lundi 23 mars 2026

L'homme de l'arizona (The Tall-T, 1h18, 1957) de Budd Boetticher

Avec Randolph Scott, Richard Boone, Maureen O'Sullivan, Henry Silva, Skip HomeierArthur Hunnicutt, James Best, Pernell Roberts, Robert Burton.

Encore une petite baffe avec ce bijou signé Budd Boetticher, avec Burt Kennedy pour le scénario (d'après Elmore Leonard). Avec une photo signée Charles Laughton Jr. Et la musique de Heinz Roemheld, qui a l'air d'être toujours la même d'un film à l'autre de la série, et qui s'échine à mettre des musiques guillerettes sur des plans de transitions, décorrélées des tensions avant la transition ou la tension vers laquelle vont les personnages.

Dans les qualités de cette série, c'est la manière très efficiente de caractériser tous les acteurs secondaires, pour en faire des personnages avec une certaine substance. Ici c'est Richard Boone, méchant en chef, mais presque fatigué d'être méchant. Ou alors Henry Silva en psychopathe de service. Ou encore Maureen O'Sullivan, dans un rôle qui parle bien du statut des femmes dans cet univers.

Randolph Scott est lui, quasiment toujours le même, solitaire, avec une obsession ou une vengeance en tête, et relativement inexpressif. 

Très bon scénario donc, avec une montée progressive de la tension pour terminer sur une mort violente pour le méchant. Avec une forte composante de huis clos. D'ailleurs le format 1.85 de la photographie est surement choisi pour renforcer cet aspect. Une partie du film se déroulant dans une grotte.

L'Homme de l'Arizona [Édition Collection Silver Blu-ray + DVD] 

dimanche 15 mars 2026

La Chevauchée De La Vengeance (Ride Lonesome,1959) de Budd Boetticher

Avec Randolph Scott, Karen Steele, Pernell Roberts, James Best, Lee Van Cleef, James Coburn. 

Scénario, très original, de Burt Kennedy. Plus qu'original, c'est que tous les personnages secondaires  sont bien incarnés, écrits, existent en quelques secondes. Que ce soit Pernell Roberts et James Coburn (dans un premier rôle) qui discutent sur la signification du mot "amnestie" ou de leur volonté de devenir éleveurs ; mais, pour cela, ils doivent éliminer Randolph Scott. Que ce soit les méchants, James Best dans le rôle du frère demeuré qui est formidable dans tous ses plans, ou Lee Van Cleef, son frère, dans un petit rôle, mais très important pour l'arc dramatique, qui comprend ce qui se trame. Que ce soit Karen Steele dans le personnage féminin, qui sait manier les armes tout en ayant une belle plastique.
Avec en personnage principal, Randolph Scott, plutôt mutique, qui a des intentions non déclarées, que nous découvrons progressivement, mais qui attire tout le monde (pour le tuer). Le titre français divulgache déjà des choses. Le titre original est standard et conforme au personnage du solitaire.

Et tout ceci en 73 minutes :  images sublimes et inoubliables (le plan final !), histoire au cordeau sans temps morts, mais avec des temps calmes importants.

Sur le plan de la mise en scène, la scène d'ouverture est sublime : la grue (le film est en Cinémascope et en décors naturels) qui recadre Randolph Scott vers James Best en train de prendre le café. Et le plan final est extraordinaire avec l'arbre en feu d'une couleur orange, très symbolique et hyper interprétable. 

Avec une superbe musique, plutôt enjouée de Heinz Roemheld sur les plans de transitions lorsque les personnages se déplacent d'un point à l'autre. Musique enjouée qui semble célébrer les décors, tout en étant en décalage avec le drame qui se trame.

Le principal défaut serait l'attaque des Mescaleros, séquences d'action typique avec les Indiens, assez mollassonne et sans brio. C'est quand même un chef-d'œuvre de Budd Boetticher.

La Chevauchée de la vengeance [Édition Collection Silver Blu-ray + DVD] 

vendredi 13 mars 2026

Valeur Sentimentale (Affeksjonsverdi, 2h13, 2025) de Joachim Trier

Avec Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning.

C'est l'histoire d'un réalisateur (Stellan Skarsgård) en fin de carrière, qui retrouve ses deux filles suite au décès de son ex-femme. L'une d'elles est actrice de théâtre. Il a perdu de vue ses filles. Il ne vient pas à la cérémonie. Il en profite pour récupérer deux enceintes acoustiques. En quelques plans le personnage nous est montré égoïste et abject. Mais il vient aussi avec un scénario, écrit pour sa fille actrice : il souhaite qu'elle l'interprète. Bien sûr les relations sont très froides et rien ne se passera comme il le souhaite. En particulier sa fille refuse le rôle. Et il le confie à une star étatsunienne, Elle Fanning, qui a envie de tourner un film sérieux.

Le film a le mérite de parler, à sa manière, du métier d'acteur, à la fois avec le personnage de sa fille (interprétée par Renate Reinsve, parfaite) et par celui qu'interprète Elle Fanning qui veut comprendre son personnage.

Le film dans sa structure est intéressant. Il n'y a rien de cousu de film blanc ici. Le scénario arrive à traiter à égalité les trois personnages principaux : le réalisateur et père, la fille actrice de théâtre, mais en conflit avec son père, et l'actrice qui essaie de comprendre le personnage et ce que veut en faire le réalisateur. Le film a obtenu le Grand Prix au Festival de Cannes 2025.

poster du film Bande-annonce Valeur sentimentale 

dimanche 8 mars 2026

A Bout De Souffle (1h30, 1960) de Jean-Luc Godard

Avec Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Daniel Boulanger, Henri-Jacques Huet, Van Doude, Claude MansardJean-Pierre Melville, Liliane Dreyfus, Roger Hanin, Richard Balducci, François Moreuil.

Il y a déjà tout ce que nous retrouverons dans les films suivants de Jean-Luc Godard. L'utilisation du son mixé en avant. Les sons superposant les dialogues, ou les dialogues se superposant entre eux, à la limite de l'audible. Mais aussi l'amour des actrices, avec ici Jean Seberg qui est magnétique. Bien que sur la forme, Jean-Luc Godard soit très identifié, ses films reposent sur les acteurs, et en particulier les actrices. Ici, Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo, ce dernier étant de la presque totalité des plans.

L'histoire n'est finalement pas très compliquée : un voyou s'amourache d'une jeune Américaine à Paris et essai de l'emmener avec lui en Italie tout en essayant de récupérer l'argent qu'on lui doit. Ceci ne parait pas palpitant. Mais ce sont des prétextes qui, avec le traitement qu'en fait Jean-Luc Godard, rendent l'ensemble et chaque séquence passionnante. Avec cette forme spécifique, avec ces dialogues naturalistes, avec ces acteurs, avec ce montage qui ne se préoccupe pas de continuité, bref grâce à la mise en scène.

 poster du film Bande-annonce À bout de souffle 

Nouvelle Vague (1h46, 2025) de Richard Linklater

Avec Guillaume Marbeck, Zoey Deutch, Aubry Dullin, Adrien Rouyard, Antoine Besson, Jodie Ruth-Forest, Bruno Dreyfürst, Benjamin Clery, Matthieu Penchinat, Pauline Belle, Frank Cicurel, Blaise Pettebone. 

Un film sur un film. A Bout De Souffle de Jean-Luc Godard. Sa préparation, son tournage. Avec l'ensemble des personnes qui gravitent autour, qui sont pour la majorité de futurs réalisateurs ou réalisatrices.

Le film a deux lignes principales. La première concerne Jean-Luc Godard (alias Guillaume Marbeck)  lui-même, que nous suivons à travers toutes les composantes de son film, préparation, entretiens avec son producteur, préparation de l'équipe, la distribution, puis le tournage. La deuxième concerne l'actrice Jean Seberg (alias Zoey Deutch), l'actrice principale du film dans le film, qui découvre une manière de travailler très différente des productions hollywoodiennes qu'elle connaissait ; ce qui la rend perplexe pour le moins.

Ce qui permet de prendre conscience de la légèreté et de la simplicité apparente du tournage. Réalisé avec une débrouillardise qui aura bien sûr un effet sur la licence artistique du film, sa forme, son montage (tous les faux raccords, par exemple). Un film jubilatoire.

poster du film Bande-annonce Nouvelle Vague 

samedi 7 mars 2026

La Petite Derniere (1h48, 2025) de Hafsia Herzi

Avec  Nadia Melliti, Park Ji-Min, Amina Ben Mohamed, Mélissa Guers, Rita Benmannana, Nemo Schiffman, Razzak Ridha, Mouna Soualem.

Hafsia Herzi nous raconte l'histoire d'une jeune femme, musulmane, entre la fin du lycée et le début des études, pratiquante, qui prend conscience de son homosexualité. À partir des conventions et des croyances qui lui sont inculquées, jusqu'à découvrir l'amour charnel et une forme de communautarisme basée sur des croyances orthogonales avec celles des croyances initiales.

Les actrices sont formidables. Le film paraît long au bout d'une heure. Pas par le contenu de l'histoire, mais de son traitement et des longueurs qui n'apportent pas d'éléments dramatiques. Cela vient peut-être qu'une histoire dramatique a besoin de malheurs, de moment où l'héroïne est heureuse, mais dont ce bonheur est perturbé par une dose de malheur. Le film possède une ligne dramatique constante, bien supportée par la performance de Nadia Melliti. Des éléments perturbateurs de cette progression sont absents. Mais dans l'autre sens, le spectateur, en empathie avec le personnage, est plutôt satisfait de cette évolution. Peut-être qu'une réduction de la durée aurait évité cette perception. La mise en scène se suffisant pour raconter l'histoire.

poster du film Bande-annonce La Petite Dernière 

 

vendredi 6 mars 2026

Un Simple Accident (1h43, 2025) de Jafar Panahi

Avec Vahid Mobasseri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi, Hadis Pakbaten, Majid Panahi, Mohamad Ali Elyasmehr, Afssaneh Najmabadi, Delnaz Najafi, Georges Hashemzadeh, Jafar Panahi.

Palme d'Or à Cannes 2025. La puissance du film de Jafar Panahi vient de son scénario qui possède de multiples qualités. Il n'est pas possible de deviner comment l'histoire va évoluer. Et une des composantes importantes de cette évolution est son tragi-comique. Les évolutions sont tel qu'elles convient de l'humour. De l'humour noir, car cet humour se construit sur un terreau d'une tragédie qui se construit progressivement, en conviant de plus en plus de personnages au fur et à mesure que l'histoire progresse avec des plus en plus de points de non-retour. 

Sur la forme Jafar Panahi fait le choix de positionner beaucoup de choses hors cadre. Des personnages sont présents, mais nous ne les voyons pas. Des objets existent hors cadre, mais nous ne les voyons pas. Des animaux existent hors cadre, mais nous ne les voyons pas. La mise en scène est très réfléchie et très efficace, par le climat que cela convie et la patine que cela produit. 

Le film sait aussi montrer les conséquences de vivre dans une dictature, sans être explicatif, en montrant simplement comment les personnes adaptent leurs comportements et leurs interactions aux contraintes de cet univers ; la scène où la petite fille enregistre sa maman à l'hôpital est édifiante.

poster du film Bande-annonce Un simple accident 

mercredi 4 mars 2026

The Rip (1h53, 2026) de Joe Carnahan

Avec Matt Damon, Ben Affleck, Steven Yeun, Teyana Taylor, Catalina Sandino Moreno, Sasha Calle, Kyle Chandler, Scott Adkins, Daisuke Tsuji.

Joe Carnahan continue son travail dans un univers d'hommes où la testostérone joue un rôle important. Il est question de récupérer une somme d'argent dans une cache. Un groupe de policier mené par Matt Damon y va, mais la somme trouvée est beaucoup plus importante que prévu. Ce qui fait réfléchir les différents policiers sur le devenir de cet argent. Les propriétaires putatifs interviennent. Ainsi que des gens qui s'y intéressent de près et souhaitent retrouver ce pactole. Sur cet enjeu se greffent des agendas cachés que nous découvrons progressivement.

Joe Carnahan signe un scénario brillant. Par contre le film ne l'est pas particulièrement, même si la qualité de l'intrigue tient le spectateur jusqu'au bout. Après une intrigue très travaillée, les échanges de feux dans le dernier quart, ainsi que le final avec des poursuites en voiture qui sont poussives, le film change et perd son esthétique, son  hui-clos, et devient routinier.

poster du film Bande-annonce The Rip

dimanche 1 mars 2026

Ida (1h22, 2013) de Pawel Pawlikowski

Avec Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska, Dawid Ogrodnik, Jerzy Trela, Adam Szyszkowski, Halina Skoczynska, Joanna Kulig, Dorota Kuduk.

Nous sommes dans les années soixante en Pologne. Il s’agit de l’histoire d’Ida, sur le point d’entrer dans les ordres dans le couvent où elle vit depuis qu’elle lui a été confiée. Elle pensait être orpheline, mais elle découvre une tante, qui lui explique qu’elle est juive, que sa famille a été tuée pendant la Seconde Guerre. Elle part avec sa tante à la recherche de cette histoire et va remuer le passé avec sa tante. Elles découvriront une réalité. Cela l’aidera à décider si elle rentre au couvent, ou pas.

Pawel Pawlikowski a fait des choix brillants : format 4/3, images en noir et blanc, avec des images très composées, ce qui donne par moment des plans de toute beauté. Ensuite il sait manier l’art de l’ellipse à merveille : le passage d’un plan à un autre permet au spectateur de deviner les changements entre les deux. La compréhension d'une information sans que ce soit dit, mais que nous comprenons et qui influence grandement la motivation d'un des personnages. Pawel Pawlikowski dispose d'une grande maitrise du montage et de l’ellipse. L'histoire est racontée par l'enchainement des plans, et pas une voix off ou par des dialogues des personnages. Du grand Art.

poster du film Bande-annonce Ida