mercredi 5 août 2026

Céleste (2024, saison 1, 6 épisodes de 30 min) de Diego San José

Avec Carmen Machi, Andrea Bayardo, Antonio Durán “Morris”, Clara Sans, Manolo Solo, Jesús Noguero, Aixa Villagrán, Carlos Lorenzo.

Série (six épisodes de trente minutes) portée par Carmen Machi et son personnage, Céleste : une enquêteuse du fisc qui détecte les détournements. Elle enquête ici sur une star de la musique populaire d'Amérique du Sud, qui vit en Espagne, mais ne paye pas d'impôts en Espagne. Ce qui gêne l'administration, car, à partir d'un nombre de jours de présence sur le sol espagnol, il faut payer des impôts. Carmen Machi instruit le dossier. C'est donc une forme d'enquête qu’elle réalise, sa dernière, car elle est très vite à la retraite, mais elle n'est pas policière, ni détective, mais sais y faire, et doit gérer sa hiérarchie ainsi que les avocats de la star, et diverses pressions. Les six épisodes sont bien conduits. Les moments les plus réussis sont ceux qui concernent la vie privée de Céleste. Ils permettent de rendre le personnage humain et convient l'empathie pour ce personnage.

poster de la série Celeste 

mardi 4 août 2026

The Furious (1h53, 2025) de Kenji Tanigaki

Avec Xie Miao, Joe Taslim, Yang Enyou, Jeeja Yanin, Brian Le, Joey Iwanaga, Yayan Ruhian, Sahajak Boonthanakit, Manatsanun Phanlerdwongsakul, Guo Junqing.

Kenji Tanigaki est un cascadeur, coordinateur d'action ou metteur en scène d'actions sur de multiples films. Ici il dirige cette nouvelle référence en matière d'actions. Des combats à mains nues ou avec tout ustensile disponible sous la main (un marteau est utilisé de manière inédite dans la séquence de la boîte de nuit). Avec en tête Xie Miao, impressionnant, et qui campe un personnage muet : très bonne idée qui permet d'obtenir des scènes intéressantes. The Furious définit un nouveau standard des combats urbains.

La ligne dramatique est simple. Des mafieux kidnappent des enfants. Ils kidnappent la fille de Xie Miao. Qui fera tout pour retrouver sa fille. Il croisera Joe Taslim, qui lui aussi possède une motivation pour retrouver ces gangsters. Ils vont s'entraider bien sur. Autre composante importante : ces méchants sont sans éthique et extrêmement violents.

Ce monument définit donc de nouveaux standards en matière de combat. Avec une violence extrême (et une utilisation importante du sang numérique qui gicle sur la caméra fictive) et avec une utilisation judicieuse des décors dans lesquels se trouvent les combattants. Et aussi avec beaucoup d'humour, il faut le reconnaître. Humour noir, tant il survient dans des contextes de hautes brutalités.

poster du film Bande-annonce The Furious 

L’Intérêt d’Adam (1h18, 2025) de Laura Wandel

Avec Léa Drucker, Anamaria Vartolomei, Jules Delsart, Laurent Capelluto, Alex Descas, Timur Magomedgadzhiev,  Claire Bodson, Monia Douieb.

Un petit garçon, Adam, arrive avec sa maman aux urgences pédiatriques. L'infirmière s'attache à eux et essaie de trouver des solutions à l'insu du plein gré de sa maman et à l'insu du plein gré du petit garçon. Hormis cet arc dramatique autour d'Adam, le reste du film peut être vu comme un documentaire.

Film nous raconte cette histoire dans cet environnement : tout se passe quasiment dans les chambres et couloirs de l'hôpital. Avec Léa Drucker en suprême qui est de tous les fronts et qui fait de son mieux son métier. Laura Wandel choisit une caméra qui suit en permanence Léa Drucker dans ses allers, retours, allers, arrêts, etc. tous ses mouvements pour aller voir chaque enfant patient, parent d'enfant, collègue, hiérarchique. Elle est souvent cadrée de dos. Léa Drucker porte tous les maux et malheurs de son environnement, au risque de mettre en danger sa santé. Magnifique performance de Léa Drucker.

poster du film Bande-annonce L’Intérêt d’Adam 

Happy Valley (2014, saison 1 et 2, 12 épisodes de presque 60 min) de Sally Wainwright

Avec Sarah Lancashire, Siobhan Finneran, James Norton, Rhys Connah, Charlie Murphy, George Costigan, Karl Davies, Con O'Neill, Derek Riddell, Shane Zaza.

Dans le Yorkshire, nous suivons Sarah Lancashire, policière terrain qui doit gérer sa fratrie, les délinquants, un tueur en série, le fils de sa fille qui s'est suicidée, ses collègues. Le tout avec des acteurs formidables, avec des décors qui donnent un film quasi documentaire sur le Yorkshire.

Le titre est bien sûr ironique : chacun des personnages souffre soit physiquement, soit psychologiquement, soit socialement ou soit sociétalement, avec plusieurs arcs dramatiques qui se rejoignent.

Pour une fois la vie privée du policier principal n'est pas anecdotique et pleinement intégrée à tous les arcs dramatiques, dont celui de l'enquête principale dans la saison 1, qui continue à structurer la dramaturgie dans la saison 2.

Il n'est pas possible d'évoquer cette série sans évoquer Sarah Lancashire, qui est  impressionnante et porte le film. Un hymne à Sarah Lancashire.

poster de la série Happy Valley 

Bugonia (1h58, 2025) de Yorgos Lanthimos

Avec Emma Stone, Jesse Plemons, Aidan Delbis, Alicia Silverstone, Stavros Halkias, J. Carmen Galindez Barrera, Marc T. Lewis. 

Yorgos Lanthimos signe un film coup de poing, dénué de subtilité, mais diablement efficace. Grâce d’abord à ses trois acteurs principaux. Emma Stone en tête impressionnante en patronne inhumaine. Jesse Plemons, impressionnant comme à chaque fois, dans le personnage d'un conspirationniste qui voit en Emma Stone une extraterrestre, et qui est traumatisé par le coma de sa maman. Et Aidan Delbis, le cousin de Jesse Plemons, qui a un rôle important dans cette histoire.

Le film est un coup de poing perpétuel à travers le travail de photographie, les maquillages, le montage, la musique au hachoir. Bref, tout ceci est diablement brutal et efficace. Y compris dans son épilogue, qui pourra surprendre. Il est d'ailleurs possible d'arrêter de voir le film avant cet épilogue, c'est-à-dire d'arrêter le film au moment où l'ambulance part. Ou alors de continuer, le film se réorientant vers un autre horizon, qui est recevable, et qui finalement rend encore le film plus intéressant.

Nous apprécions la vision anticapitaliste et déshumanisée de cette patronne d'entreprise qui n'est tellement pas humaine et tellement méprisante vis-à-vis de ses employés. Et finalement le film n'est pas dénué d'humour, à la fois par réaction à l'énormité de certaines images ou sur la forme en mode marteau-pilon qu'a choisi Yorgos Lanthimos.

poster du film Bande-annonce Bugonia 



dimanche 2 août 2026

Train Dreams (1h42, 2025) de Clint Bentley

Avec Joel Edgerton, Felicity Jones, Kerry Condon, William H. Macy, Clifton Collins Jr., Nathaniel Arcand, Alfred Hsing, Paul Schneider, John Diehl, Will Patton.

Joel Edgerton sait choisir ses films. Une atmosphère particulière parcourt ce film. Au travers de la vie d'un bucheron, Clint Bentley raconte une histoire d'amour au cours du temps dans un environnement forestier et sauvage. Avec un Joel Edgerton en suspension, entouré de personnages secondaires très bien écrits qui amènent une richesse au récit : Felicity Jones dans le rôle de sa femme, Kerry Condon la scientifique, ou par contre Nathaniel Arcand dans le rôle du propriétaire du magasin.

Le film possède son propre rythme, son atmosphère, avec un Joel Edgerton formidable, comme souvent. Un grand film atmosphérique. 

poster du film Bande-annonce Train Dreams 

vendredi 31 juillet 2026

La Fracture (Fractured, 1h39, 2019) de Brad Anderson

Avec Sam Worthington, Lily Rabe, Stephen Tobolowsky, Adjoa Andoh, Lucy Capri, Chris Sigurdson, Chad Bruce, Stephanie Sy, Lauren Cochrane, Erik Athavale.

Honnête série B racontée du point de vue de ce pauvre Sam Worthington, qui est typecasté sur des personnages à trouble et à souffrance. Le film est traité comme un film d'horreur et cela fonctionne (le scénariste, Alan B. McElroy, est un scénariste chevronné qui a écrit un nombre important de séries B, dont certaines d'horreur). Le spectateur est en permanence dans le questionnement sur la réalité que perçoit le personnage de Sam Worthington. C'est plutôt malin et le spectateur se plait à essayer de deviner ce qu'est la réalité, car différents personnages n'ont pas la même perception sur certains évènements qui se sont produits. Bien sûr les choses seront clarifiées dans les derniers moments du film. 

Sam Worthington est parfait et démontre qu'il est un excellent acteur (pour mémoire c'est lui le personnage principal des films Avatar de James Cameron, mais il est peint en bleue dans ceux-ci). 

poster du film Bande-annonce La Fracture

dimanche 26 juillet 2026

Elize : Surgie de l'ombre (1h33, 2026) de Felipe Vellasco

 Avec Lorena Comparato, Denise Weinberg, Julia Konrad, Ana Julia Dorigon, Henrique Kimura, Miwa Yanagizawa, Gustavo Falcão, Julia Shimura, Marat Descartes, Flora Sandyá.

Cette production Netflix aligne tous les chromos attendus : inspiré d'une histoire vraie, d’un meurtre horrible, des flashbacks familiaux sur une famille à problème, et des retours en avant pour relancer la fuite en avant, une histoire de couple qui passe du bonheur au malheur, des éléments d'enquête policière, et un personnage qui souhaite changer de classe.

Tout ceci est très bien fait. Lorena Comparato est formidable. Le spectateur est de tout cœur avec elle. L'ensemble est mené en quatre-vingt-dix minutes, sans images inutiles, dans une société brésilienne qui donne à voir des gens aisés et des gens moins aisés, mais où le malheur est partout.

poster du film Bande-annonce Elize : Surgie de l'ombre 

jeudi 23 juillet 2026

L'Origine Du Mal (2h03, 2022) de Sébastien Marnier

Avec aure Calamy, Doria Tillier, Dominique Blanc, Jacques Weber, Suzanne Clément, Céleste Brunnquell, Véronique Ruggia Saura, Naidra Ayadi, Clotilde Mollet, Blandine Laignel.

Laure Calamy se spécialise dans les rôles de psychopathe. Encore très bonne ici, portée un excellent scénario signé de Sébastien Marnier et Fanny Burdino. Le film est un thriller à la limite de l'horreur où le scénario fait le lien entre une brochette de personnages qui possèdent chacun divers degré de fêlures, et surtout de détestations mutuelles. Et où aucun des multiples personnages n'est celui que l'on comprend de prime abord ou n'est ce que l'on imagine.

Sébastien Marnier signe un exercice de style réussi, où le scénario est habile et empêche le spectateur de deviner ce qui se passe dans la suite.  Et il faut parler de la distribution formidable : Dominique Blanc et Laure Calamy en tête.

poster du film Bande-annonce L'Origine du mal 

Avatar : de Feu et de Cendres (3h17, 2025) de James Cameron

Avec Sam Worthington, Zoe Saldaña, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Oona Chaplin, Kate Winslet, Cliff Curtis, Joel David Moore, CCH Pounder, Edie Falco, Brendan Cowell, Jemaine Clement, Giovanni Ribisi, David Thewlis, Britain Dalton.

James Cameron continue son univers. Après l'eau, toujours présente, ici le feu... Bon, ceci est bien mignon, mais ce film est une refabrication du deuxième de franchise sortie en 2022. En conséquence il ennuie assez vite. Les qualités techniques sont là, mais l'histoire nous indiffère. Par ailleurs le film ne renouvelle pas la franchise sur le plan visuel et parait même redondant. Nous nous sommes ennuyés. Ce n'est pas la musique, inaudible ou consternante, qui va sauver les images.

Cela ne donne pas envie de visionner les suites annoncées. Il est temps d'injecter du sang neuf dans cette franchise.

poster du film Bande-annonce Avatar : de Feu et de Cendres 

vendredi 17 juillet 2026

Eega, La Mouche Vengeresse (2h25, 2012) de S.S. Rajamouli

Avec Sudeep, Nani, Samantha Ruth Prabhu, Hamsa Nandini, Crazy Mohan, Santhanam, Adithya Menon, Chandra Sekhar, Srinivasa Reddy, Sivannarayana.

Histoire d'amour et vengeance : comme beaucoup de films d'origine d'Inde (ici provenant de Tollywood, la production des films en langue telugu à Hyderabad dans le Telangana), ce sont les principaux ingrédients de cette histoire. Nani est amoureux de Samantha Ruth Prabhu, qui joue avec lui et le fait attendre. Le perfide Sudeep croise Samantha Ruth Prabhu et décide de la conquérir, car aucune femme ne lui résiste. Il se débarrasse du gentil Nani, qui, pas de chance, par une mécanique de transmutation de l'âme (si l'on croit à la métempsycose, cela est possible), se retrouve mouche. Et notre gentil Nani décide de se venger en tant que mouche, en faisant en sorte de déstabiliser la vie de Sudeep. 

Le film commence comme une comédie romantique, puis bascule dans le dessin animé, avec un scénario astucieux qui utilise pleinement les possibilités d'action d'un personnage sous forme de mouche. Le film bascule ainsi dans un univers de comédie à forte dose d'images animées numériquement, toujours inventives sur le plan visuel.

S.S. Rajamouli confirme qu'il est un réalisateur sur qui il faut compter, qui est capable d'oser beaucoup de choses. Nous sommes loin de l'ampleur ses chefs-d'œuvre RRR (2022) ou des deux Baahubali (The Beginning - 2015 -, The Conclusion - 2017 -), mais finalement pas si loin, car le film contient son lot d'images qui n'existent nulle part ailleurs.

poster du film Bande-annonce Eega, la mouche vengeresse 

samedi 11 juillet 2026

Un Ours Dans Le Jura (1h49, 2024) de Franck Dubosc

Avec Franck Dubosc, Laure Calamy, Benoît Poelvoorde, Joséphine de Meaux, Kim Higelin, Mehdi Meskar, Timéo Mahaut, Emmanuelle Devos.

Comédie à l'humour noir avec une Laure Calamy en psychopathe, avec Franck Dubosc en débile, mari de Laure Calamy, et avec Benoît Poelvoorde qui compose le chef de la police locale, qui est confrontée à une série d'évènements qui concernent le couple précité, et qui s'avère être le seul personnage censé. Morts accidentelles, magots que plusieurs personnes se disputent, car aubaine financière, mais auss enquête policière à la mode de la gendarmerie locale, hors-la-loi improvisés, le tout dans un décor de campagne en hiver : ce sont les multiples composantes de cette comédie. Ces divers ingrédients font de ce film policier à l'humour noir une réussite dans son genre. Les acteurs sont de plus bien dirigés et il contient son propre climat.

poster du film Bande-annonce Un ours dans le jura 

samedi 4 juillet 2026

La Classe Américaine (1h10, 1993) de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette

Le principe est de prendre des plans et bouts de séquences de films classiques hollywoodiens de la Warner et de doubler pour raconter une autre histoire.  George Abitbol, "l'homme le plus classe du monde" meurt en prononçant les mystérieux mots "Monde de merde". C'est le point de départ, et des personnes enquêtent pour connaitre la signification de ces derniers mots...

Le montage est intéressant. Ainsi que l'argument. Néanmoins les dialogues sont très datés et ne font plus rire : caca, pipi, bite, vomi, pet. Cela n'est plus possible de nos jours. Et passer les quinze premières minutes, cela devient pesant et paraît très long.

Par contre cela suscite l'idée de faire la même chose avec les films des années 2000, à base d'hommes en collants (appelé aussi superhéros au sein de certaines franchises).

poster du film La Classe américaine 

Revers de Fortune (Frayed, 2019, saison 1 et 2, 12 épisodes autour de 40 min chacun) de Sarah Kendall

Avec Sarah Kendall,  Kerry Armstrong, Matt Passmore, Ben Mingay, George Houvardas, Doris Younane, Diane Morgan, Frazer Hadfield, Maggie Ireland-Jones, .Alexandra Jensen.

L'argument est simple : une Australienne qui était très riche à Londres se retrouve sans le sou et doit revenir dans sa ville natale d'Australie, avec une nouvelle condition sociale et un lieu où elle retrouve son passé. Ce retour au source familial, sociétal, amical et professionnel, est combiné à une intrigue où il est question d'un meurtre. 
Ce que nous avons apprécié : la reconstitution (vêtements, coiffures, décors) des années quatre-vingt, la qualité des interprètes, le mélange de comédie et de drame, l'évocation frontale des sujets sexuels et des fluides corporels, l'interprétation. Sarah Kendall, scénariste et interprète principale,sais manier l'humour noir, les relations familiales ou le paraître que l'on souhaite afficher à sa ville de naissance. Par ailleurs, elle compose un ensemble de personnages plus ou moins intelligents et plus ou moins subtils de haut vol, entre ceux qui ont raté leur vie, ceux qui sont parvenus, mais dont l'intelligence semble limitée ou ceux qui sont plutôt bêtes sans être méchant. Sarah Kendall a composé un florilège de personnages pour manier un humour noir de haut vol.

 poster de la série Revers de fortune

samedi 20 juin 2026

En Roue Libre (1h29, 2022) de Didier Barcelo

Avec Marina Foïs, Benjamin Voisin, Jean-Charles Clichet, Albert Delpy, Jean-Pierre Martins, Ariane Mourier, Candice Bouchet, Emilie Arthapignet, Valentin Papoudof, Aleksandra Yermak.

Curieux film. Dont l'argument principal permet à Marina Foïs de montrer son talent. Nous suivons cette histoire, entre deux paumés, où Marina Foïs est prise de panique si elle doit sortir de sa voiture. Ce qui fait qu’elle passe la totalité du film dans sa voiture, sans en sortir. À partir de cet argument, elle est kidnappée par Benjamin Voisin, qui part sur la route avec elle. 

Film de route donc, qui permet à ces deux personnages de s'apprivoiser doucement, de révéler leurs fêlures, leur humanité, et aussi de rencontrer d'autres personnages, dont le psychiatre, ainsi que des gens du voyage, entre autres. Un film initiatique qui se laisse appréhender avec facilité. N'oublions pas Benjamin Voisin, dont le personnage est émouvant sur la durée. 

 poster du film Bande-annonce En roue libre 

mercredi 10 juin 2026

Disclosure Day (2h25, 2026) de Steven Spielberg

Avec Emily Blunt, Josh O’Connor, Colin Firth, Eve Hewson, Colman Domingo, Wyatt Russell, Elizabeth Marvel, Henry Lloyd-Hughes, Michael Gaston, Elliot Villar. 

Le film est constitué de deux parties, inégales. La première, avec plusieurs arcs dramatiques qui finissent par se rejoindre, traités sous la forme d'un thriller où le spectateur est embarqué dès les premières secondes dans des intrigues qu'il ne comprend pas, où Josh O'Connor, Emily Blunt et Colin Firth se débattent chacun de leur côté avec des évènements dont nous n'avons pas encore les explications. Cette partie est brillante et cloue le spectateur à son fauteuil avec suspenses, intrigues, humour. Il y a ensuite une bascule où les choses sont expliquées, trop tôt, et la suite est prévisible, sans brio, conviant tous les chromos de Steven Spielberg, mélangé avec les marronniers de tout film politique, jusqu'à une conclusion prévisible et donc peu surprenante. 
Les deux personnages principaux, Josh O'Connor sont très bien écrits. Emily Blunt crève l'écran dès qu'elle apparaît : très grande performance. Le personnage de Colin Firth est pas très intéressant, bien que David Koepp essai de développer son histoire pour le rendre humain, mais cela ne marche pas. 
Nous pouvons apprécier la dimension anti-trumpiste du film, le message sur la vacuité et le manque d'empathie des humains envers les étrangers, la peur de l'étranger.
Dans les points qui nous ont un peut ennuyés, la durée du film. Le film dure 15 minutes de trop, la deuxième partie, très mécanique dans ses rebondissements et tensions pour résoudre les conflits, nous empêche pas de regarder notre montre. Et nous pouvons noter que la musique de John Williams est fonctionnelle et peu reconnaissable. Elle ne fera pas date.

poster du film Bande-annonce Disclosure Day 

mardi 9 juin 2026

L'Homme Qui Voulu Etre Roi (The Man Who Would Be King, 2h09, 1975) de John Huston

Avec Sean Connery, Michael Caine, Christopher Plummer, Saeed Jaffrey, Doghmi Larbi, Jack May, Karroom Ben Bouih, Mohammad Shamsi, Shakira Caine, Albert Moses

Dans une colonie aux confins du Pakistan et de l'Afghanistan, pendant la colonie de l'Inde sous l'Empire britannique au XIXe siècle, des escrocs britanniques vont à l'aventure dans une région qui n'a jamais vu d'hommes blancs et qui, par un quiproquo, prennent l'un deux pour un Dieu. C'est Sean Connery qui est l'élu, et qui finalement se prend au jeu et oublie la raison première de leur venue : piller leur richesse, la cupidité, la recherche de l'or, la recherche de pierres précieuses. Michael Caine est son acolyte qui garde le sens des réalités et qui voit l'évolution et se rend compte progressivement de l'évolution de son compère. Bien sûr les choses ne se dérouleront pas comme ils l'espèrent, ni pour l'un ni pour l'autre, et cela aboutira à un nombre certain de déceptions de chacun d'eux. 
Le film commence par un voyageur qui raconte l'histoire, le film étant un retour en arrière, et se termine par là où il a commencé.

À noter une très belle musique de Maurice Jarre. 

poster du film Bande-annonce L'Homme qui voulut être roi 

samedi 30 mai 2026

300 : La Naissance d'Un Empire (300 Rise of the empire, 1h42, 2014) de Noam Murro

Avec Sullivan Stapleton, Eva Green, Lena Headey, Hans Matheson, Callan Mulvey, David Wenham, Rodrigo Santoro, Jack O'Connell, Andrew Tiernan, Yigal Naor.

Le film est une symphonie de sang giclant, numériquement parlant bien sûr, avec de multiples combats à l'épée et de sections et lacérations de chairs. Le film n'est pas une suite du 300 (Zack Snyder, 2006), mais une histoire qui se déroule en parallèle de la bataille des Spartiates que raconte le film de Zack Snyder.

Le film est un chef-d'œuvre de CGI porn, avec des images somptueuses et stylisées à outrance, de batailles et de combats. Se déroulant beaucoup sur l'eau, donc avec des batailles navales : tout est énorme et pas du tout réaliste. Mais il y a du spectacle. Avec en prime une Eva Green qui domine la distribution, entourée d'hommes en armure du coté perses. Et avec des hommes torses-nus en permanence du coté grecs.

Le film est rythmé par de multiples affrontements, frisant la non-histoire, mais qui suscite fascination ironique et énormité. Mais qui est aussi diablement efficace au niveau de sa violence stylisée.

Si vous aimez Eva Green, si vous aimez le CGI porn,  si vous aimez le sang numérique qui gicle sur l'objectif de la fausse caméra, si vous aimez les hommes en slips qui se découpent les chairs, ce film est pour vous. 

poster du film Bande-annonce 300 : La naissance d'un Empire 

lundi 25 mai 2026

Nuremberg (2h28, 2025) de James Vanderbilt

Avec Russell Crowe, Rami Malek, Michael Shannon, Leo Woodall, John Slattery, Mark O’Brien, Colin Hanks, Wrenn Schmidt, Lydia Peckham, Richard E. Grant.

James Vanderbilt, scénariste chevronné, dirige cette histoire vraie. Nous suivons les pérégrinations du psychiatre affecté à l'évaluation de la santé mentale des dignitaires du IIIe Reich qui sont en procès à Nuremberg. Les alliés souhaitent condamner ces survivants (les autres se sont suicidés) et le dernier patron du IIIe Reich, Hermann Goering, est leur leader. Il est la pièce centrale du procès et notre psychiatre passe beaucoup de temps avec lui. C'est un des défauts du film : sur la dizaine d'inculpés, seuls trois ou quatre sont suivis, dont Goering principalement. La forme série en plusieurs épisodes aurait été plus adaptée pour développer le profil psychologique de chacun d'eux.

Sinon, les enjeux du procès du point de vue des alliés sont évoqués : qui l'anime, quel résultat faut-il obtenir.  Il ne faut pas qu'il y en ait qui se suicident avant. Le film montre aussi une partie du déroulement du procès, avec les images des camps de concentration, inédites au moment du procès.

Le psychiatre réalise le profil psychologique de ces personnes, et sa conclusion est la partie intéressante du film, que nous ne divulgâcherons pas.

Dans les défauts du film, des histoires adjacentes (la journaliste, le collègue qui a un agenda caché) sont inutiles et n'apportent rien. Il y a presque trente minutes de trop. 

Sinon, les trois acteurs principaux font le job : Rami Malek en fait trop comme d'habitude, Russel Crowe s'amuse bien comme d'habitude, et Michael Shannon sait faire apparaître sa souffrance sur son visage sans subtilité dans son interprétation. À visionner si l'on apprécie un de ces animaux de caméra.

poster du film Bande-annonce Nuremberg 

vendredi 22 mai 2026

The Old Oak (1h53, 2023) de Ken Loach

Avec Dave Turner, Ebla Mari, Claire Rodgerson, Trevor Fox, Chris McGlade, Col Tait, Jordan Louis, Chrissie Robinson, Chris Gotts, Jen Patterson.

 Un film sur l'inclusion où des immigrés syriens fuyant leur pays se retrouvent hébergés dans une petite ville d'Angleterre. Ils ne suscitent pas forcément l'enthousiasme, en particulier vis-à-vis des désœuvrés locaux, qui passent leur temps dans un vieux bar en décrépitude (il s'appelle The Old Oak) à boire de la bière. Racisme, préjugés, xénophobie, la méconnaissance de l'autre : c'est un terreau dans lequel excelle Ken Loach, sans subtilité, mais avec efficacité. Ken Loach sait où appuyer, même si beaucoup de choses sont prévisibles. Les personnages sont bien écrits, la distribution réussit et les acteurs sont formidables. Dave Turner, le patron du bar, porte le film. Il est un peu lâche, mais a le cœur sur la main. Le film est un peu long et aurait été plus léger si les retours en arrière avaient été soustraits. Ils n'apportent rien sur les personnages que nous ne savons déjà.

poster du film Bande-annonce The Old Oak 

dimanche 10 mai 2026

55 Steps (1h55, 2017) de Bille August

Avec Hilary Swank, Helena Bonham Carter, Johan Heldenbergh, Jeffrey Tambor, Jonathan Kerrigan, Tim Plester, Michael Culkin, Vincent Riotta, Richard Riddell, Richard Laing

Une distribution haut de gamme pour Bille August dans cette histoire, vraie, où il s'agit de défendre le besoin d'humanité de malades, mentaux pour certains. Hilary Swank est l'avocate qui défend  Helena Bonham Carter contre l'institution, un hôpital psychiatrique. L'hôpital lui a administré des médicaments sans son accord. La performance est assurée par Helena Bonham Carter, qui en fait beaucoup, mais son personnage s'y prête. Hillary Swank est la professionnelle, très technique, manquant d'un peu d'humanité, mais son humanité refera surface bien sûr. Il est dur de dire du mal de ce film. Et ce n'est pas nécessaire. Les actrices sont formidables. Les séquences des séances au tribunal ne sont pas répétitives et le spectateur les attend avec impatience. Inspiré d'une histoire vraie. La partie intéressante concerne beaucoup la relation qui se noue entre ces deux femmes, d'origine et de tempéraments complètement différents. Au total les deux actrices réalisent un show de qualité.

poster du film Bande-annonce 55 Steps 

samedi 9 mai 2026

Orwell 2+2=5 (2h, 2025) de Raoul Peck

Raoul Peck construit un documentaire où la trame de fond est l'histoire de George Orwell et de son célèbre roman "1984", pour supporter et montrer que ce n'est plus un roman, mais une réalité en montrant et en assemblant et collant des images des différentes actualités qui ont balayé le vingtième siècle et ce début de vingt et unième.

Le film est passionnant pour sa composante qui raconte la vie, la genèse de George Orwell auteur de son roman "1984". Le film mélange aussi des extraits des différents films qui ont adapté le roman "1984".

Le film compose un ensemble de choses pour produire un message antifasciste de bon aloi, même s'il n'est pas subtil. Avec en filigrane, le fait que le fascisme est déjà là et que "1984" n'est pas un roman de science-fiction. C'est d'ailleurs une question : peut-on dénoncer le fascisme en étant léger ? 

 poster du film Bande-annonce Orwell: 2+2=5 

dimanche 26 avril 2026

Crime 101 (2h20, 2026) de Bart Layton

Avec Chris Hemsworth, Halle Berry, Mark Ruffalo, Barry Keoghan, Nick Nolte, Jennifer Jason Leigh, Corey Hawkins, Monica Barbaro.

Une superproduction MGM Prime Original. Que retenir de ce film, relativement routinier ? Mais son défaut est dans le  "relativement". Le principal est que notre cambrioleur de génie, Chris Hemsworth, a des états d'âme et des sujets psychologiques parce qu'il rencontre l'amour. Cette composante là de l'histoire, même si nous comprenons la volonté de sortir du lot avec cet arc dramatique, parait forcée et nous la percevons comme ridicule.

La grande qualité du film, outre le très bon niveau de tous les départements techniques, est sa distribution, avec beaucoup d'actrice et acteurs chevronnés pour accompagner Chris Hemsworth. Mention particulière pour Mark Ruffalo dont le personnage est bien écrit. Cela fait plaisir de revoir Halle Berry, même si son personnage est cousu de fil blanc.

Nous pourrions dire que ce film est une belle tentative, mais reste imparfait. Et permet à Chris Hemsworth de sortir des sentiers battus des supers productions avec superhéros.

 poster du film Bande-annonce Crime 101 

mardi 21 avril 2026

Le Relais De L'Or Maudit (Hangman's Knot, 1h21, 1952) de Roy Huggins

Avec Randolph Scott, Donna Reed, Claude Jarman Jr., Frank Faylen, Glenn Langan, Richard Denning, Lee Marvin, Jeanette Nolan.

Cela commence comme un western, avec la diligence, les espaces arides, puis il y a une bascule dont l'argent est le moteur, et le film continue de nuit dans un relais où les preneurs d'otages de la diligence sont assiégés par des gens, eux aussi motivés par l'argent (l'or du titre). L'argent est le prétexte. Cela permet à Roy Huggins de construire un film Noir où les kidnappés affrontent les kidnappeurs, et où ceux-ci affrontent ceux qui les assiègent. Les caractères et personnalités se manifestent au cours des évènements.

Le film n'épargne pas le spectateur : tentative de viol, lynchage par pendaison, couardises et trahisons. Le scénario de Roy Huggins est dense, égrenant ses rebondissements régulièrement. Et tout cela en 81 minutes ! C'est une production Harry Joe Brown et Randolph Scott de très bonne qualité, avec un scénario qui pourrait être transposé dans de multiples univers. À noter que Roy Huggins est surtout très connu pour sa carrière de scénariste pour des séries télévisées, et que celui-ci est le seul sur lequel il est crédité de metteur en scène.

Du côté de la distribution, Donna Reed domine dans un personnage qui possède de la substance. À noter que le titre original, "le nœud du pendu" est un titre intéressant, et est bien une composante de la noirceur du film. 

 Le Relais de l'or maudit [Édition Collection Silver] [Blu-ray]

 

jeudi 16 avril 2026

La Grazia (2h12, 2025) de Paolo Sorrentino

 Avec Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Massimo Venturiello, Milvia Marigliano, Giuseppe Gaiani, Roberto Zibetti, Vasco Mirandola, Linda Messerklinger.

Les affres du président de la République italienne, qui doit statuer sur une loi relative à l'euthanasie, et sur deux dossiers de grâce pour deux condamnés. À ceci se greffent des inquiétudes personnelles où ce vieux président qui termine son mandat dans quelque mois se pose des questions concernant sa femme.

Paolo Sorrentino arrive à rendre cette histoire intéressante. Le spectateur n'a pas envie de décrocher et se demande ce qu'il va décider. Notamment, car nous percevons des éléments qui vont aider ce juriste à prendre  ses décisions. Et nous voyons comment il fait pour arriver à prendre sa décision, en particulier pour les deux grâces qui lui sont soumises.

Un film au ton bien à lui, en particulier concernant son sujet et son rythme. Comme quoi il est possible de faire un film lent, qui accroche et tient le spectateur jusqu'au bout.

 poster du film Bande-annonce La Grazia

13 jours 13 nuits (1h52, 2025) de Martin Bourboulon

Avec Roschdy Zem, Lyna Khoudri, Sidse Babett Knudsen, Grégoire Leprince-Ringuet, Nicolas Bridet, Christophe Montenez, Yan Tual, Jean-Claude Muaka.

Le film raconte comment l'ambassade de France et les réfugiés Aphgan qu'elle a sous sa protection sont rapatriés en France pendant la chute de Kaboul et l'arrivée des talibans en aout 2021. Les 13 jours et 13 nuits du film ne sont que dans le titre, et la durée que cela évoque est absente de la mise en scène, ou du montage du film. Au point qu'on nous apprend à la fin que cela a durée 13 jours, mais cela tombe à plat.

Il est regrettable de critiquer ce film. Sa structure dramatique et la montée de la tension sont bien menées. Et le film se passe bien lorsque cela bouge, lorsque les personnages sont en déplacement et donc en tension, et qu'ils ou elles ne parlent pas.

Par contre, dès qu'il y a des dialogues, qui se veulent profonds, les scènes ne marchent pas et font sourire. Et certains personnages sont pénibles et paraissent artificiels : la traductrice, nous nous moquons de ses états d'âme, et sa mère qui amène son lot de sous-arcs dramatiques.

Roschdy Zem s'en sort très bien. Mais dès qu'il y a une pause, on retombe sur des dialogues balourds et des micro-inquiétudes inutiles. Peu mieux faire.

poster du film Bande-annonce 13 jours 13 nuits 

mardi 14 avril 2026

Predator Badlands (1h47, 2025) de Dan Trachtenberg

Avec Elle Fanning, Dimitrius Schuster-Koloamatangi, Ravi Narayan, Chris Terhune, Michael Homick, Stefan Grube, Reuben de Jong, Cameron Brown, Alison Wright, Matt Duffer.

Nous sommes bien chez Disney avec ce nouvel épisode de la franchise Predator (1987, John McTiernan). Autant Prey (2022) du même réalisateur était brutal, violent et sale, et très réussi, car adhérant parfaitement à la franchise. Autant ici il s'agit d'un film pour la famille sous la structure d'un film de potes. Ici le schéma narratif de la franchise est inversé. Le Predator est un gros bourrin finalement gentil. Il doit s'allier avec une gentille synthétique hyper bavarde pour affronter de méchants synthétiques de la Weylan Yutani (oui, cela fait une jointure avec la franchise Alien - 1979, Ridley Scott -). 

Si l'on accepte cela, la planète sur laquelle le Predator du film et la gentille synthétique évoluent est spectaculaire avec sa biomasse et ses animaux exotiques. Avec un côté film de jungle très sympathique, et une invention certaine au niveau du bestiaire et des végétaux.

Ici il n'y a aucun sang et une violence très familliale (avec ce qu'il faut de gentille bête pour devenir une peluche). Nous imaginons que c'est le cahier des charges qui a été donné à Dan Trachtenberg. Le dernier quart du film, qui fait la jointure avec la Weylan Yutani, est moins réussi, car déjà vu si l'on connaît bien la franchise Alien.

Predator : Badlands 

dimanche 12 avril 2026

L'Inconnu De La Grande Arche (1h44, 2025) de Stéphane Demoustier

 Avec Claes Bang, Sidse Babett Knudsen, Xavier Dolan, Swann Arlaud, Michel Fau, Micha Lescot, Viilbjørk Malling Agger.

Les péripéties de la construction de la grande arche de La Défense sont racontées dans ce film. À partir du moment où le répondant qui a gagné est choisi, jusqu'au déroulement du chantier. L'intérêt du film est que le répondant, un architecte scandinave, était inconnu de toutes et tous et qu'il a fallu le retrouver dans sa Scandinavie ; lui même ne s'attendant pas à être retenu. Ensuite il a fallu constituer l'équipe de maîtrise d'œuvre. Avec les différentes péripéties qui peuvent arriver à un chantier de construction, en particulier amplifiées pour un tel chantier inhabituel.

Le film nous met au cœur des transactions, influences et autres inquiétudes des différentes parties prenantes. Des politiques, dont le président de la République, François Mittérand, son cabinet, jusqu'à la maitrise d'œuvre, les concurrents et aussi certains fournisseurs.

C'est donc un film historique sur un chantier pharaonique. Qui reconstitue la période au niveau des décors, de l'image et de l'atmosphère, qui est un peu triste et peu avenante. Mais le film reste passionnant.

poster du film L'Inconnu De La Grande Arche 

samedi 11 avril 2026

L'étranger (2h02, 2025) de François Ozon

Avec Benjamin Voisin, Rebecca Marder, Pierre Lottin, Denis Lavant, Swann Arlaud, Christophe Malavoy, Nicolas Vaude, Jean-Charles Clichet, Mireille Perrier.

Film à très faible hystérésis. Le personnage principal est insipide et nous ennuie. Nous nous moquons de ses turpitudes, intérieures et extérieures. Tout comme lui il se moque de tout ce qui l'entoure. C'est le sujet du film visiblement, ce personnage n'a aucune empathie, pour personne, il est inhumain. Soit. Le matériau original est un roman, que nous ne connaissons pas. Le film résultant est un pensum d'où ne sortent que les métiers techniques. Décos, photo, costumes, direction d'acteur, tout cela est bel et bien, mais tourne à vide. Une non-histoire. Pierre Lottin, par contre, encore une foi, sort du lot, grâce à son personnage très loquace et imprime un peu. Denis Lavant est ridicule.

Le film de tribunal est un genre à part entière. Ici une partie du film se déroule dans un tribunal. Avec sa mollesse. Nous pourrions louer l'exercice de style, réel, mené par François Ozon. Mais nous conseillons ce film aux dissertant sur le roman et les différences du film avec le roman source. 

 poster du film Bande-annonce L’Étranger 

jeudi 9 avril 2026

The Mastermind (1h50, 2025) de Kelly Reichardt

Avec Josh O'Connor, Alana Haim, Hope Davis, Bill Camp, John Magaro, Gaby Hoffmann, Eli Gelb, Cole Doman, Javion Allen, Amanda Plummer.

C'est mou : le film est très lent. À l'image de son personnage principal : un raté dans une petite ville étatsunienne monte un vol d'œuvre d'art avec des équipiers qui ne sont pas fiables ; il s'agit de dérober une œuvre d'un musée local. Le scénario prend son temps. Le personnage de Josh O'Connor est mou, d'où la mollesse du fim. Mais qui déroule son histoire, l'idée du braquage, la préparation, la réalisation, la fuite, l'après-braquage pour vendre la toile, puis l'épilogue. 

Le rythme n'est pas celui d'une comédie (le film dure 1h50), mais il contient son lot de comédie, car les équipiers sont des bras cassés. Josh O'Connor, son personnage, est un hébété permanent devant le fait que tout ce qu'il a imaginé comme déroulement ne se produit pas, n'étant pas aidé par une intelligence moins que moyenne et une anticipation nulle de ce qui pourrait se passer ou perturber ce qu'il veut faire.

Cette mollesse du film permet au spectateur d'avoir une certaine empathie pour ce pauvre bougre de Josh O'Connor, pas vraiment méchant, ambitieux avec mesure, qui essaie des choses, qui sont mal organisées et gérées. C'est elle qui donne sa signature au film.

poster du film Bande-annonce The Mastermind 

dimanche 5 avril 2026

Personne n'y comprend rien (1h48, 2025) de Yannick Kergoat

Un documentaire qui s'échine à expliquer les histoires d'argent dans lesquelles est empêtré un ancien président de la République française concernant en particulier le financement de sa campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy donc. Et le mérite du film est de rappeler un ensemble d'évènements, d'informations, de choses racontées, qui font que nous n'y comprenons rien. Le documentaire ne ment pas. Rappelons que Nicolas Sarkozy a été condamné, est condamné et sera condamné. Tout ceci est ridicule, rempli de bouffonnerie (les faits racontés, avec plus ou moins de vérité selon les personnes). Bref, tout ceci est assez lamentable. Le documentaire aurait pu s'appeler "Personnes sans honneur". 
Une curiosité. 

poster du film Bande-annonce Personne n'y comprend rien 

La Femme La Plus Riche Du Monde (2h01, 2025) de Thierry Klifa

Avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Marina Foïs, Raphaël Personnaz, André Marcon, Mathieu Demy, Joseph Olivennes, Micha Lescot, Paul Beaurepaire, Anne Brochet.

Le film de Thierry Klifa ne ment pas : il nous parle de la femme la plus riche du monde, c'est à dire, la vie de cette femme, son monde, avec les directives professionnelles, sa vie avec son mari, sa fille, ses obligations de communications, sa déconnexion du réel et plus précisément de la valeur des choses. Elle croise un photographe relativement excentrique (franc parlé, en particulier concernant son homosexualité) qui la divertit et qui s'immisce dans sa vie. Il la distrait et elle lui donne de l'argent, avec bien sûr l'inquiétude de sa famille de la voir donner de l'argent à un profiteur, au sens premier : dès qu'il a besoin d'argent elle lui en donne, et il ne refuse pas. Ce photographe est interprété par Laurent Lafitte, qui s'amuse beaucoup dans ce personnage. Isabelle Huppert rend crédible ce personnage, qui a par ailleurs une vie mièvre et terne, remplie de contraintes. Marina Foïs est la fille, qui ne voit pas d'un bon œil ces sorties d'argent vers le nouvel ami de sa maman.

Le petit défaut du film est que nous n'avons pas d'empathie. Aucun personnage n'en suscite. Ce qui donne l'impression de regarder des animaux en cage, avec leurs turpitudes sans lien social ou sociétal avec une quelconque réalité. C'est peut-être l'effet recherché par Thierry Klifa...

poster du film Bande-annonce La Femme la plus riche du Monde

samedi 4 avril 2026

Dossier 137 (1h55, 2025) de Dominik Moll

Avec Léa Drucker, Jonathan Turnbull, Solàn Machado-Graner, Guslagie Malanda, Théo Navarro-Mussy, Florence Viala, Stanislas Merhar, Yoann Blanc, Antonia Buresi.

Le film d'enquête, à l'intérieur de la police. Car il s'agit ici d'une enquête de la police des polices. Avec le point de vue des différents policiers concernés par l'évènement qui a "dérapé". Dominik Moll choisit un montage très dynamique pour tirer et maintenir la curiosité du spectateur, qui souhaite ardemment savoir ce qui s'est passé. Chaque camp défend son point de vue, certains avec plus ou moins de bonne foi. Léa Drucker à la tête opérationnelle de cette enquête est impressionnante et donne une interprétation solide avec une profondeur permanente. Comme souvent, elle arrive à exprimer le poids sur elle, les charges mentales multiples qu'elle affronte, avec peu de chose, simplement. Le dosage de son personnage est parfait, à la recherche de faits, évitant de faire des interprétations, sans a priori ou préjugé. C'est la solidité de cette enquête. Ce qui rendra d'autant plus fortes les révélations et la description des faits réels.

Le film a le mérite de parler de l'arrière-plan de grandes manifestations à Paris des Gilets Jaunes, du point de vue de la police et préfecture, et comment ces manifestations ont été gérées par les forces de l'ordre. 

Encore une grande efficacité pour Dominik Moll, après son La Nuit Du 12 (2022) impressionnant, là aussi avec un personnage principal tourmenté par ses charges mentales multiples. 

poster du film Bande-annonce Dossier 137 

Women Talking (1h44, 2022) de Sarah Polley

Avec Rooney Mara, Judith Ivey, Emily Mitchell, Kate Hallett, Liv McNeil, Claire Foy, Sheila McCarthy, Jessie Buckley, Michelle McLeod, Kira Guloien, Shayla Brown, Frances McDormand, Ben Whishaw.

Les femmes d'une communauté religieuse arriérée, c'est à dire une secte de 2010, c'est-à-dire phallocrate, misogyne et féminicide, débattent et discutent pour savoir si elles doivent quitter cette communauté, où elles sont battues, violées, où la pédophilie est possible. La religion chrétienne est évoquée.

Le film est assez fort, car il ne montre jamais les monstres, les hommes, si ce n'est enfants. Nous ne rencontrerons pas leur décision, mais ce film de discussion dans une grange reste puissant et dense en permanence.

 poster du film Bande-annonce Women Talking 

lundi 30 mars 2026

Une Bataille Après L'Autre (One Battle After Another, 2h41, 2025) de Paul Thomas Anderson

Avec Teyana Taylor, Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Benicio Del Toro, Regina Hall, Wood Harris, Alana Haim, Shayna McHayle, Paul Grimstad, Dijon, Brooklyn Demme, Sachi Diserafino, Melissa Dueñas, 

Paul Thomas Anderson compose plusieurs films en un. Il prend son temps pour installer ses personnages. L'exposition doit bien durer trente minutes.

Un groupe de militants révolutionnaires états-uniens, contre le gouvernement états-unien, Trumpiste vraisemblablement par ce qui nous est montré, réalise un certains nombres d'actions : libérer des immigrants des camps où ils sont enfermés, attaque de banque. Ensuite il y a la traque de ces individus. Puis ensuite un de ceux-ci est particulièrement traqué. Ce dernier est Leonardo DiCaprio. Il est traqué, car il est un des derniers non attrapés, et l'état recherche aussi sa fille, qui est liée au groupuscule.

Poursuites. Violences. Revendications. Humours. Extrême droite. Fascisme. Racisme. Neutres. Justice expéditive. Secte. Suprémacisme. Révolutionnaires. Mexicains. Les ingrédients qu'assemble Paul Thomas Anderson sont puissants et sont évidemment un message. Le tout avec par moment de vrais moments de comédie dans le cours de l'action dramatique. Le film est aussi très direct sur le plan sexuel. Et d'une manière générale, nous ne sommes pas dans un haut degré de subtilité. Mais nous ne sommes pas dans un univers de personnes subtiles. 

L'utilisation régulière du sexe est de bon aloi. Cela met de l'hystérésis dans le film. Cela l'ancre dans une forme de réalisme. 

Le film est à l'image de sa distribution : riche et varié. 

poster du film Bande-annonce Une bataille après l'autre 

La Prisonnière des Comanches (Comanche Station, 1h13, 1960) de Budd Boetticher

Avec Randolph Scott, Nancy Gates, Claude Akins, Skip Homeier, Richard Rust, Rand Brooks, Dyke Johnson, Foster Hood.

Randolph Scott a comme activité de retrouver les femmes blanches kidnappées par les Indiens. Il parcourt les territoires pour les échanger contre de la valeur marchande. Il rachète Nancy Gates aux Comanches et la conduit vers son mari. Celui-ci a offert une belle prime pour celui qui retrouve et ramène sa femme. Ceci est le point de départ. La prime suscitant l'intérêt de plusieurs chasseurs de primes, le chemin de retour ne sera pas de tout repos. Avec de plus des Indiens sur le sentier de la guerre, car mécontents pour d'autres raisons. Et avec aussi le sentiment que si le mari ne se charge pas lui-même de cela, c'est qu'il n’est pas un homme.

Tout ceci est mené encore une fois  avec le brio de Burt Kennedy au scénario, et le talent de Boetticher pour caractériser de manière simple ses personnages secondaires, ici Claude Akins et ses deux équipiers. À ceux-ci ajoutons des intentions cachées de Randolph Scott. Sans temps morts inutiles, soixante-treize minutes directes, pour une scène finale encore poignante pour Randolph Scott et sa quête.

Comanche Station [Édition Spéciale] [Blu-ray]

samedi 28 mars 2026

Le Dossier Maldoror (2h24, 2025) de Fabrice du Welz

Avec Anthony Bajon, Alba Gaïa Bellugi, Alexis Manenti, Sergi López, Laurent Lucas, David Murgia, Béatrice Dalle, Lubna Azabal, Jackie Berroyer, Mélanie Doutey, Félix Maritaud.

Fabrice du Welz nous avait déjà intrigués avec son très beau film Adoration (2019), à la fois dense et atmosphérique. Le Dossier Maldoror est un film policier qui raconte à sa manière, dans les années 90 et  les années qui suivent l'enlèvement, la séquestration et le meurtre de jeunes femmes, dans la région de Charleroi en Belgique. L'histoire est librement inspirée de l'affaire Dutroux. Et le filme raconte l'histoire du point de vue des polices, qui ne communiquent et partagent pas l'information et se détestent, mais aussi du point de vue des suspects, car c'est la l'horreur de l'histoire : le ou les criminels étaient connus dès le départ, mais la guerre des polices et les rivalités au sein de la gendarmerie, ont empêché l'enquête de progresser rapidement. La guerre des polices suggérée comme ayant causé la mort de plusieurs jeunes filles sera réformée à l'issue de l'affaire : elles seront restructurées devant l'échec de cette enquête.

Le film est porté  par Anthony Bajon, qui contribue à l'enquête. Gendarme au cœur d'une partie de l'investigation, son inexpérience plus son désir de rendre justice changeront sa vie pour toujours.

Après Adoration (2019), Fabrice du Wetz compose une œuvre à la fois atmosphérique et triviale (le film contient son lot d'images horribles, présentées ou suggérées). 

poster du film Bande-annonce Le Dossier Maldoror 

lundi 23 mars 2026

L'homme de l'arizona (The Tall-T, 1h18, 1957) de Budd Boetticher

Avec Randolph Scott, Richard Boone, Maureen O'Sullivan, Henry Silva, Skip HomeierArthur Hunnicutt, James Best, Pernell Roberts, Robert Burton.

Encore une petite baffe avec ce bijou signé Budd Boetticher, avec Burt Kennedy pour le scénario (d'après Elmore Leonard). Avec une photo signée Charles Laughton Jr. Et la musique de Heinz Roemheld, qui a l'air d'être toujours la même d'un film à l'autre de la série, et qui s'échine à mettre des musiques guillerettes sur des plans de transitions, décorrélées des tensions avant la transition ou la tension vers laquelle vont les personnages.

Dans les qualités de cette série, c'est la manière très efficiente de caractériser tous les acteurs secondaires, pour en faire des personnages avec une certaine substance. Ici c'est Richard Boone, méchant en chef, mais presque fatigué d'être méchant. Ou alors Henry Silva en psychopathe de service. Ou encore Maureen O'Sullivan, dans un rôle qui parle bien du statut des femmes dans cet univers.

Randolph Scott est lui, quasiment toujours le même, solitaire, avec une obsession ou une vengeance en tête, et relativement inexpressif. 

Très bon scénario donc, avec une montée progressive de la tension pour terminer sur une mort violente pour le méchant. Avec une forte composante de huis clos. D'ailleurs le format 1.85 de la photographie est surement choisi pour renforcer cet aspect. Une partie du film se déroulant dans une grotte.

L'Homme de l'Arizona [Édition Collection Silver Blu-ray + DVD] 

dimanche 15 mars 2026

La Chevauchée De La Vengeance (Ride Lonesome,1959) de Budd Boetticher

Avec Randolph Scott, Karen Steele, Pernell Roberts, James Best, Lee Van Cleef, James Coburn. 

Scénario, très original, de Burt Kennedy. Plus qu'original, c'est que tous les personnages secondaires  sont bien incarnés, écrits, existent en quelques secondes. Que ce soit Pernell Roberts et James Coburn (dans un premier rôle) qui discutent sur la signification du mot "amnestie" ou de leur volonté de devenir éleveurs ; mais, pour cela, ils doivent éliminer Randolph Scott. Que ce soit les méchants, James Best dans le rôle du frère demeuré qui est formidable dans tous ses plans, ou Lee Van Cleef, son frère, dans un petit rôle, mais très important pour l'arc dramatique, qui comprend ce qui se trame. Que ce soit Karen Steele dans le personnage féminin, qui sait manier les armes tout en ayant une belle plastique.
Avec en personnage principal, Randolph Scott, plutôt mutique, qui a des intentions non déclarées, que nous découvrons progressivement, mais qui attire tout le monde (pour le tuer). Le titre français divulgache déjà des choses. Le titre original est standard et conforme au personnage du solitaire.

Et tout ceci en 73 minutes :  images sublimes et inoubliables (le plan final !), histoire au cordeau sans temps morts, mais avec des temps calmes importants.

Sur le plan de la mise en scène, la scène d'ouverture est sublime : la grue (le film est en Cinémascope et en décors naturels) qui recadre Randolph Scott vers James Best en train de prendre le café. Et le plan final est extraordinaire avec l'arbre en feu d'une couleur orange, très symbolique et hyper interprétable. 

Avec une superbe musique, plutôt enjouée de Heinz Roemheld sur les plans de transitions lorsque les personnages se déplacent d'un point à l'autre. Musique enjouée qui semble célébrer les décors, tout en étant en décalage avec le drame qui se trame.

Le principal défaut serait l'attaque des Mescaleros, séquences d'action typique avec les Indiens, assez mollassonne et sans brio. C'est quand même un chef-d'œuvre de Budd Boetticher.

La Chevauchée de la vengeance [Édition Collection Silver Blu-ray + DVD] 

vendredi 13 mars 2026

Valeur Sentimentale (Affeksjonsverdi, 2h13, 2025) de Joachim Trier

Avec Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning.

C'est l'histoire d'un réalisateur (Stellan Skarsgård) en fin de carrière, qui retrouve ses deux filles suite au décès de son ex-femme. L'une d'elles est actrice de théâtre. Il a perdu de vue ses filles. Il ne vient pas à la cérémonie. Il en profite pour récupérer deux enceintes acoustiques. En quelques plans le personnage nous est montré égoïste et abject. Mais il vient aussi avec un scénario, écrit pour sa fille actrice : il souhaite qu'elle l'interprète. Bien sûr les relations sont très froides et rien ne se passera comme il le souhaite. En particulier sa fille refuse le rôle. Et il le confie à une star étatsunienne, Elle Fanning, qui a envie de tourner un film sérieux.

Le film a le mérite de parler, à sa manière, du métier d'acteur, à la fois avec le personnage de sa fille (interprétée par Renate Reinsve, parfaite) et par celui qu'interprète Elle Fanning qui veut comprendre son personnage.

Le film dans sa structure est intéressant. Il n'y a rien de cousu de film blanc ici. Le scénario arrive à traiter à égalité les trois personnages principaux : le réalisateur et père, la fille actrice de théâtre, mais en conflit avec son père, et l'actrice qui essaie de comprendre le personnage et ce que veut en faire le réalisateur. Le film a obtenu le Grand Prix au Festival de Cannes 2025.

poster du film Bande-annonce Valeur sentimentale 

dimanche 8 mars 2026

A Bout De Souffle (1h30, 1960) de Jean-Luc Godard

Avec Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Daniel Boulanger, Henri-Jacques Huet, Van Doude, Claude MansardJean-Pierre Melville, Liliane Dreyfus, Roger Hanin, Richard Balducci, François Moreuil.

Il y a déjà tout ce que nous retrouverons dans les films suivants de Jean-Luc Godard. L'utilisation du son mixé en avant. Les sons superposant les dialogues, ou les dialogues se superposant entre eux, à la limite de l'audible. Mais aussi l'amour des actrices, avec ici Jean Seberg qui est magnétique. Bien que sur la forme, Jean-Luc Godard soit très identifié, ses films reposent sur les acteurs, et en particulier les actrices. Ici, Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo, ce dernier étant de la presque totalité des plans.

L'histoire n'est finalement pas très compliquée : un voyou s'amourache d'une jeune Américaine à Paris et essai de l'emmener avec lui en Italie tout en essayant de récupérer l'argent qu'on lui doit. Ceci ne parait pas palpitant. Mais ce sont des prétextes qui, avec le traitement qu'en fait Jean-Luc Godard, rendent l'ensemble et chaque séquence passionnante. Avec cette forme spécifique, avec ces dialogues naturalistes, avec ces acteurs, avec ce montage qui ne se préoccupe pas de continuité, bref grâce à la mise en scène.

 poster du film Bande-annonce À bout de souffle 

Nouvelle Vague (1h46, 2025) de Richard Linklater

Avec Guillaume Marbeck, Zoey Deutch, Aubry Dullin, Adrien Rouyard, Antoine Besson, Jodie Ruth-Forest, Bruno Dreyfürst, Benjamin Clery, Matthieu Penchinat, Pauline Belle, Frank Cicurel, Blaise Pettebone. 

Un film sur un film. A Bout De Souffle de Jean-Luc Godard. Sa préparation, son tournage. Avec l'ensemble des personnes qui gravitent autour, qui sont pour la majorité de futurs réalisateurs ou réalisatrices.

Le film a deux lignes principales. La première concerne Jean-Luc Godard (alias Guillaume Marbeck)  lui-même, que nous suivons à travers toutes les composantes de son film, préparation, entretiens avec son producteur, préparation de l'équipe, la distribution, puis le tournage. La deuxième concerne l'actrice Jean Seberg (alias Zoey Deutch), l'actrice principale du film dans le film, qui découvre une manière de travailler très différente des productions hollywoodiennes qu'elle connaissait ; ce qui la rend perplexe pour le moins.

Ce qui permet de prendre conscience de la légèreté et de la simplicité apparente du tournage. Réalisé avec une débrouillardise qui aura bien sûr un effet sur la licence artistique du film, sa forme, son montage (tous les faux raccords, par exemple). Un film jubilatoire.

poster du film Bande-annonce Nouvelle Vague 

samedi 7 mars 2026

La Petite Derniere (1h48, 2025) de Hafsia Herzi

Avec  Nadia Melliti, Park Ji-Min, Amina Ben Mohamed, Mélissa Guers, Rita Benmannana, Nemo Schiffman, Razzak Ridha, Mouna Soualem.

Hafsia Herzi nous raconte l'histoire d'une jeune femme, musulmane, entre la fin du lycée et le début des études, pratiquante, qui prend conscience de son homosexualité. À partir des conventions et des croyances qui lui sont inculquées, jusqu'à découvrir l'amour charnel et une forme de communautarisme basée sur des croyances orthogonales avec celles des croyances initiales.

Les actrices sont formidables. Le film paraît long au bout d'une heure. Pas par le contenu de l'histoire, mais de son traitement et des longueurs qui n'apportent pas d'éléments dramatiques. Cela vient peut-être qu'une histoire dramatique a besoin de malheurs, de moment où l'héroïne est heureuse, mais dont ce bonheur est perturbé par une dose de malheur. Le film possède une ligne dramatique constante, bien supportée par la performance de Nadia Melliti. Des éléments perturbateurs de cette progression sont absents. Mais dans l'autre sens, le spectateur, en empathie avec le personnage, est plutôt satisfait de cette évolution. Peut-être qu'une réduction de la durée aurait évité cette perception. La mise en scène se suffisant pour raconter l'histoire.

poster du film Bande-annonce La Petite Dernière 

 

vendredi 6 mars 2026

Un Simple Accident (1h43, 2025) de Jafar Panahi

Avec Vahid Mobasseri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi, Hadis Pakbaten, Majid Panahi, Mohamad Ali Elyasmehr, Afssaneh Najmabadi, Delnaz Najafi, Georges Hashemzadeh, Jafar Panahi.

Palme d'Or à Cannes 2025. La puissance du film de Jafar Panahi vient de son scénario qui possède de multiples qualités. Il n'est pas possible de deviner comment l'histoire va évoluer. Et une des composantes importantes de cette évolution est son tragi-comique. Les évolutions sont tel qu'elles convient de l'humour. De l'humour noir, car cet humour se construit sur un terreau d'une tragédie qui se construit progressivement, en conviant de plus en plus de personnages au fur et à mesure que l'histoire progresse avec des plus en plus de points de non-retour. 

Sur la forme Jafar Panahi fait le choix de positionner beaucoup de choses hors cadre. Des personnages sont présents, mais nous ne les voyons pas. Des objets existent hors cadre, mais nous ne les voyons pas. Des animaux existent hors cadre, mais nous ne les voyons pas. La mise en scène est très réfléchie et très efficace, par le climat que cela convie et la patine que cela produit. 

Le film sait aussi montrer les conséquences de vivre dans une dictature, sans être explicatif, en montrant simplement comment les personnes adaptent leurs comportements et leurs interactions aux contraintes de cet univers ; la scène où la petite fille enregistre sa maman à l'hôpital est édifiante.

poster du film Bande-annonce Un simple accident 

mercredi 4 mars 2026

The Rip (1h53, 2026) de Joe Carnahan

Avec Matt Damon, Ben Affleck, Steven Yeun, Teyana Taylor, Catalina Sandino Moreno, Sasha Calle, Kyle Chandler, Scott Adkins, Daisuke Tsuji.

Joe Carnahan continue son travail dans un univers d'hommes où la testostérone joue un rôle important. Il est question de récupérer une somme d'argent dans une cache. Un groupe de policier mené par Matt Damon y va, mais la somme trouvée est beaucoup plus importante que prévu. Ce qui fait réfléchir les différents policiers sur le devenir de cet argent. Les propriétaires putatifs interviennent. Ainsi que des gens qui s'y intéressent de près et souhaitent retrouver ce pactole. Sur cet enjeu se greffent des agendas cachés que nous découvrons progressivement.

Joe Carnahan signe un scénario brillant. Par contre le film ne l'est pas particulièrement, même si la qualité de l'intrigue tient le spectateur jusqu'au bout. Après une intrigue très travaillée, les échanges de feux dans le dernier quart, ainsi que le final avec des poursuites en voiture qui sont poussives, le film change et perd son esthétique, son  hui-clos, et devient routinier.

poster du film Bande-annonce The Rip

dimanche 1 mars 2026

Ida (1h22, 2013) de Pawel Pawlikowski

Avec Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska, Dawid Ogrodnik, Jerzy Trela, Adam Szyszkowski, Halina Skoczynska, Joanna Kulig, Dorota Kuduk.

Nous sommes dans les années soixante en Pologne. Il s’agit de l’histoire d’Ida, sur le point d’entrer dans les ordres dans le couvent où elle vit depuis qu’elle lui a été confiée. Elle pensait être orpheline, mais elle découvre une tante, qui lui explique qu’elle est juive, que sa famille a été tuée pendant la Seconde Guerre. Elle part avec sa tante à la recherche de cette histoire et va remuer le passé avec sa tante. Elles découvriront une réalité. Cela l’aidera à décider si elle rentre au couvent, ou pas.

Pawel Pawlikowski a fait des choix brillants : format 4/3, images en noir et blanc, avec des images très composées, ce qui donne par moment des plans de toute beauté. Ensuite il sait manier l’art de l’ellipse à merveille : le passage d’un plan à un autre permet au spectateur de deviner les changements entre les deux. La compréhension d'une information sans que ce soit dit, mais que nous comprenons et qui influence grandement la motivation d'un des personnages. Pawel Pawlikowski dispose d'une grande maitrise du montage et de l’ellipse. L'histoire est racontée par l'enchainement des plans, et pas une voix off ou par des dialogues des personnages. Du grand Art.

poster du film Bande-annonce Ida

samedi 28 février 2026

Je Ne Suis Pas Votre Nègre (I Am Not Your Negro,1h33, 2016) de Raoul Peck

Documentaire puissant de Raoul Peck sur James Baldwin, contemporain de Malcolm X, Martin Luther King ou Medgar Evers, qui luttaient tous les trois, chacun à sa manière, pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis d’Amérique. Tous les trois ont été assassinés. James Balwin écrivait un livre sur le racisme structurel et la condition des Noirs.

Le film de Raoul Peck est articulé autour d’interviews de James Baldwin, avec un montage séquences permanent avec les images et photos d’actualité. C’est très efficace et questionne avec puissance le sujet. Et c’est là où le film est en quelque sorte choquant: bien que tourné en 2016, il montre que les choses n’ont pas changé entre les années cinquante, 2016, et ne nos jours (2026)...

Il rappelle que la violence est consubstantielle à un état qui s’est construit sur le génocide d’un continent.

 poster du film Bande-annonce Je ne suis pas votre nègre

vendredi 27 février 2026

L'Attachement (1h46, 2024) de Carine Tardieu

Avec Valeria Bruni Tedeschi, Pio Marmaï, Vimala Pons,  Raphaël Quenard

Curieux film. Les personnages sont mal écrits : ils ne suscitent aucune empathie, mais de la moquerie. Cela se veut sensible, mais cela est pleurnichard. Le scénario ne prend pas son temps pour installer et caractériser les personnages. Les articulations dramatiques vont trop vite. Nous nous moquons de ce qu'il arrive. Il ne suffit pas de geindre ou pleurer pour susciter l'empathie. Et hop, la voisine meurt. Son mari tombe amoureux de la voisine. Puis tombe amoureux d'une doctoresse. Son fils n'est pas son fils.  Il se marie avec la doctoresse. Mais finalement il ne l'aime pas. Tout cela est d'un ennui. Ce film fait penser à des fictions télévisuelles bas de gamme, où les relations entre les personnages sont caricaturales, prévisibles et risibles. 

L'art de l'ellipse est au cœur de l'expérience cinématographique. Ici les articulations sont cousues de fil blanc, ne suscitent aucune interrogation du spectateur. Le spectateur joue à deviner ce qui va suivre et s'amuse des articulations qu'il a souvent devinées.

Quel est le message de ce film ? Qu'une féministe qui a fait le choix du célibat est capable d'humanité, c'est-à-dire d'aimer un petit garçon ? Que les féministes fument et sont alcooliques ? Il n'y a pas un plan où Valeria Bruni Tedeschi ne boit pas et ne fume pas. Il y a peu de choses à sauver de cet ensemble de choses confuses et sans fil conducteur. À moins que ce soit un film qui souhaite insulter les féministes ?

Nous sauverons de ce naufrage l'interprétation de Valeria Bruni-Tedeschi dont la prestation rentrée lui évite le ridicule. Ainsi que l'énergie de Vimala Pons qui par son dynamisme, donne un peu de lumière à cet ensemble mièvre.

poster du film Bande-annonce L'Attachement 

jeudi 19 février 2026

Sirat (1h55, 2025) de Oliver Laxe

Avec Sergi López, Bruno Núñez Arjona, Stefania Gadda, Joshua Liam Herderson, Richard 'Bigui' Bellamy, Tonin Janvier, Jade Oukid, Ahmed Abbou.

Bel exercice, beau travail pour produire un climat poignant à la limite du fantastique, avec cette progression dans le désert et ses annonces de guerre ailleurs à la radio. L'ambiance est est phénoménale, entre la musique la rave dans le désert au début, puis cette course en avant des camions dans le désert, puis cette séquence d'anthologie avec le champ de mines.

L'histoire est racontée par le montage et la progression des séquences. Cela commence par un père et son fils à la recherche de la sœur, peut être présent dans une rave dans le désert. Le film semble situé au Maroc et évolue vers la Mauritanie. La recherche de la sœur les amène à suivre deux camions qui vont rejoindre une autre rave dans le désert. Débute alors une course dans le désert. Et des moments et des situations problématiques, telles que comment manger, comment boire, comment traverser un cours d'eau, ou comment trouver du carburant pour les camions. Le père et le fils partent dans une aventure qui changera leur vie à jamais.

Les personnages de la caravane sont très attachants et interprétés avec subtilités. 
Le film n'est pas sans rappeler le Sorcerer (1977) de William Friedkin par sa tension, son nihilisme, voire sa musique. Mais aussi par l'obsession du personnage, retrouver sa fille, coute que coute, avec les conséquences que le film montre. Avec une séquence d'anthologie, dans le dernier quart, lorsqu'ils doivent faire à pied une partie du trajet... 

poster du film Bande-annonce Sirāt 

dimanche 15 février 2026

My Summer Of Love (1h26, 2004) de Pawel Pawlikowski

Avec  Natalie Press, Emily Blunt, Paddy Considine, Dean Andrews, Michelle Byrne, Paul Antony-Barber.Lynette Edwards, Kathryn Sumner.

Très beau film, subtil, qui raconte les interactions entre deux jeunes femmes qui se rencontrent pendant l'été au Royaume-Uni. Une est riche, cultivée, joue du violoncelle, passe ses vacances avec ses parents, et a perdu sa sœur. L'autre, pauvre, orpheline, qui vit avec son frère, anciennement violent et alcoolique, mais nouvellement converti par sa rencontre avec Jésus.
L'apprentissage de l'autre, en tout cas de ce que l'on raconte à l'autre, les balades, le partage des frustrations, l'observation des adultes, créent une relation forte entre elles. L'histoire se terminera avec une forme de libération pour l'une d'elles, et une confirmation de névroses pour l'autre. Les interactions entre les différents personnages et les progressions sont telles qu'il est difficile de deviner précisément les scènes qui vont suivre et comment leur relation va évoluer, y compris  les surprises dans le dernier quart du film. Un film subtil et dense, très bien servi par ses deux actrices.
 
poster du film My Summer of Love