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dimanche 8 mars 2026

A Bout De Souffle (1h30, 1960) de Jean-Luc Godard

Avec Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Daniel Boulanger, Henri-Jacques Huet, Van Doude, Claude Mansard, Jean-Pierre Melville, Liliane Dreyfus, Roger Hanin, Richard Balducci, François Moreuil.

Il y a déjà tout ce que nous retrouverons dans les films suivants de Jean-Luc Godard. L'utilisation du son mixé en avant. Les sons superposant les dialogues, ou les dialogues se superposant entre eux, à la limite de l'audible. Mais aussi l'amour des actrices, avec ici Jean Seberg qui est magnétique. Bien que sur la forme, Jean-Luc Godard soit très identifié, ses films reposent sur les acteurs, et en particulier les actrices. Ici, Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo, ce dernier étant de la presque totalité des plans.

L'histoire n'est finalement pas très compliquée : un voyou s'amourache d'une jeune Américaine à Paris et essai de l'emmener avec lui en Italie tout en essayant de récupérer l'argent qu'on lui doit. Ceci ne parait pas palpitant. Mais ce sont des prétextes qui, avec le traitement qu'en fait Jean-Luc Godard, rendent l'ensemble et chaque séquence passionnante. Avec cette forme spécifique, avec ces dialogues naturalistes, avec ces acteurs, avec ce montage qui ne se préoccupe pas de continuité, bref grâce à la mise en scène.

 poster du film Bande-annonce À bout de souffle 

mardi 18 juillet 2023

2 ou 3 Choses Que Je Sais D'Elle (1h27, 1967) de Jean-Luc Godard

Avec Marina Vlady, Juliet Berto, Anny Duperey, Helena Bielicic,  Marie Cardinal.

Jean-Luc Godard est au sommet de sa créativité : nous assistons à une symphonie, c'est à dire un ensemble de choses variées qui forment un bel ensemble, dont les ingrédients sont les mots, les livres, les sons et les bruits, les actrices, les décors réels de Paris, le montage, la direction d'acteurs avec ces regards caméra, qui ne masquent pas que les dialogues sont soufflées à l'oreillette par le réalisateur sur le plateau. Mais aussi la voix off de Jean-Luc Godard lui même qui chuchote, un texte de prime abord sans intérêt, mais qui donne une texture et un charme aux images et à son actrice. Car comment ne pas associer cette volonté du réalisateur de parler sur l'image de son actrice, qui regarde la caméra, à son magnétisme et le charme qu'elle exerce sur son metteur en scène.

Un sommet de créativité pour servir un sujet politique, ou plutôt des sujets politiques : la politique de la ville (Paris, le "elle" du titre) et sa déshumanisation, dénoncer le capitalisme et l'impérialisme états-uniens.

La grande qualité du film est sa distribution féminine, avec Marina Vlady, Annie Duperey, et toutes les autres que Jean-Luc Godard filme magnifiquement, leur regard, leur manière de tourner la tête, leurs dialogues.

La bande son est comme d'habitude très travaillée, avec des silences, avec la voix off de Jean Luc Godard qui chuchote, les bruits d'ambiance qui participent de la dénonciation de la ville,  bruits qui quelquefois se superposent aux dialogues comme Jean-Luc Godard fera très souvent. 

Cet ensemble abouti à quelque chose qui n'est pas léger, très insistant par moment. Mais la profusion d'idées maintient l'attention du spectateur.
2 ou 3 Choses Que Je Sais d'elle

samedi 15 août 2020

Une Femme Est Une Femme (1961) de Jean-Luc Godard

Avec Jean-Claude Brialy, Anna Karina, Jean-Paul Belmondo, Henri Attal, Karyn Balm, Dorothée Blanck, Marie Dubois, Jeanne Moreau, Catherine Demongeot, Ernest Menzer.Une femme est une femme

Jean-Luc Godard s'inspire du scénario de Geneviève Cluny utilisé par Philippe de Broca pour Les Jeux De L'Amour (1060) son premier long métrage (dont Geneviève Cluny est le rôle principal, et dont Philippe de Broca se réappropriera lui aussi le scénario).
Anna Karina veut un enfant. Son compagnon, Jean-Claude Brialy ne le souhaite pas et semble plus intéressé par le football. Elle finira pas coucher avec Jean-Paul Belmondo, bien que son personnage soit peu développé et nous ne comprenons pas ce qu'elle lui trouve (à moins que l'hypothèse du scénariste - Jean-Luc Godard - est que le spectateur a vu A Bout De Souffle, 1960).
Mais il ne s'agit pas de réalisme ou de plausibilité ici. Le format Cinémascope, la photographie très colorée, le sens du décor intérieur, les dialogues se chevauchants ou inaudibles à cause de la musique ou d'un bruitage, les agressions de la musique mise subitement en avant, les citations littéraires, les acteurs regardant ou s'adressant à la caméra, bref, l'ensemble du système Jean-Luc Godard est à l’œuvre et fonctionne.
Le film intéresse pour la relation entre Anna Karina et Jean-Claude Brialy, pour tous leurs échanges dans leur vie quotidienne, dans leur appartement.
Dans certains plans, Anna Karina est très belle, voire émouvante lorsqu'elle regarde la caméra.
Outre ses qualités, le film peut être vu et comparé à la version de Philippe de Broca de cette même histoire. Les différences de styles sont bien sûr énormes et les films sont extrêmement dissemblables.


dimanche 12 mai 2019

Le Livre d'Image (2018) de Jean-Luc Godard

Le Livre d'imageQue dire sur une oeuvre d'art contemporaine qui mélange des images, des extraits de films, des textes, de la musique. Les images sont retravaillées (colorimétrie, contraste, saturation). Cela donne un maelstrom d'images. Ce maelstrom pouvant provoquer indifférence par moment, émotion par moment, interrogation par moment.  JLG se permettant ce que les films grands publics narratifs ne peuvent se permettre: écran noir, phrases coupées, images floues ou mal définies, dialogues se chevauchants, dialogues coupés, etc. Ingrédients que JLG utilise depuis longtemps.
C'est une oeuvre dadaïste, mais la gaieté en moins.
Avec son titre, nous avons l'impression que Jean-Luc Godard questionne et essai de répondre à la question: quel serait le livre de l'image cinéma, pour revenir encore et toujours au questionnement de ce qu'est le cinéma. Nous y retrouvons: les mots et la matière littéraire à l'origine de films; mais aussi la musique et les bruits, éléments constitutifs fondamentaux (même dès le muet); mais aussi les acteurs et actrices, autres ingrédients constitutifs fondamentaux.
Ce livre n'est pas de tout repos, car il tend à montrer les faillites du monde. Il n'est pas gai.


dimanche 21 octobre 2018

Bande à Part (1964) de Jean-Luc Godard

Avec Anna Karina, Claude Brasseur, Sami Frey, Michel Delahaye, Georges Staquet, Louise Colpeyn, Ernest Menzer, Chantal Darget.

Bande à part
Commençons par les bons côtés du film. La séquence de la danse dans le café, ainsi que les jeux de chaise en préalable dans le même café. De la pure mise en scène. Du comportement. Séquence jubilatoire qui donne une impression de liberté, de gourmandise de jeu des acteurs.
L'histoire nous intéresse peu. Par contre, l'interaction entre les trois personnages est le centre d'intérêt.  Anna Karina, fragile et touchante, comme souvent chez Jean-Luc Godard. Claude Brasseur et Sami Frey sont formidables dans des registres différents. Les scènes entre les trois personnages captivent, les autres sont moins captivantes, et sont des préparations aux scènes à trois.

Dans les éléments désagréables et inutiles, il y a principalement la voix off, de Jean-Luc Godard lui-même, qui nous énerve; démontrant encore une fois qu'une voix off est un aveu de fainéantise (le réalisateur ne veut pas mettre en scène des idées et nous les assène avec ce subterfuge). Elle tombe souvent comme un cheveu sur la soupe et fait remplissage. Notamment pendant les déplacements des personnages. Les personnages chez Jean-Luc Godard se déplacent souvent, tout le temps, à pied, en voiture, en train, en bateau, en bicyclette, en avion. Bref, pas la peine de remplissage avec une voix off.

dimanche 29 juillet 2018

Détective (1985) de Jean-Luc Godard

Avec Laurent Terzieff, Aurelle Doazan, Jean-Pierre Léaud, Nathalie Baye, Claude Brasseur, Johnny Hallyday, Alain Cuny, Xavier Saint-Macary, Pierre Bertin, Stéphane Ferrara, Emmanuelle Seigner, Eugène Berthier, Julie Delpy, Ann-Gisel Glass, Cyrille Autin.

Détective
Ce Détective est poussif. Nous ne retrouvons pas les fulgurances et les beautés d'un Nouvelle Vague ou d'un Hélas Pour Moi. Nous sommes dans les années 80. Malgré son casting de star comme le dit le très bien le générique et malgré la présence de quelques gags surréalistes. Le film est pesant. Le travail sur la forme des films ultérieurs (voir ceux déjà évoqués) n'est pas encore là. Le travail est peut sur la matière acteur star, qui n'intéresse pas Jean-Luc Godard, ou l'inspire moins ou pas du tout.
La mise en scène du réalisateur étudie encore et toujours la profondeur de champ avec mouvements d'acteurs en va-et-vient devant la caméra, avec l'utilisation de la focale qui floute ou pas l'arrière-plan, le premier plan ou le sujet lui-même. Nous nous demandons quelles instructions ont eu les acteurs pour interpréter et jouer ceci.

Hélas Pour Moi (1993) de Jean-Luc Godard

Avec Gérard Depardieu, Laurence Masliah, Bernard Verley, Aude Amiot, Roland Blanche, Marc Betton, François Germond, Jean-Louis Loca, Anny Romand, Monique Courturier, Benjamin Kraatz, Louis-Do de Lencquesaing, Stefan Elbaum, Harry Cleven, Manon Andersen, Raphaël Pottier, Delphine Quentin, Véronique Varlet.

Bande-annonce Hélas pour moi
Nous sommes encore subjugués par la forme. L'histoire importe peu (ce sont les mêmes thématiques qui sont travaillées chez Jean-Luc Godard: l'amour, le social, la politique, le capitalisme, le cul). C'est la forme qui compte avec Jean-Luc Godard. Une forme qui montre qu'il est possible de faire ce que beaucoup ne font pas: des acteurs qui parlent en même temps par exemple (et donc inaudible pour le spectateur), ou des images floues, ou une bande-son trop forte (musique ou bruitage), ou un bruitage qui masque le dialogue. Quelquefois à la limite du ridicule.
Mais il y a aussi ces plans, souvent avec la nature, extrêmement composés, de toute beauté.
Les acteurs déclament leur texte, surement en rapport avec ce qui doit être l'histoire, mais c’est la phrase déclamée qui nous intéresse, et pas son lien avec l'ensemble du film.
Sur la forme, la musique, matière importante qui contribue à la beauté de certains plans, est mixée très en avant.
L'autre matière travaillée par le réalisateur, est ses acteurs, toujours indispensables (mais qui le seront de moins en moins dans certains films suivants), en particulier Laurence Masliah qui manifestement inspire Jean-Luc Godard: tout ses plans sont magnifiques. Gérard Depardieu s'intègre parfaitement à cet univers.

Soigne ta Droite! (1987) de Jean-Luc Godard

avec Jean-Luc Godard, Jane Birkin, Jacques Villeret, François Périer, Michel Galabru, Les Rita Mitsouko, Philippe Khorsand, Pauline Lafond, Dominique Lavanant, Rufus, Bruno Wolkowitch, Eva Darlan.

Bande-annonce Soigne ta droite
Comme dans tous Jean-Luc Godard il faut décrypter ici les enjeux et les messages qui cherchent à nous faire passer. Dans une forme familière de la période (charnière entre les années 80 et années 90), c'est-à-dire avec un mélange de dialogues, de musiques, de découpages, de hachages, de surcharges et de superpositions. Ici, nous comprenons que ce qui est attaqué ou présenté comme médiocre ce sont la télévision et ce qu'elle diffuse, et accessoirement le capitalisme (ce n'est pas nouveau). Nous apprécions les passages avec Jean-Luc Godard lui-même dans le rôle à la fois de l'Idiot et du Prince se mettant lui-même en scène dans des petits éléments humoristiques qui font mouche. Nous retrouvons les Rita Mitsouko en pleine création artistique.
C'est donc comme à son habitude un mélange d'éléments légèrement narratif, de structure expérimentale (surtout dans le montage et les superpositions), dont le résultat perçu, en partie hermétique, en partie limpide, est soit grossier, soit subtil, mais au total plutôt intéressant.
Nous percevons aussi ici une dose de je-m'en-foutisme et de bâclage. Probablement que le film ayant été une commande avec un budget limité, nous y trouvons des éléments de remplissage, par exemple les scènes avec les Rita Mitsouko, ou les plans de coupe sur le ciel ou sur les fenêtres, à la fois plastiquement très beaux oui, à la fois support à des dialogues, mais donnant une impression de paresse (une analyse des juxtapositions, des collages que produit le montage, doit peut être donner des éclairages, mais c'est la sensation primaire que nous privilégions pour cette forme artistique qu'est le cinéma). C'est aussi une impression qui transparaît avec le fait que les différents acteurs, sans être des stars, mais des acteurs confirmés, apparaissent que ponctuellement et très rarement tout au long du film. Nous nous demandons quel cachet ils ont touché pour ces prestations (minimum syndical ou gratuit). Au total l'impression est celle d'un film mineur pour son auteur.

Nouvelle Vague (1990) de Jean-Luc Godard

Avec Alain Delon, Domiziana Giordano, Jacques Dacqmine, Roland Amstutz, Christophe Odent, Cécile Reigher, Laurence Côte, Joseph Lisbona, Véronique Müller, Joe Sheridan, Belkacem Tatem, Violaine Barret, Hubert Ravel, Laurence Guerre, Raphael Delpard, Brigitte Marvine.

Bande-annonce Nouvelle VagueDans un film qui est en deux parties, nous retenons de prime abord Alain Delon, qui promène sa carcasse dans cette construction de Jean-Luc Godard. Dans la première partie du film qui fait de lui quelqu'un de paumé, il est extraordinaire. C'est là que nous voyons que c'est un grand acteur.
Sur la forme, c'est le Jean-Luc Godard des années 90. Qui joue une ligne dramatique plus ou moins tendue ou claire, c'est-à-dire peu limpide! Mais ce n'est pas ce qui nous intéresse chez Jean-Luc Godard. Il nous permet de voir des plans très construits et travaillés, avec par moment la nature et des végétaux, et des images magnifiques, mais aussi des plans d'eau, des travellings latéraux en général pour accompagner des mouvements de personnages dans le plan, soit de gauche à droite, ou de droite à gauche ou dans la profondeur. Tout cela est très composé et ne semble pas être improvisé. Cela donne par moment des images fulgurantes de beauté. Là-dedans se promènent des acteurs qui déclament leurs textes qui comme souvent sont des citations que choisit Jean-Luc Godard pour travailler ses messages (l'histoire importe peu). Sur l'utilisation du son qui évidemment est extraordinairement travaillé, nous y retrouvons à la fois des bruits, plusieurs lignes de dialogues, qui s'enchevêtrent et se superposent, empêchant par moment une partie des dialogues d'être audibles.
Le cinéma de Jean-Luc Godard est un cinéma de sensations. Il peut être à fleur de peau, sublime, superficiel, exaspérant ou ridicule. Mais nous retenons les fulgurances de beautés, d'un  plan dans sa globalité, sur le visage d'un  acteur ou d'une actrice.

mardi 28 février 2017

Pierrot Le Fou (1965) de Jean-Luc Godard

Pierrot le fouAvec Jean-Paul Belmondo, Anna Karina, Samuel Fuller, Raymond Devos, Jean-Pierre Léaud, Dominique Zardi, Pascal Aubier, Laszlo Szabo, Dirk Sanders, Henri Attal, Graziella Galvani.

Revoir Pierrot le Fou fait office de bain de jouvence. Le film est un mélange de romantisme, de poésie, de messages politique, d'analyse sociétale. Dans une forme qui compile différentes scènes déjà vues dans les films précédents de Jean-Luc Godard. Nous y retrouvons Anna Karina qui est magnifique. Nous retrouvons aussi la forme que l'on retrouve dans les derniers films des années 2000 de Jean-Luc Godard. Ainsi nous ne sommes pas surpris et nous nous rendons de la constance de sa manière artistique, avec une tendance marquée à l'abstraction au cours du temps.
Le film reste ébouriffant par ses audaces formelles, qui fonctionnent encore: nous passons à une scène chantée, à Jean-Paul Belmondo qui regarde les spectateurs, ou Anna Karina qui regarde la caméra avec un regard qui en dit long ou de multiples moments qui restent passionnants cinquante ans après.
Un film à voir et à revoir.

jeudi 5 février 2015

Adieu au langage (2014) de Jean-Luc Godard

Avec Héloïse Godet, Kamel Abdelli, Richard Chevallier.
 
Cette création de Jean-Luc Godard est similaire à ses films et à ses formes depuis les années 90. Nous sommes en terrain connu, pas de surprise ou d'approche orthogonale. D'où une déception certaine.
Le film oscille entre le sublime et le ridicule. Ici il a l'élégance de ne faire durer son œuvre qu'une heure. Dans les nouveautés, on peut noter que Jean-Luc Godard aime beaucoup son chien: il est le personnage principal de cette création sonore et visuelle. La nudité frontale et la scatologie le sont aussi, une nouveauté. Je ne parlerai pas d'essoufflement, mais de radicalisation monotone.
Cette création reste un antidote au plan-plan filmique, sonore, visuel et à la mise en scène du cinéma commercial, dont les codes de narration filmique sont répétés jusqu'à la nausée de film en film: une critique, un adieu au langage filmique en quelque sorte.