, immortel. Nous ignorons si cela est dans le roman initial, néanmoins cela sent un peu trop le superhéros, maladie de beaucoup de fictions de ces quinze dernières années. 

poster du film Bande-annonce Frankenstein 

La Vie De Ma Mère (1h45, 2023) de Julien Carpentier

Avec Agnès Jaoui, William Lebghil, Salif Cissé, Rosita Fernandez, Alison Wheeler, Franck Beckmann, Serge Feuillard.

Une comédie dramatique typique. Un fleuriste, William Lebhil, qui a sa mère sous curatelle, se retrouve à devoir s'occuper d'elle pendant quelques jours. Ce qui va perturber toutes les composantes de sa vie, professionnelle, personnelle et familiale.
Le film a le mérite de parler de ce genre de situation : avoir un parent sous curatelle,  c'est-à-dire sous dépendance, car il n'a plus sa tête  et son autonomie. Ici la maman bipolaire est interprétée par Agnès Jaoui. Le film a le mérite de présenter des situations qui ne sont pas trop aisées, afin de doser le curseur entre empathie, tristesse, colère ou danger du côté du fils.
Il est difficile de dire du mal du film. Le duo Agnès Jaoui et William Mebghil fonctionne. Le film trace son histoire et l'empathie avec William Lebghil fonctionne.

 poster du film Bande-annonce La Vie De Ma Mère 

 

 


Eden (2h09, 2024) de Ron Howard

Avec Jude Law, Ana de Armas, Vanessa Kirby, Daniel Brühl, Sydney Sweeney, Jonathan Tittel, Felix Kammerer, Toby Wallace, Ignacio Gasparini, Richard Roxburgh, Paul Gleeson, Thiago Moraes.

Ron Howard continue à tracer ses histoires de famille. Ici, sur une ile déserte avec des familles composées ou recomposées. Avec un argument tiré d'une histoire vraie. Un couple d'Européens vie dans une ile de l'archipel des Galapagos. Dans un désert donc. Retiré du monde. Lui, c'est Jude Law (très physique), un philosophe qui plane (il a des convictions et il devise sur la destinée du monde) et sa femme malade (Vanessa Kirby, très subtile). Ils sont rejoints sans qu'ils l'aient demandé par un couple d'Allemands avec leur fils rejoignent cette ile. Puis une Baronne de pacotille (Ana de Armas, très bien) avec sa cour, qui a acheté l'ile et veut de l'approprier. 

Tout ce petit monde va s'entredéchirer et mettre à mal leur conception de la vie. La nourriture et l'eau sont rares dans l'ile et ils se retrouvent tous à se poser la question de comment se procurer ces choses élémentaires. De multiples tensions vont déchirer ce monde, avec mensonges, trahisons, vengeances. Tout ce qu'il faut pour un drame en vase clos (c'est à dire sur une petite ile ici).

Par contre, aucun des personnages ne suscite l'empathie. Nous surveillons ceci d'un œil qui anticipe bien sûr les progressions de tensions et de différents drames. Les acteurs sont bons, et le montage dose ses moments de drame, qui sont dans l'ensemble prévisibles, et il s'agit juste de deviner quand ils vont avoir lieu.  

poster du film Bande-annonce Eden 

Les Survivants (1h34, 2022) de Guillaume Renusson

Avec Denis Ménochet, Zar Amir Ebrahimi, Victoire Du Bois, Valentine Atlan, Guillaume Pottier.

Un thriller qui raconte les pérégrinations d'une immigrée afghane qui essaie de rejoindre la France à partir de l'Italie à travers les Alpes. Avec les policiers qui contrôlent les frontières. Avec les fascistes locaux qui traquent les immigrés dans les montagnes. Avec le temps froid et la neige (nous sommes en hiver), et avec Denis Ménochet qui est le personnage principal, qui est un local, qui connait les sentiers et qui connait ceux qui traquent les immigrés qu’elle va croiser. Comment va-t-il se comporter ? Va-t-il l'aider ? Comment ? Comment va-t-elle s'en sortir, puisqu'elle est de toute façon en situation illégale ?

Il s'agit d'un film de survie, avec poursuites dans la neige, refuges et cachettes, jeux du chat et de la souris dans les Alpes en hiver et en altitude, donc. Le spectateur ressent le froid. Tout cela fait de ce film à suspense un drame honnête. Denis Ménochet est très bon. De même que Zar Amir Ebrahimi. 

 poster du film Bande-annonce Les Survivants 

La Belle Etincelle (1h30, 2023) de Hervé Mimran

Avec Lionnel Astier, Laurent Bateau, Mélanie Doutey, Bernard Campan, Angélique Bridoux, Vincent Chalambert, Moon Dailly, Godefroy Donzel.

Un chef anciennement étoilé, mais déchu, se retrouve à faire la cuisine dans un restaurant abandonné avec un autiste comme cuisinier. C'est l'argument du film de manière très synthétique. Nous ne divulgâcheront rien de la suite, mais tout est prévisible et cousu de fil blanc dans ce film par ailleurs très sympathique, car nous aimons toujours les histoires de rédemption et de personnages qui deviennent plus humains, même si, pour le coup, ici cela est relativement peu progressif et par moment un peu rapide. 
Il est à préciser que les autres membres du restaurant sont aussi des personnes ayant des handicaps, ce qui amène son lot de comédie dramatique et d'éléments comiques au film . 
Le personnage de Mélanie Doutey est très attachant. L'évolution du personnage de Bernard Campan est cousue de film blanc. 
Au total le film ne contient pas de surprises, mais plutôt une histoire agréable, même si prévisible et finalement pas désagréable à regarder ; il n'y a pas de mal à écrire des choses simples basées sur l'émotion et sur l'empathie des personnes. Le titre du film annonce la couleur.
 
poster du film Bande-annonce La belle étincelle 

Les Dossiers Oubliés (Dept. Q, saison 1, 9 épidodes de l'ordre d'1h chacun, 2025) de Scott Frank

Avec Matthew Goode, Alexej Manvelov, Jamie Sives, Chloe Pirrie, Steven Miller, Leah Byrne, Alison Peebles.

Série policière où un policier sur le retour après avoir été grièvement blessé est affecté à la tête d'une équipe de policiers qui doit réouvrir des crimes non résolus du passé, et ceci pour des raisons politiques, car l'institution ne résout pas assez de crime. L'ensemble des épisodes est centré sur un des dossiers retenus par cette équipe qui va enquêter à sa manière pour rechercher une personne disparue. Les scénaristes font le choix de nous montrer très tôt que la personne recherchée est toujours vivante et kidnappée quelque part sans nous expliquer où ni par qui. Et ils font aussi le choix de mettre dans cette équipe de policiers des personnes légèrement décalées par rapport aux autres, dont un ancien policier syrien, par exemple, qui amène un peu d'humour indirectement à cet ensemble. 
Contrairement à d'habitude, il nous est expliqué assez peu de choses sur la vie personnelle des policiers en question, et c'est très bien ; celui pour lequel nous avons un peu plus d'information sur l'entourage est le chef de l'équipe (Matthew Goode, très bon). Ce qui est largement suffisant et ne pollue pas trop l'intrigue. Celui-ci a été victime d'un tir avec le décès d'un collègue et nous avons son suivi psychologique. 
L'avantage d'une fiction de série est de tirer toutes les pistes possibles de l'histoire,  et ceci dans tous les sens et de rythmer cela avec chacun des épisodes en nous faisant croire peut-être que nous aurons une solution là, mais, sachant qu'il reste derrière encore 5 ou 6 épisodes, nous savons que ce ne sera pas la bonne ce n'est pas grave : tout cela est bien cadencé et surtout bien incarné par des personnages qui ont leur propre humanité, même de manière décalée.
 
poster de la série Les Dossiers oubliés 

The Prince And The Pauper (Crossed Swords, 1h48, 1977) de Richard Fleischer

Avec Oliver Reed, Raquel Welch, Mark Lester, Ernest Borgnine, George C. Scott, Rex Harrison, David Hemmings, Harry Andrews, Julian Orchard, Murray Melvin, Lalla Ward, Sybil Danning, Charlton Heston.

Scénario intéressant où un prince se retrouve dans la peau d'un pauvre, et inversement. D’après un roman de Mark Twain. Bien sûr, le Prince va tout faire pour retrouver son statut, et, chemin faisant, va fréquenter de vrais pauvres. Et le pauvre trouve très bien son nouveau statut de prince. Le scénario est partiellement prévisible.

Richard Fleischer essaie de rendre visuellement attractive cette histoire avec des plans qui exploitent au maximum les décors. Le personnage d'Oliver Reed est un peu faire valoir et va aider le Prince pauvre à retrouver son statut, mais ce n'est pas un héros et est même un antihéros.

La distribution est phénoménale avec une pléthore d'acteurs confirmés. Mais aucun des personnages ne suscite l'empathie et ne peut être qualifié de héros du film. Nous suivons les péripéties comme si nous étions étrangers à cette histoire. Un film curieux.

 poster du film Le Prince et le pauvre 

Wake Up Dead Man : Une Histoire à Couteaux Tirés (2h24, 2025) de Rian Johnson

Avec Daniel Craig, Josh O'Connor, Glenn Close, Josh Brolin, Kerry Washington, Andrew Scott, Cailee Spaeny, Daryl McCormack.

Superproduction où Daniel Craig reprend son rôle d'enquêteur. Le meurtre est ici celui d'un pasteur fou (John Brolin s'éclate avec ce personnage), et toutes les personnes de la paroisse ou le personnel de l'église peuvent avoir une raison de le tuer. La progression dramatique du scénario nous amène à soupçonner régulièrement une nouvelle personne de l'entourage, c'est le principe de type de scénario.

Le film possède son climat, mélange de superstitions, d'éléments rationnels et d'éléments d'humour. Le plaisir du spectateur est de deviner qui est le coupable, tout en étant influencé par l'intrigue qui nous influence régulièrement vers un des personnages. Et l'intrigue tient bien sa durée de 2h20 sans que le spectateur regarde sa montre. De la mécanique bien huilée.

La distribution est formidable. Et Glenn Close arrive à composer un personnage qui la met au-dessus des autres.

poster du film Bande-annonce Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés 

Boléro Le Mystère Ravel (2h, 2024) de Anne Fontaine

Avec Raphaël Personnaz, Doria Tillier, Jeanne Balibar, Emmanuelle Devos, Vincent Perez, Mélodie Adda, Serge Riaboukine, Sophie Guillemin.

Le film nous présente le personnage de Maurice Ravel, ses interactions avec les gens de son époque, de sa mécène qui lui commande le Boléro, ses rencontres féminines. Le film parle assez peu de création, de composition, mais suffisamment pour rendre le film intéressant concernant ce fameux Bolérie. Mais aussi sur la conception de la musique et de la vie de musicien de Maurice Ravel, ses us et coutumes, ses lieux de vie ou comment il gagnait sa vie. En particulier sa tournée en tant que pianiste en Amérique du Nord, où il découvre le jazz.

La ligne dramatique est donc la vie de Maurice Ravel pendant la composition du célèbre Bolèro. Avec régulièrement des interactions avec sa cliente, sa mécène, qui paye pour qu'il crée une musique de ballet ; avec aussi ses interactions avec différentes femmes, dont une prostituée aux gants (étonnante scène).

Il est vrai, pour faire écho avec le titre, que le personnage garde sa part de mystère, et est entièrement tourné vers la musique et sa création. Le film se termine par la direction du Boléro par Raphaël Personnaz, alias Maurice Ravel dans un montage séquence jubilatoire. 

poster du film Bolero 

Athena (1h39, 2022) de Romain Gavras

Avec Dali Benssalah, Sami Slimane, Anthony Bajon, Ouassini Embarek, Alexis Manenti, Birane Ba, Iless Hachi, Younès Benbakki, Meriam Sbia.

Le membre d'une cité a peut-être été assassiné par des policiers. Cela provoque l'embrasement de la cité et une guerre de tranchées, littéralement. La cité devient une forteresse qui refuse l'accès aux forces de l'ordre avec incendies et cocktails Molotov et meute pour défendre et attaquer les forces de l'ordre. 
Le film est spectaculaire et maintient une tension permanente jusqu'à sa conclusion. Il n'y a pas de héros, mais plusieurs personnages principaux que l'on suit au cours du récit : leader des insurgés, un policier qui essaie de temporiser et de raisonner qui se trouve être le frère du leader. Et il y a aussi un leader du trafic de drogue, qui est aussi un membre de la fratrie. Tout ce monde n'a pas les mêmes intérêts et les mêmes ambitions et s'affrontent autour de petits arcs dramatiques qui nourrissent soit directement, soit indirectement l'arc dramatique principal, c'est-à-dire l'embrasement.
Le réalisateur choisit de donner le point de vue à un des policiers que nous retrouverons un peu plus tard au cours de l'intrigue à l'intérieur de la cité et il sera aussi un élément important des drames qui vont suivre dans la deuxième partie du film. 
Sur la forme le film est très efficace et impressionnant. Il peut être vu comme une actualisation de La Haine de Mathieu Kassovitz. Ne serait-ce que sur la forme, le film de Mathieu Kassovitz était stylisé (le noir et blanc, par exemple), ici, c'est une explosion graphique qui fait penser à un Escape From New-York (1981) de John Carpenter, en plus survitaminée ou alors au film Tueurs Nés (1994) d'Oliver Stone pour le côté hystérique.
 
poster du film Bande-annonce Athena 

Un Petit Frère (1h56, 2022) de Léonor Serraille

Une fresque familiale où Annabelle Langronne se bat pour vivre sa vie, et pour élever ses enfants. Un très beau film où les rêves sont oblitérés par le pragmatisme réaliste. Entre sa situation où son entourage essaie de la marier absolument, et ses enfants à élever pour qu'ils s'en sortent mieux qu'elle. Les deux petits garçons qui jouent ses fils sont formidables. Jusqu'aux dénouements finaux où nous comprenons ce que sont devenus ses enfants.

Une histoire toute en subtilités, moins joyeuse que Jeune Femme (2017) avec Laeticia Dosch qui n'était pas joyeux non plus, mais dont la vitalité amenait une énergie comique. Ici le spectateur comprend et suit Annabelle Langronne et est de tout cœur avec elle ; même si rien de joyeux ne se produit et ne réussira que partiellement dans ses ambitions. 

poster du film Bande-annonce Un petit frère 

dimanche 1 février 2026

La Petite (1h33, 2023) de Guillaume Nicloux

Avec Fabrice Luchini, Mara Taquin, Maud Wyler, Juliette Metten, Veerle Baetens, Lucas Van den Eynde, Viv Van Dingenen.

Guillaume Nicloux continue sa création. Ici il n'y a ni Michel Houellebecq, ni Gérard Depardieu. Mais nous avons Fabrice Luchini, qui part à la recherche puis à la pêche (dans le sens où il essaie de l'attraper) de son petit fils en gestation auprès d'une mère porteuse, qui loue ses ovaires et son ventre pour de l'argent.

Le film pose la problématique de l'élevage de cet enfant : quelle est sa famille, qui va l'élever, qui sera son père, qui sera sa mère. Avec le postulat dramatique du début de film qui est que le père biologique décède.

Nous garderons les questionnements que pose le film. Nous garderons l'interprétation de Fabice Luchini, très sobre et très émouvant dans sa manière rentrée de jouer ces émotions. Nous garderons Mara Taquin, toute en énergie. Pour au total un Guillaume Nicloux qui signe un film plutôt intéressant, sérieux (pas iconoclaste) et amusant par moment.

poster du film Bande-annonce La Petite 

samedi 31 janvier 2026

7 minutes (1h18, 2020) de Ricky Mastro

Avec Antoine Herbez, Clément Naline, Valentin Malguy, Paul Arvenne, Cédrick Spinassou, Robin Larroque, Valérie Prudent, Nicolas Lainé, Martine Nograbt.

Un père, policier, apprend la mort de son fils. Celui-ci décède de l'abus de drogue du plaisir dispensé dans une boite de nuit fréquentée par des homosexuels. Il enquête à sa manière dans ce milieu.
La grande qualité du film est de ne jamais expliquer la scène que l'on voit. Au spectateur de comprendre si elle se déroule avant les décès (il y a deux décès séparés de sept minutes, au début du film), ou après, et de deviner l'ellipse pratiquée par le montage. À ce titre l'histoire est racontée sans dialogue explicatif, sans effet visuel pour positionner la séquence qui suit. Le film ne dispose d'aucune musique (hormis la musique diégétique, dans la boite de nuit notamment).
Cette progression imprévisible de l'histoire se termine de la même manière, presque de manière abrupte, en laissant le spectateur se questionner sur la situation du père au moment où le film se termine.
Un film behavioriste et intrigant. Les acteurs sont bons et parfaitement dirigés. 

poster du film 7 minutes

jeudi 1 janvier 2026

Emily in Paris (2025, saison 5, 10 épisodes de 35 min) de Darren Star

Avec Lily Collins, Philippine Leroy-Beaulieu, Ashley Park, Bruno Gouery, Samuel Arnold, Lucas Bravo, Lucien Laviscount.

Cette saison est fidèle aux chromos de la franchise. Caricatures. Paris imaginaire décorrélé de toute réalité. Costumes délirants et extrêmement chic pour Lily Collins. Le moins intéressant de cette saison est la partie italienne, car cette saison est surtout "Emily in Italy". Mais le charme de Lily Collins, et les personnages secondaires, comme Philippine Leroy-Beaulieu, par leur méchanceté ou leur côté caricatural, produisent le sel nécessaire pour maintenir l'intérêt.  De même, Ashley Park amène son énergie. Ou alors Minnie Driver. Se consomme comme un bonbon légèrement acidulé.

poster de la série Emily in Paris 

 

mercredi 31 décembre 2025

Fargo (1h38, 1996) de Joel et Ethan Coen

Avec  Frances McDormand, William H. Macy, Steve Buscemi, Peter Stormare, Kristin Rudrüd, John Carroll Lynch.

La vie de personnes simples a toujours passionné les frères Coen. Il faut reconnaitre qu’ici la collection de personnages avec le QI d'une chaise pliante est impressionnante. Les petites frappes, les petits escrocs, les petits policiers de province, et l'ensemble du monde qui l'entoure sont de la bonne matière pour cette histoire d'arnaque et de casse qui ne se déroule pas comme prévu. Et le froid, qui semble engourdir les mouvements et les cerveaux, donne une patine unique au film. L'ensemble de la distribution signe une performance mémorable. Avec dans le haut du panier William H. Macy, Steve Buscemi, Peter Stormare ou John Caroll Lynch. Frances McDormand est la seule qui semble avoir un cerveau qui semble fonctionner.

 poster du film Bande-annonce Fargo 

mardi 30 décembre 2025

Novembre (1h46, 2022) de Cédric Jimenez

Avec Jean Dujardin, Anaïs Demoustier, Sandrine Kiberlain, Jérémie Rénier, Lyna Khoudri, Cédric Kahn, Sofian Khammes.

Le film se concentre sur les enquêtes dans les cinq jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Le scénario nous montre la course pour aller le plus vite possible. Cédric Jimenez montre bien l'effarement de toutes et tous ainsi que l'urgence de la situation. Le film montre aussi les guerres entre les différents corps de l'état. Le scénario nous montre les différentes actions parallèles des différents enquêteurs et policiers, avec leurs intuitions et les sidérations. Les problématiques de coordination, d'orchestration et d'interlocution, pas simples dans ce contexte d'urgence et empilement de structures d'état sont aussi montré, ce qui contribue à ajouter du suspense aux différents arcs dramatiques. 

La distribution est concernée et solide. Le scénario et le sujet sont suffisamment puissants pour que nous nous laissions happer par l'intrigue bien que nous en connaissons l'issue.

 poster du film Bande-annonce Novembre 

samedi 29 novembre 2025

Dr. Jack (Et Puis Ca Va, 1h, 1922) de Fred C. Newmeyer et Sam Taylor

Avec Harold Lloyd, Mildred Davis, John T. Prince, Eric Mayne, C. Norman Hammond. 

Le film est constitué de deux parties. La première, une exposition sur le docteur Jack, Harold Lloyd, et en parallèle le personnage de Mildred Davis. Celle-ci est maintenue malade à domicile par un médecin mal intentionné nommé Ludwig von Saulsbourg, interprété par Eric Mayne, qui est payé pour être à domicile par le père pour soigner sa fille. Eric Mayne la maintient dans un état maladif, la cloître et la gave de potion. Harold Llloyd, de son côté, le docteur Jack, est joyeux, enjoué, soigne une poupée, attentionnée. Pendant cette première partie, le burlesque est maintenu par les acrobaties faites par Harold Lloyd avec sa voiture. Ces deux médecins vont se croiser et un amie de la famille va demander son avis à un autre médecin, le docteur Jack justement. Ce qui fait basculer le film dans sa deuxième partie qui se déroule à l'intérieur où bien sûr, Harold Lloyd aura des effets bénéfiques sur la malade. Cette deuxième partie contient une longue poursuite dans la maison, impressionnante par sa longueur et ses multiples idées. Et assez jubilatoire, il faut reconnaitre.

Nous ne connaissions pas Harold Lloyd et cette première rencontre est très plaisante. Les plans de transitions, pour raconter les histoires, sont juste des passerelles vers les performances d'Harold Llloyd, en termes d'interprétation et de cascade. Ce film muet est accompagné dans cette version par la musique de Robert Israel composée ne 2002. Celle-ci s'avère très plaisante.

poster du film Et puis ça va 

lundi 24 novembre 2025

Ballad Of A Small Player (1h41, 2025) de Edward Berger

Avec Colin Farrell, Fala Chen, Tilda Swinton Alex Jenning, Chik-Ka Lai, Alan K. Chang,  Margaret Cheung, Jason Tobin, Deanie Ip, Selena Fong, Christina Yong, Anthony Chau-Sang Wong, Adrienne Lau.

Après Conclave (2024), Edward Berger revient avec cette production Netflix.

Nous notons un travail sur la photographie magnifique , opérée par James Friend. Nous notons aussi la musique de Volker Bertelmann, plutôt impressionnante, étant très en avant, et consubstantielle à l'impression que fait le film. Nous notons aussi le personnage de Tilda Swinton, qui évoque le dessin animé, avec un beau travail sur ses costumes. Nous notons Colin Farrell , impressionnant au niveau de l'interprétation d'un personnage malade du jeu. Nous notons le scénario, sous ses impressions de linéarité, ne l'est pas du tout. Bref, le film sous ses exubérances, mais aussi grâce au pathétique de ses personnages, Colin Farrell en tête, évoque le dessin animé. Tous ces éléments mis ensemble donnent un film qui tient le spectateur jusqu'au bout, sous une forme de suspense à peine déguisé : comment ce personnage pathétique et ridicule, Colin Farrell, va s'en sortir. 

Le film crée en quelque sorte son propre genre. De grosses composantes d'humour, un drame pour le personnage de Colin Farrell, des éléments irréels avec les croyances locales ou la croyance en des fantômes, un côté dessin animé (voir l'interprétation de Colin Farrell ou la patine de la photographie). Ajouter la musique originale, symphonique, très en avant, qui tire le film vers le fantastique et le suspense. Tout ceci contribue à produire un film qui possède sa propre originalité et ne ressemble à aucun autre. Et bien sûr, à voir pour tout adorateur de Colin Farrell qui livre une interprétation impressionnante.

 poster du film Ballad Of A Small Player