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jeudi 16 juillet 2020

Scorpio (1973) de Michael Winner

Avec Burt Lancaster, Alain Delon, Paul Scofield, John Colicos, Gayle Hunnicutt, J.D. Cannon, Joanne Linville, Mel Stewart, Vladek Sheybal, Mary Maude, Jack Colvin, James Sikking, Burke Byrnes.

Scorpio [Blu-Ray]
Michael Winner n'a pas réalisé que des films avec Charles Bronson. Il a eu une vie avant et après. Ici c'est un film entre les deux. Scorpio se situe entre Le Flingueur (The Mechanic, 1972) et Le Cercle Noir (The Stone Killer, 1973), les deux avec Charles Bronson.
C'est un film d'espionnage qui parle de la déprime des vieux espions qui se considèrent comme des dinosaures et qui doivent affronter leur hiérarchie qui ne réfléchit pas et ces nouveaux jeunes qui n'ont plus la morale qu'ils avaient eux.
Film sec, sans enjolivement, sans image en papier glacé. Avec plusieurs belles bêtes: Burt Lancaster en maître, Alain Delon en élève du maître à qui l'on demande d'éliminer le maître. Paul Scofield en maître coté Russe, mais amis respectant son vieil ami-ennemi.
Le film est typique des films d'espions noirs et nihilistes ou tout le monde est pourri et n'est pas ce qu'il semble être. Y compris dans l'avant-dernière scène où des choses sont révélées. Même Scorpio, Alain Delon, en perd son sang froid.
Cet espionnage à l'ancienne est beaucoup plus intéressant que l'espionnage basé sur le numérique et les technologies qui sont des outils maintenant indispensables et indissociables de tout film d'espionnage. C'était plus terre à terre à cette époque-là: course poursuite en voiture, dans la rue, planque, amis et contacts, photos truquées, chantage, etc. Maintenant un film d'espionnage est forcément techno. Ce n'était pas encore le cas en 1973 et c'est ce qui donne un charme certain au film.
Le film repose beaucoup sur ses décors réels, plus ou moins déserts, que Michael Winner et Robert Paynter savent photographier (toutes les séquences à Vienne par exemple).
À noter aussi une belle musique de Jerry Fielding.


samedi 12 octobre 2019

Tueur D'Elite (The Killer Elite, 1976) de Sam Peckinpah

Avec James Caan, Robert Duvall, Arthur Hill, Bo Hopkins, Mako, Burt Young, Gig Young, Tom Clancy.

The Killer (Tueur d'élite) [Blu-Ray]Très bonne surprise que ce polar de Sam Peckinpah. Le nouveau master fourni par le Blu Ray est probablement en grande partie responsable: la photo est superbe. Nous avions un souvenir gêné de film ridicule. Et bien pas du tout. C'est un vrai film de Sam Peckinpah avec son empreinte à tous les niveaux.
Les acteurs sont formidables et la direction d'acteur subtile: Robert Duvall, James Caan, Burt Young et Bo Hopkins. Les décors sont lumineux et de toutes beautés, avec des arrière-plans de San Francisco et sa région. Un scénario de complotisme permanent ou tout le monde ment bien dans la lignée misanthropiste. Et l'expressivité du montage: la séquence au début où Robert Duvall trahit James Caan qui est sous la douche est exemplaire.
Le film est peut-être un peu daté par certains chromos (le polar à la Dirty Harry - 1971 - et ses suites; le kung-fu et les Ninjas), mais un scénario équilibré centré sur le personnage de James Caan (tueur d'élite d'une agence qui travaille pour la CIA, il se retrouve handicapé et souhaite coute que coute revenir au top et reprendre son job), des séquences qui ne déroulent pas comme on l'imagine (nous ne sommes jamais dans les clichés ici), un sens des décors, en partie urbains, mais aussi le lieu de la conclusion du film.
Nous sentons d'ailleurs que Burt Young et Bo Hopkins sont les personnages que Sam Peckinpah aime le plus: Bo Hopkins est présenté comme fou, mais s'avère cool, Burt Young est présenté comme un gros balourd, mais semble le plus subtile et profond (il n'a aucune illusion sur ce qu'ils ont fait et font). Leur relation avec James Caan est décrite avec subtilité, sans lourdeur explicative.Les rôles féminins, bien que peu présents, voire limités à des apparitions, ne sont pas bâclés: la femme de Burt Young ou l'infirmière de James Caan.

Apportez Moi La Tête D'Alfredo Garcia (Bring Me the Head of Alfredo Garcia, 1974) de Sam Peckinpah

Avec Warren Oates, Isela Vega, Robert Webber, Gig Young, Helmut Dantine, Emilio Fernández, Kris Kristofferson.

Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia [Blu-ray]Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia PosterCe film de Sam Peckinpah est étonnant. Étonnant car il s'agit probablement de son film le plus romantique. Romantisme au prisme de la vision noire du monde misanthropique de Sam Peckinpah. Romantisme porté par Warren Oates, personnage fort peu recommandable, petit arnaqueur, pas très classieux (voir ses poux pubiens). La manière dont le couple fonctionne, la relation au sein du couple Warren Oates et Isabella Delavega sont très fines et subtiles. Avec une direction d'acteur impressionnante. Et le moteur du film principal est l'amour que porte Warren Oactes à sa femme et la vengeance ou plutôt l'obsession qu'il a de porter la tête d'Alfredo Garcia, ce bellâtre qui a couché avec sa femme. Ce portrait de couple est étonnant et l'on ne s'attendait pas à ça de la part de Sam Peckinpah. La scène de piquenique fonctionne parfaitement. Même si elle est accointée à un viol et un meurtre. Bien sûr les accès de violence sont bien présents ici et surtout à la fin. Mais le film n'est pas là. Il est dans le portrait de ce couple de perdants qui recherche de l'argent et une unité. La tête d'Alfredo Garcia n'est qu'un prétexte pour nous conter les rêves de ce couple (le mariage, l'argent).
Warren Oates est affublé de lunettes ce qui fait que l'on ne voit quasiment jamais ses yeux. Étonnant pour l'acteur principal, mais qui n'est pas une grande star.
Le film aussi peut être vu comme un documentaire sur le Mexique profond. Les paysages des personnages rencontrés et les décors touchent un environnement assez pauvre et des villages avec des voitures qui sont toutes cabossées ou abîmées, mais aussi des paysages de routes et de campagnes. Une des grandes qualités de l'art de Sam Peckinpah est son génie des décors. Aucune scène ne peut être dissociée du décor et de l'environnement où elle se déroule.

lundi 10 juin 2019

La Horde Sauvage (The Wild Bunch, 1969) de Sam Peckinpah

Avec William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan, Edmond O'Brien, Warrent Oates, Ben Johnson, Julie Sanchez, Emilio Fernandez, Strother Martin, L.Q. Jones, Albert Dekker, Bo Hopkins, Dub Taylor, Paul Harper, Jorge Russek, Alfonso Arau, Chano Urueta, Elsa Cardenas.

Bande-annonce La Horde sauvage - Director's CutLa séquence introductive du film donne le ton: tension, massacre, morts, bref la fin du monde. Le tout monté par un ensemble des coupures et de gros plans et de zooms qui donnent au film une dynamique alors que l'ensemble des plans et de la séquence sont très lents, et sans dialogue. De même que l'utilisation du ralenti  et du zoom comme éléments de mise en scène. Autre élément constitutif de cette séquence d'ouverture est la musique de Jerry Fielding pendant le générique puis la musique de la Fanfare à l'approche du massacre. Les principaux personnages sont installés par cette séquence: notre horde sauvage heureux héros fort peu recommandables, mais peints avec une certaine tendresse par Sam Peckinpah. Les méchants qui poursuivre notre Horde sauvage. Qui sont et encore moins recommandable, car ce sont des chasseurs de prime qui dépouille les cadavres et se repaissent des morts (ils sont en extase devant un ensemble de cadavres pour leur voler leurs affaires personnelles: chaussures pantalon, etc.).
Le climat du film ainsi que l'époque est peinte comme une fin du monde, comme une fin de période, comme la fin des cowboys et des hors-la-loi qui pouvait écumer le pays. Ils sont ici poursuivis par une compagnie ferroviaire et par l'armée américaine. L'automobile arrive. Les armes de masse (mitrailleuse) aussi. Nos héros fort peu recommandables sont aussi en fin de vie et avec une certaine lassitude et finalement tentent un dernier baroud d'honneur pour plonger dans une sauvagerie finale d'anthologie où ils décident de se suicider. Un exemple du talent de Sam Peckinpah à travers sa direction d'acteur, l'économie des dialogues et le sens du montage est la séquence ou Pike et les frères Gorch, chez des prostituées, décident de retourner récupérer leur copain Angel; séquence sans aucun dialogue ou presque où par le regard échangé ils décident d'y aller (se suicider). Séquence d'anthologie qui est précède l'autre, la séquence de marche vers l'arène où ils vont affronter Mapache, ses soldats, accompagnés par la vieille Europe représentée par le militaire Allemand (qui sera tuée en second).
Autre exemple de ce climat de fin du monde est la séquence épilogue, avec le vent, le ciel qui se couvre, la tempête qui marche. Robert Ryan attendant à l'entrée du village avec les charognards qui partent avec les cadavres et avec l'arrivée du vieux et des copains mexicains: très belle séquence encore une fois appuyée de manière imparable par la musique de Jerry Fielding. En fait ce film recèle quasiment que des séquences d'anthologie en plus de celles déjà citées on peut citer l'attaque du train, bréviaire pour apprenti monteur, on peut citer la séquence de la bouteille de whisky partagée entre eux sauf Warren Oates qui se termine par des éclats de rire. Séquence qui montre bien dramatiquement comment l'équipe est soudée mais aussi l'amour de Sam Peckinpah pour ses personnages peu recommandables.