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dimanche 16 août 2026

The Whale (1h57, 2022) de Darren Aronofsky

Avec Brendan Fraser, Sadie Sink, Hong Chau, Ty Simpkins, Samantha Morton, Sathya Sridharan, Jacey Sink, Allison Altman, David Maire, Lance Oppenheim, Grace Perkins.

Nous savons que Darren Aronofsky ne choisit jamais la facilité. Ici il s'agit d'un film sur un monsieur hyper obèse, sur le point de mourir parce qu’hyper obèse. Pendant ce moment particulier, il cherche à prendre en contact avec sa fille, qui l'ignore pour différentes raisons que la fiction nous expliquera. Nous savons que Darena Aronofsly n'est pas habitué à faire des films lisses, sans aspérité.  Ici, le film nous donne à voir la vie et le quotidien d'une personne en énorme surcharge pondérale, et, effectivement, c'est une de ses qualités, nous appréhendons bien les difficultés à se mouvoir ou à faire des gestes domestiques très simples au quotidien. 

Le film est servi par un bon scénario où toutes les personnes qui gravitent autour de Brendan Fraser sont très bien écrites, en particulier son infirmière et sa fille, mais aussi le démarcheur religieux, qui sont des personnages passionnants et qui donnent de la texture au film. 

Évidemment. Il est difficile de ne pas parler de Brendan Fraser, qui est très bien dans le rôle de ce personnage. Même si le film possède des composantes très étatsuniennes et très bondieuserie avec croyances, qui font que cela peut déranger, mais en tout cas, le film contient des images plutôt inédites. Car il est rare d'avoir un personnage comme celui-là.

poster du film Bande-annonce The Whale 

mardi 4 août 2026

L’Intérêt d’Adam (1h18, 2025) de Laura Wandel

Avec Léa Drucker, Anamaria Vartolomei, Jules Delsart, Laurent Capelluto, Alex Descas, Timur Magomedgadzhiev,  Claire Bodson, Monia Douieb.

Un petit garçon, Adam, arrive avec sa maman aux urgences pédiatriques. L'infirmière s'attache à eux et essaie de trouver des solutions à l'insu du plein gré de sa maman et à l'insu du plein gré du petit garçon. Hormis cet arc dramatique autour d'Adam, le reste du film peut être vu comme un documentaire.

Film nous raconte cette histoire dans cet environnement : tout se passe quasiment dans les chambres et couloirs de l'hôpital. Avec Léa Drucker en suprême qui est de tous les fronts et qui fait de son mieux son métier. Laura Wandel choisit une caméra qui suit en permanence Léa Drucker dans ses allers, retours, allers, arrêts, etc. tous ses mouvements pour aller voir chaque enfant patient, parent d'enfant, collègue, hiérarchique. Elle est souvent cadrée de dos. Léa Drucker porte tous les maux et malheurs de son environnement, au risque de mettre en danger sa santé. Magnifique performance de Léa Drucker.

poster du film Bande-annonce L’Intérêt d’Adam 

Bugonia (1h58, 2025) de Yorgos Lanthimos

Avec Emma Stone, Jesse Plemons, Aidan Delbis, Alicia Silverstone, Stavros Halkias, J. Carmen Galindez Barrera, Marc T. Lewis. 

Yorgos Lanthimos signe un film coup de poing, dénué de subtilité, mais diablement efficace. Grâce d’abord à ses trois acteurs principaux. Emma Stone en tête impressionnante en patronne inhumaine. Jesse Plemons, impressionnant comme à chaque fois, dans le personnage d'un conspirationniste qui voit en Emma Stone une extraterrestre, et qui est traumatisé par le coma de sa maman. Et Aidan Delbis, le cousin de Jesse Plemons, qui a un rôle important dans cette histoire.

Le film est un coup de poing perpétuel à travers le travail de photographie, les maquillages, le montage, la musique au hachoir. Bref, tout ceci est diablement brutal et efficace. Y compris dans son épilogue, qui pourra surprendre. Il est d'ailleurs possible d'arrêter de voir le film avant cet épilogue, c'est-à-dire d'arrêter le film au moment où l'ambulance part. Ou alors de continuer, le film se réorientant vers un autre horizon, qui est recevable, et qui finalement rend encore le film plus intéressant.

Nous apprécions la vision anticapitaliste et déshumanisée de cette patronne d'entreprise qui n'est tellement pas humaine et tellement méprisante vis-à-vis de ses employés. Et finalement le film n'est pas dénué d'humour, à la fois par réaction à l'énormité de certaines images ou sur la forme en mode marteau-pilon qu'a choisi Yorgos Lanthimos.

poster du film Bande-annonce Bugonia 



mardi 9 juin 2026

L'Homme Qui Voulu Etre Roi (The Man Who Would Be King, 2h09, 1975) de John Huston

Avec Sean Connery, Michael Caine, Christopher Plummer, Saeed Jaffrey, Doghmi Larbi, Jack May, Karroom Ben Bouih, Mohammad Shamsi, Shakira Caine, Albert Moses

Dans une colonie aux confins du Pakistan et de l'Afghanistan, pendant la colonie de l'Inde sous l'Empire britannique au XIXe siècle, des escrocs britanniques vont à l'aventure dans une région qui n'a jamais vu d'hommes blancs et qui, par un quiproquo, prennent l'un deux pour un Dieu. C'est Sean Connery qui est l'élu, et qui finalement se prend au jeu et oublie la raison première de leur venue : piller leur richesse, la cupidité, la recherche de l'or, la recherche de pierres précieuses. Michael Caine est son acolyte qui garde le sens des réalités et qui voit l'évolution et se rend compte progressivement de l'évolution de son compère. Bien sûr les choses ne se dérouleront pas comme ils l'espèrent, ni pour l'un ni pour l'autre, et cela aboutira à un nombre certain de déceptions de chacun d'eux. 
Le film commence par un voyageur qui raconte l'histoire, le film étant un retour en arrière, et se termine par là où il a commencé.

À noter une très belle musique de Maurice Jarre. 

poster du film Bande-annonce L'Homme qui voulut être roi 

vendredi 22 mai 2026

The Old Oak (1h53, 2023) de Ken Loach

Avec Dave Turner, Ebla Mari, Claire Rodgerson, Trevor Fox, Chris McGlade, Col Tait, Jordan Louis, Chrissie Robinson, Chris Gotts, Jen Patterson.

 Un film sur l'inclusion où des immigrés syriens fuyant leur pays se retrouvent hébergés dans une petite ville d'Angleterre. Ils ne suscitent pas forcément l'enthousiasme, en particulier vis-à-vis des désœuvrés locaux, qui passent leur temps dans un vieux bar en décrépitude (il s'appelle The Old Oak) à boire de la bière. Racisme, préjugés, xénophobie, la méconnaissance de l'autre : c'est un terreau dans lequel excelle Ken Loach, sans subtilité, mais avec efficacité. Ken Loach sait où appuyer, même si beaucoup de choses sont prévisibles. Les personnages sont bien écrits, la distribution réussit et les acteurs sont formidables. Dave Turner, le patron du bar, porte le film. Il est un peu lâche, mais a le cœur sur la main. Le film est un peu long et aurait été plus léger si les retours en arrière avaient été soustraits. Ils n'apportent rien sur les personnages que nous ne savons déjà.

poster du film Bande-annonce The Old Oak 

jeudi 16 avril 2026

La Grazia (2h12, 2025) de Paolo Sorrentino

 Avec Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Massimo Venturiello, Milvia Marigliano, Giuseppe Gaiani, Roberto Zibetti, Vasco Mirandola, Linda Messerklinger.

Les affres du président de la République italienne, qui doit statuer sur une loi relative à l'euthanasie, et sur deux dossiers de grâce pour deux condamnés. À ceci se greffent des inquiétudes personnelles où ce vieux président qui termine son mandat dans quelque mois se pose des questions concernant sa femme.

Paolo Sorrentino arrive à rendre cette histoire intéressante. Le spectateur n'a pas envie de décrocher et se demande ce qu'il va décider. Notamment, car nous percevons des éléments qui vont aider ce juriste à prendre  ses décisions. Et nous voyons comment il fait pour arriver à prendre sa décision, en particulier pour les deux grâces qui lui sont soumises.

Un film au ton bien à lui, en particulier concernant son sujet et son rythme. Comme quoi il est possible de faire un film lent, qui accroche et tient le spectateur jusqu'au bout.

 poster du film Bande-annonce La Grazia

samedi 11 avril 2026

L'étranger (2h02, 2025) de François Ozon

Avec Benjamin Voisin, Rebecca Marder, Pierre Lottin, Denis Lavant, Swann Arlaud, Christophe Malavoy, Nicolas Vaude, Jean-Charles Clichet, Mireille Perrier.

Film à très faible hystérésis. Le personnage principal est insipide et nous ennuie. Nous nous moquons de ses turpitudes, intérieures et extérieures. Tout comme lui il se moque de tout ce qui l'entoure. C'est le sujet du film visiblement, ce personnage n'a aucune empathie, pour personne, il est inhumain. Soit. Le matériau original est un roman, que nous ne connaissons pas. Le film résultant est un pensum d'où ne sortent que les métiers techniques. Décos, photo, costumes, direction d'acteur, tout cela est bel et bien, mais tourne à vide. Une non-histoire. Pierre Lottin, par contre, encore une foi, sort du lot, grâce à son personnage très loquace et imprime un peu. Denis Lavant est ridicule.

Le film de tribunal est un genre à part entière. Ici une partie du film se déroule dans un tribunal. Avec sa mollesse. Nous pourrions louer l'exercice de style, réel, mené par François Ozon. Mais nous conseillons ce film aux dissertant sur le roman et les différences du film avec le roman source. 

 poster du film Bande-annonce L’Étranger 

jeudi 9 avril 2026

The Mastermind (1h50, 2025) de Kelly Reichardt

Avec Josh O'Connor, Alana Haim, Hope Davis, Bill Camp, John Magaro, Gaby Hoffmann, Eli Gelb, Cole Doman, Javion Allen, Amanda Plummer.

C'est mou : le film est très lent. À l'image de son personnage principal : un raté dans une petite ville étatsunienne monte un vol d'œuvre d'art avec des équipiers qui ne sont pas fiables ; il s'agit de dérober une œuvre d'un musée local. Le scénario prend son temps. Le personnage de Josh O'Connor est mou, d'où la mollesse du fim. Mais qui déroule son histoire, l'idée du braquage, la préparation, la réalisation, la fuite, l'après-braquage pour vendre la toile, puis l'épilogue. 

Le rythme n'est pas celui d'une comédie (le film dure 1h50), mais il contient son lot de comédie, car les équipiers sont des bras cassés. Josh O'Connor, son personnage, est un hébété permanent devant le fait que tout ce qu'il a imaginé comme déroulement ne se produit pas, n'étant pas aidé par une intelligence moins que moyenne et une anticipation nulle de ce qui pourrait se passer ou perturber ce qu'il veut faire.

Cette mollesse du film permet au spectateur d'avoir une certaine empathie pour ce pauvre bougre de Josh O'Connor, pas vraiment méchant, ambitieux avec mesure, qui essaie des choses, qui sont mal organisées et gérées. C'est elle qui donne sa signature au film.

poster du film Bande-annonce The Mastermind 

samedi 4 avril 2026

Women Talking (1h44, 2022) de Sarah Polley

Avec Rooney Mara, Judith Ivey, Emily Mitchell, Kate Hallett, Liv McNeil, Claire Foy, Sheila McCarthy, Jessie Buckley, Michelle McLeod, Kira Guloien, Shayla Brown, Frances McDormand, Ben Whishaw.

Les femmes d'une communauté religieuse arriérée, c'est à dire une secte de 2010, c'est-à-dire phallocrate, misogyne et féminicide, débattent et discutent pour savoir si elles doivent quitter cette communauté, où elles sont battues, violées, où la pédophilie est possible. La religion chrétienne est évoquée.

Le film est assez fort, car il ne montre jamais les monstres, les hommes, si ce n'est enfants. Nous ne rencontrerons pas leur décision, mais ce film de discussion dans une grange reste puissant et dense en permanence.

 poster du film Bande-annonce Women Talking 

vendredi 13 mars 2026

Valeur Sentimentale (Affeksjonsverdi, 2h13, 2025) de Joachim Trier

Avec Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning.

C'est l'histoire d'un réalisateur (Stellan Skarsgård) en fin de carrière, qui retrouve ses deux filles suite au décès de son ex-femme. L'une d'elles est actrice de théâtre. Il a perdu de vue ses filles. Il ne vient pas à la cérémonie. Il en profite pour récupérer deux enceintes acoustiques. En quelques plans le personnage nous est montré égoïste et abject. Mais il vient aussi avec un scénario, écrit pour sa fille actrice : il souhaite qu'elle l'interprète. Bien sûr les relations sont très froides et rien ne se passera comme il le souhaite. En particulier sa fille refuse le rôle. Et il le confie à une star étatsunienne, Elle Fanning, qui a envie de tourner un film sérieux.

Le film a le mérite de parler, à sa manière, du métier d'acteur, à la fois avec le personnage de sa fille (interprétée par Renate Reinsve, parfaite) et par celui qu'interprète Elle Fanning qui veut comprendre son personnage.

Le film dans sa structure est intéressant. Il n'y a rien de cousu de film blanc ici. Le scénario arrive à traiter à égalité les trois personnages principaux : le réalisateur et père, la fille actrice de théâtre, mais en conflit avec son père, et l'actrice qui essaie de comprendre le personnage et ce que veut en faire le réalisateur. Le film a obtenu le Grand Prix au Festival de Cannes 2025.

poster du film Bande-annonce Valeur sentimentale 

dimanche 8 mars 2026

A Bout De Souffle (1h30, 1960) de Jean-Luc Godard

Avec Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Daniel Boulanger, Henri-Jacques Huet, Van Doude, Claude Mansard, Jean-Pierre Melville, Liliane Dreyfus, Roger Hanin, Richard Balducci, François Moreuil.

Il y a déjà tout ce que nous retrouverons dans les films suivants de Jean-Luc Godard. L'utilisation du son mixé en avant. Les sons superposant les dialogues, ou les dialogues se superposant entre eux, à la limite de l'audible. Mais aussi l'amour des actrices, avec ici Jean Seberg qui est magnétique. Bien que sur la forme, Jean-Luc Godard soit très identifié, ses films reposent sur les acteurs, et en particulier les actrices. Ici, Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo, ce dernier étant de la presque totalité des plans.

L'histoire n'est finalement pas très compliquée : un voyou s'amourache d'une jeune Américaine à Paris et essai de l'emmener avec lui en Italie tout en essayant de récupérer l'argent qu'on lui doit. Ceci ne parait pas palpitant. Mais ce sont des prétextes qui, avec le traitement qu'en fait Jean-Luc Godard, rendent l'ensemble et chaque séquence passionnante. Avec cette forme spécifique, avec ces dialogues naturalistes, avec ces acteurs, avec ce montage qui ne se préoccupe pas de continuité, bref grâce à la mise en scène.

 poster du film Bande-annonce À bout de souffle 

samedi 7 mars 2026

La Petite Derniere (1h48, 2025) de Hafsia Herzi

Avec  Nadia Melliti, Park Ji-Min, Amina Ben Mohamed, Mélissa Guers, Rita Benmannana, Nemo Schiffman, Razzak Ridha, Mouna Soualem.

Hafsia Herzi nous raconte l'histoire d'une jeune femme, musulmane, entre la fin du lycée et le début des études, pratiquante, qui prend conscience de son homosexualité. À partir des conventions et des croyances qui lui sont inculquées, jusqu'à découvrir l'amour charnel et une forme de communautarisme basée sur des croyances orthogonales avec celles des croyances initiales.

Les actrices sont formidables. Le film paraît long au bout d'une heure. Pas par le contenu de l'histoire, mais de son traitement et des longueurs qui n'apportent pas d'éléments dramatiques. Cela vient peut-être qu'une histoire dramatique a besoin de malheurs, de moment où l'héroïne est heureuse, mais dont ce bonheur est perturbé par une dose de malheur. Le film possède une ligne dramatique constante, bien supportée par la performance de Nadia Melliti. Des éléments perturbateurs de cette progression sont absents. Mais dans l'autre sens, le spectateur, en empathie avec le personnage, est plutôt satisfait de cette évolution. Peut-être qu'une réduction de la durée aurait évité cette perception. La mise en scène se suffisant pour raconter l'histoire.

poster du film Bande-annonce La Petite Dernière 

 

vendredi 6 mars 2026

Un Simple Accident (1h43, 2025) de Jafar Panahi

Avec Vahid Mobasseri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi, Hadis Pakbaten, Majid Panahi, Mohamad Ali Elyasmehr, Afssaneh Najmabadi, Delnaz Najafi, Georges Hashemzadeh, Jafar Panahi.

Palme d'Or à Cannes 2025. La puissance du film de Jafar Panahi vient de son scénario qui possède de multiples qualités. Il n'est pas possible de deviner comment l'histoire va évoluer. Et une des composantes importantes de cette évolution est son tragi-comique. Les évolutions sont tel qu'elles convient de l'humour. De l'humour noir, car cet humour se construit sur un terreau d'une tragédie qui se construit progressivement, en conviant de plus en plus de personnages au fur et à mesure que l'histoire progresse avec des plus en plus de points de non-retour. 

Sur la forme Jafar Panahi fait le choix de positionner beaucoup de choses hors cadre. Des personnages sont présents, mais nous ne les voyons pas. Des objets existent hors cadre, mais nous ne les voyons pas. Des animaux existent hors cadre, mais nous ne les voyons pas. La mise en scène est très réfléchie et très efficace, par le climat que cela convie et la patine que cela produit. 

Le film sait aussi montrer les conséquences de vivre dans une dictature, sans être explicatif, en montrant simplement comment les personnes adaptent leurs comportements et leurs interactions aux contraintes de cet univers ; la scène où la petite fille enregistre sa maman à l'hôpital est édifiante.

poster du film Bande-annonce Un simple accident 

dimanche 1 mars 2026

Ida (1h22, 2013) de Pawel Pawlikowski

Avec Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska, Dawid Ogrodnik, Jerzy Trela, Adam Szyszkowski, Halina Skoczynska, Joanna Kulig, Dorota Kuduk.

Nous sommes dans les années soixante en Pologne. Il s’agit de l’histoire d’Ida, sur le point d’entrer dans les ordres dans le couvent où elle vit depuis qu’elle lui a été confiée. Elle pensait être orpheline, mais elle découvre une tante, qui lui explique qu’elle est juive, que sa famille a été tuée pendant la Seconde Guerre. Elle part avec sa tante à la recherche de cette histoire et va remuer le passé avec sa tante. Elles découvriront une réalité. Cela l’aidera à décider si elle rentre au couvent, ou pas.

Pawel Pawlikowski a fait des choix brillants : format 4/3, images en noir et blanc, avec des images très composées, ce qui donne par moment des plans de toute beauté. Ensuite il sait manier l’art de l’ellipse à merveille : le passage d’un plan à un autre permet au spectateur de deviner les changements entre les deux. La compréhension d'une information sans que ce soit dit, mais que nous comprenons et qui influence grandement la motivation d'un des personnages. Pawel Pawlikowski dispose d'une grande maitrise du montage et de l’ellipse. L'histoire est racontée par l'enchainement des plans, et pas une voix off ou par des dialogues des personnages. Du grand Art.

poster du film Bande-annonce Ida

vendredi 27 février 2026

L'Attachement (1h46, 2024) de Carine Tardieu

Avec Valeria Bruni Tedeschi, Pio Marmaï, Vimala Pons,  Raphaël Quenard

Curieux film. Les personnages sont mal écrits : ils ne suscitent aucune empathie, mais de la moquerie. Cela se veut sensible, mais cela est pleurnichard. Le scénario ne prend pas son temps pour installer et caractériser les personnages. Les articulations dramatiques vont trop vite. Nous nous moquons de ce qu'il arrive. Il ne suffit pas de geindre ou pleurer pour susciter l'empathie. Et hop, la voisine meurt. Son mari tombe amoureux de la voisine. Puis tombe amoureux d'une doctoresse. Son fils n'est pas son fils.  Il se marie avec la doctoresse. Mais finalement il ne l'aime pas. Tout cela est d'un ennui. Ce film fait penser à des fictions télévisuelles bas de gamme, où les relations entre les personnages sont caricaturales, prévisibles et risibles. 

L'art de l'ellipse est au cœur de l'expérience cinématographique. Ici les articulations sont cousues de fil blanc, ne suscitent aucune interrogation du spectateur. Le spectateur joue à deviner ce qui va suivre et s'amuse des articulations qu'il a souvent devinées.

Quel est le message de ce film ? Qu'une féministe qui a fait le choix du célibat est capable d'humanité, c'est-à-dire d'aimer un petit garçon ? Que les féministes fument et sont alcooliques ? Il n'y a pas un plan où Valeria Bruni Tedeschi ne boit pas et ne fume pas. Il y a peu de choses à sauver de cet ensemble de choses confuses et sans fil conducteur. À moins que ce soit un film qui souhaite insulter les féministes ?

Nous sauverons de ce naufrage l'interprétation de Valeria Bruni-Tedeschi dont la prestation rentrée lui évite le ridicule. Ainsi que l'énergie de Vimala Pons qui par son dynamisme, donne un peu de lumière à cet ensemble mièvre.

poster du film Bande-annonce L'Attachement 

jeudi 19 février 2026

Sirat (1h55, 2025) de Oliver Laxe

Avec Sergi López, Bruno Núñez Arjona, Stefania Gadda, Joshua Liam Herderson, Richard 'Bigui' Bellamy, Tonin Janvier, Jade Oukid, Ahmed Abbou.

Bel exercice, beau travail pour produire un climat poignant à la limite du fantastique, avec cette progression dans le désert et ses annonces de guerre ailleurs à la radio. L'ambiance est est phénoménale, entre la musique la rave dans le désert au début, puis cette course en avant des camions dans le désert, puis cette séquence d'anthologie avec le champ de mines.

L'histoire est racontée par le montage et la progression des séquences. Cela commence par un père et son fils à la recherche de la sœur, peut être présent dans une rave dans le désert. Le film semble situé au Maroc et évolue vers la Mauritanie. La recherche de la sœur les amène à suivre deux camions qui vont rejoindre une autre rave dans le désert. Débute alors une course dans le désert. Et des moments et des situations problématiques, telles que comment manger, comment boire, comment traverser un cours d'eau, ou comment trouver du carburant pour les camions. Le père et le fils partent dans une aventure qui changera leur vie à jamais.

Les personnages de la caravane sont très attachants et interprétés avec subtilités. 
Le film n'est pas sans rappeler le Sorcerer (1977) de William Friedkin par sa tension, son nihilisme, voire sa musique. Mais aussi par l'obsession du personnage, retrouver sa fille, coute que coute, avec les conséquences que le film montre. Avec une séquence d'anthologie, dans le dernier quart, lorsqu'ils doivent faire à pied une partie du trajet... 

poster du film Bande-annonce Sirāt 

dimanche 15 février 2026

My Summer Of Love (1h26, 2004) de Pawel Pawlikowski

Avec  Natalie Press, Emily Blunt, Paddy Considine, Dean Andrews, Michelle Byrne, Paul Antony-Barber.Lynette Edwards, Kathryn Sumner.

Très beau film, subtil, qui raconte les interactions entre deux jeunes femmes qui se rencontrent pendant l'été au Royaume-Uni. Une est riche, cultivée, joue du violoncelle, passe ses vacances avec ses parents, et a perdu sa sœur. L'autre, pauvre, orpheline, qui vit avec son frère, anciennement violent et alcoolique, mais nouvellement converti par sa rencontre avec Jésus.
L'apprentissage de l'autre, en tout cas de ce que l'on raconte à l'autre, les balades, le partage des frustrations, l'observation des adultes, créent une relation forte entre elles. L'histoire se terminera avec une forme de libération pour l'une d'elles, et une confirmation de névroses pour l'autre. Les interactions entre les différents personnages et les progressions sont telles qu'il est difficile de deviner précisément les scènes qui vont suivre et comment leur relation va évoluer, y compris  les surprises dans le dernier quart du film. Un film subtil et dense, très bien servi par ses deux actrices.
 
poster du film My Summer of Love 

mercredi 11 février 2026

Athena (1h39, 2022) de Romain Gavras

Avec Dali Benssalah, Sami Slimane, Anthony Bajon, Ouassini Embarek, Alexis Manenti, Birane Ba, Iless Hachi, Younès Benbakki, Meriam Sbia.

Le membre d'une cité a peut-être été assassiné par des policiers. Cela provoque l'embrasement de la cité et une guerre de tranchées, littéralement. La cité devient une forteresse qui refuse l'accès aux forces de l'ordre avec incendies et cocktails Molotov et meute pour défendre et attaquer les forces de l'ordre. 
Le film est spectaculaire et maintient une tension permanente jusqu'à sa conclusion. Il n'y a pas de héros, mais plusieurs personnages principaux que l'on suit au cours du récit : leader des insurgés, un policier qui essaie de temporiser et de raisonner qui se trouve être le frère du leader. Et il y a aussi un leader du trafic de drogue, qui est aussi un membre de la fratrie. Tout ce monde n'a pas les mêmes intérêts et les mêmes ambitions et s'affrontent autour de petits arcs dramatiques qui nourrissent soit directement, soit indirectement l'arc dramatique principal, c'est-à-dire l'embrasement.
Le réalisateur choisit de donner le point de vue à un des policiers que nous retrouverons un peu plus tard au cours de l'intrigue à l'intérieur de la cité et il sera aussi un élément important des drames qui vont suivre dans la deuxième partie du film. 
Sur la forme le film est très efficace et impressionnant. Il peut être vu comme une actualisation de La Haine de Mathieu Kassovitz. Ne serait-ce que sur la forme, le film de Mathieu Kassovitz était stylisé (le noir et blanc, par exemple), ici, c'est une explosion graphique qui fait penser à un Escape From New-York (1981) de John Carpenter, en plus survitaminée ou alors au film Tueurs Nés (1994) d'Oliver Stone pour le côté hystérique.
 
poster du film Bande-annonce Athena 

Un Petit Frère (1h56, 2022) de Léonor Serraille

Une fresque familiale où Annabelle Langronne se bat pour vivre sa vie, et pour élever ses enfants. Un très beau film où les rêves sont oblitérés par le pragmatisme réaliste. Entre sa situation où son entourage essaie de la marier absolument, et ses enfants à élever pour qu'ils s'en sortent mieux qu'elle. Les deux petits garçons qui jouent ses fils sont formidables. Jusqu'aux dénouements finaux où nous comprenons ce que sont devenus ses enfants.

Une histoire toute en subtilités, moins joyeuse que Jeune Femme (2017) avec Laeticia Dosch qui n'était pas joyeux non plus, mais dont la vitalité amenait une énergie comique. Ici le spectateur comprend et suit Annabelle Langronne et est de tout cœur avec elle ; même si rien de joyeux ne se produit et ne réussira que partiellement dans ses ambitions. 

poster du film Bande-annonce Un petit frère 

dimanche 1 février 2026

La Petite (1h33, 2023) de Guillaume Nicloux

Avec Fabrice Luchini, Mara Taquin, Maud Wyler, Juliette Metten, Veerle Baetens, Lucas Van den Eynde, Viv Van Dingenen.

Guillaume Nicloux continue sa création. Ici il n'y a ni Michel Houellebecq, ni Gérard Depardieu. Mais nous avons Fabrice Luchini, qui part à la recherche puis à la pêche (dans le sens où il essaie de l'attraper) de son petit fils en gestation auprès d'une mère porteuse, qui loue ses ovaires et son ventre pour de l'argent.

Le film pose la problématique de l'élevage de cet enfant : quelle est sa famille, qui va l'élever, qui sera son père, qui sera sa mère. Avec le postulat dramatique du début de film qui est que le père biologique décède.

Nous garderons les questionnements que pose le film. Nous garderons l'interprétation de Fabice Luchini, très sobre et très émouvant dans sa manière rentrée de jouer ces émotions. Nous garderons Mara Taquin, toute en énergie. Pour au total un Guillaume Nicloux qui signe un film plutôt intéressant, sérieux (pas iconoclaste) et amusant par moment.

poster du film Bande-annonce La Petite