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dimanche 8 août 2021

Dr. Folamour ou : Comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe ! (1964, 1h35) de Stanley Kubrick

Avec Peter Sellers, George C. Scott, Sterling Hayden, Keenan Wynn, Slim Pickens, Peter Bul, James Earl Jones, Tracy Reed, Jack Creley, Frank Berry, Robert O'Neil.

Revoir cette comédie noire est toujours particulier. L'ensemble des personnages sont fous (Sterling Hayden, Peter Sellers en Docteur Strangelove) ou débiles (George C. Scott, Keenan Wynn, Slim Pickens), sauf peut être le Group Captain Mandrake et le président des USA, tous deux interprétés par Peter Sellers.

Mais Stanley Kubrick traite tout cela avec un sérieux extrême, avec une multitude de détails et de précisions. Ce qui rend le film passionnant et bien sûr ironique. La farce fonctionne parfaitement.

Par moment ce n'est pas très fin: l'interprétation de George C. Scott est surlignée par le montage à la limite de l'exagération (il y a quelques plans de trop).

Les éléments techniques prédominent et empêchent de rentrer dans le film, ou plutôt nous en font sortir: par exemple le style reportage avec la caméra en mode reportage pendant l'attaque de la base par les troupes américaines: la bascule dans un style reportage en extérieur alors que le reste est en studio dans des bureaux jure un peu et sort le spectateur du film.

Mais l'ensemble reste jubilatoire.

DR FOLAMOUR - BD [Blu-ray]

mardi 25 décembre 2018

Full Metal Jacket (1987) de Stanley Kubrick

Avec Matthew Modine, Arliss Howard, Vincent D'Onofrio, R. Lee Ermey, Adam Baldwin, Dorian Harewood, Kevyn Major Howard, Ed O'Ross, John Terry, Kieron Jecchinis, Marcus D'Amico, Jon Stafford, Herbert Norville, Sal Lopez, Kirk  Taylor, Papillon Soo Soo.
Full Metal Jacket - Édition Spéciale
Aborder Full Metal Jacket n'est pas simple. Le film est découpé en trois parties: l'entrainement des Marines; l'arrière-plan de la guerre au Vietnam; le combat contre un sniper vietnamien qui met à mal tout un peloton.
L'entrainement est lourdingue et la jubilation de Stanley Kubrick devant les grimaces de ses acteurs est à son comble. Cette partie est vite comprise par le spectateur et dure un peu longtemps. Et surprends aussi par sa conclusion invraisemblable et déroge aux parties-prix documentaires du reste du film (le dérèglement du soldat Baleine qui finit par abattre son instructeur; au passage, beau travail de grimaces de Vincent D'Onofrio). Rien d'extraordinaire dans cette partie.
La deuxième partie, anecdotique et tragi-comique, est la vie de soldats planqués (des journalistes). Elle permet d'en savoir un peu plus sur le soldat Joker. Mais comme tous les personnages chez Stanley Kubrick, aucun ici ne suscite l'empathie.
Décors extraordinaire par contre dans la dernière partie. Où un travail de mise en scène impressionnant est à l’œuvre. Les progressions des soldats dans les ruines sont des moments formidables de mises en scène. Et la saveur de cette partie vient aussi de la révélation sur le tireur d'élite embusqué, qui est une soldate vietnamienne, pirouette ironique face à ces soldats misogynes.
L’œuvre reste faible sur sa musique. Il n'y a pas ici de musique qui favorise l’hystérésis des images. Il est vrai que la musique intradiégétique est très présente (chants militaires, musique à la radio). Mais nous ne sentons pas un travail de création associé.

Shining (1980) de Stanley Kubrick

Avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers, Barry Nelson, Philip Stone, Joe Turkel, Anne Jackson, Lia Beldam, Billie Gibson, Robin Pappas, Alison Coleridge, Jana Sheldon, Tony Burton, Barry Dennen, Lisa Burns, Louise Burns, Norman Gay.

ShiningRevoir Shining (il s'agit ici de la version européenne) permet de se remémorer le manque éléphantesque de subtilité du film. Tout y est surchargé. La musique. La direction d'acteur. Les chromos du film d'horreur (c'est un florilège: ils sont enfilés comme des perles). Le montage. Mais ce qui sauve le film est son prologue et son épilogue. Le générique d'ouverture est magnifique: beauté des images, beauté de la musique (avec quelques crissements  annonciateurs), séquence d'images qui avec la musique font monter la tension. Et l’épilogue avec le mur de photos et le recadrage sur une d'elles en particulier et l’extrême gros plan sur une des personnes de la photo. Épilogue qui permet d'ouvrir encore plus le questionnement de ce que l'on vient de voir. Et qui ne l'éclaircit pas du tout.
La geste du film est de dire: je vais vous faire peur, je vous fais peur, je vous avais dit que j'allais vous faire peur. C'est bien un film d'intellectuel, extrêmement calculé, et comme souvent chez Stanley Kubrick, sans aucune humanité. Le réalisateur s'est donné comme challenge de mettre tout ce qui est possible de clichés pour films d'Horreur et d’Épouvante. Et pendant la durée du film, tout y passe. Comme à son habitude, son film est un documentaire, mais ici sur le film d'Horreur en tant que genre connu en 1980 (si Stanley Kubrick réalisait son film en 2010 ou 2020 il faudrait y ajouter l'apport des documenteurs - il aurait été intéressant de voir comment le documentariste Kubrick aurait abordé ce sous-genre - et probablement des zombis, les deux sous-genres les plus développés de ces vingt dernières années).
Lors de cette nouvelle vision, ce qui saute aux yeux est le travail extraordinaire de Shelley Duvall, qui n'est pas dans la légèreté, loin de là, mais qui a fait ce que Stanley Kubrick lui demandait. Beaucoup plus que celui de Jack Nicholson, qui est efficace, mais sans surprise (il avait déjà tout dit cinq ans auparavant chez Milos Forman, i.e. Vol Au-Dessus d'Un Nid de Coucou, 1975). Mais aussi la formidable efficacité de l'ensemble. L'efficacité au cinéma est Stanley Kubrick.


lundi 24 décembre 2018

Barry Lindon (1975) de Stanley Kubrick

Avec Ryan O'Neal, Marisa Berenson, Patrick  Magee, Hardy Krüger, Steven Berkoff, Leon Vitali, Murray Melvin, Gay Hamilton, André Morell, Leonard Rossiter, Philip Stone, Ferdy Mayne, Mary Kean, Diana Koerner, Frank Middlemass, Arthur O'Sullivan, Godfrey Quigley, John Bindon.

Faut-il revoir Kubrick? Faut-il revoir Kubrick après 2001: L'Odyssée de L'Espace (1968), son chef-d’œuvre intemporel ? Barry Lindon nous enjoint à répondre "oui".
Barry LyndonBarry Lindon est un documentaire. La geste kubrickienne est bien à l’œuvre ici. La volonté documentariste de ce qui est montré (costumes, décors, rituels, musique, maquillages, us et coutumes) est ce qui rend le film le plus intéressant; cette recherche de réalisme. Qui était à l’œuvre sur 2001 aussi. Tout en étant très abstrait car chaque plan rappelle une toile de peinture où nous sentons la composition du peintre.
Les rituels. Les duels et leurs protocoles sont les parties les plus passionnantes.
Cet ensemble documentaire se déroule sur fond de misanthropie toute Kubrickienne: aucun des personnages n'est intéressant et nous nous réjouissons de chacun des malheurs qui leur arrivent. Aucun ne suscite l'empathie. Redmond Barry n'est pas un personnage très intéressant et sa chute est jubilatoire.
Grâce à sa qualité picturale, le film est aussi un beau livre d'images. L'utilisation de la lumière naturelle, en particulier les scènes illuminées à la bougie, tout comme les décors champêtres, ou les décors d'intérieur des différents nobles.
Nous rendons grâce au réalisateur de nous avoir épargné les multiples scènes de danses que certains nous auraient imposées. Elles sont en nombre limité, et c'est tant mieux.
Les introductions de séquences débutent par contre systématiquement  par un plan rapproché sur un personnage et qui est positionné dans un décor par un zoom arrière. Cela est fait souvent et casse l'énergie du film. Cela est trop mécanique, trop systématique.
La direction d'acteur (soit inexpressif, soit dans l'exagération avec grimaces) est phénoménale. Elle est même par moment subtile (voir l'extraordinaire scène où Redmond Barry rencontre la femme allemande seule avec son bébé et discutent de leurs solitudes - très belle scène entre Ryan O'Neal et Diana Koerner).
La musique joue un rôle important et contribue fortement à l'hystérésis des images.
Beau travail pour Stanley Kubrick qui est capable de réussir des abstractions (2001, Shining) comme des réalités, ce Barry Lindon.

lundi 19 novembre 2018

2001 : L'Odyssée De L'Espace (1968) de Stanley Kubrick

Avec Keir Dullea, Gary Lockwood, William Sylvester, Leonard Rossiter, Margaret Tyzack, Robert Beatty, Sean Sullivan, Daniel Richter.

Revoir 2001 L'Odyssée  de l’Espace reste une expérience. Et les partis pris de Stanley Kubrick restent forts avec le temps, et efficaces.
Le partie pris du réalisme: la gravité pour les mouvements, il n'y a pas de son dans l'espace, ou lorsqu'il n'y a pas de musique, mettre dans la bande-son ce qu'entend le personnage. Partis pris dans un contexte invraisemblable (le monolithe).
Un élément saute aux yeux: sa dimension comique. La dimension comique ressort franchement de cette nouvelle vision. Les singes avec leurs cris et gesticulations superposés à la musique de Gyorgy Ligeti est une association hilarante et osée. Pour ne pas dire inhabituelle et excentrique. Association introduisant le monolithe, élément de mystère de l'ensemble du film. Ou alors l'inexpressivité des acteurs et leurs grimaces qui en résultent, avec mouvements des yeux.
2001 : l'odyssée de l'espace - Warner Ultimate (Blu-ray)En fait c'est un film muet. Car il contient peu de dialogues (qui sont d'ailleurs insipides). Car il y a peu de son, notamment dans les scènes de l'espace (nous comprenons pourquoi Stanley Kubrick a poussé au maximum les bruits - respirations par exemple - ou la musique). Car il y a aussi l'exagération de l'interprétation des acteurs : dans le mutisme des acteurs qui font tous les efforts qu'ils peuvent pour ne rien exprimer sur leur visage (qui n'est pas comme l'exagération de l'interprétation dans Shining et les grimaces qui en résultent), mais aussi dans la voix d'hôtesse de l'air que prend l'ordinateur chaque fois qu'il parle.
Le design des vaisseaux et navettes reste d'actualité et semble avoir été pillé par bien des films de science-fiction qui ont suivi.
La stylisation de la Terre (qui est vraisemblablement un dessin) passe le temps et cette représentation de la terre, fonctionne. La nature de dessin ou peinture ressort pleinement. Pour une simple raison, c'est que lors du tournage il n'existait pas de photo de la terre vue de l'espace.
Du côté des personnages, ils n'ont rien de sympathique, y compris Keir Dullea, champion avec l'ensemble de la distribution de la froideur scientifique des personnages. Le seul paraissant humain est Hal, l'ordinateur, qui par son comportement (il perd la tête pourrions nous dire) provoque les incidents qui cadencent le voyage jusqu'à Jupiter.
Le film est baroque. Dans sa manière de rechercher l'effet en permanence. L'effet des singes avec la musique de Gyorgy Ligeti ou sur les astronautes sur la lune. La musique de Richard Strauss sur la station spatiale. Le foetus final qui regarde la Terre. Le contraste entre la vidéo reçue pour lui souhaiter son anniversaire et la non-réaction de Gary Lockwood. Ou encore le spationaute en combinaison dans l'appartement de style Louis XVI.
La musique est pensée comme un effet pour renforcer l'image. Souvent dans les transitions. Comme cette superbe pièce d'Aram Khatchatourian en introduction du chapitre sur le vaisseau vers Jupiter. Ou la musique de Gyorgy Ligeti dans la plongée de Jupiter et au-delà de l'Infini. Toutes les musiques contribuent à la beauté du film.
Cette musique fait partie de la mise en scène et de l’œuvre. Étonnant pour un film muet. C'est là le talent  de Stanley Kubrick: avoir créé un film muet dont la musique est consubstantielle.
Le film est expérimental. Et ce à plusieurs titres. Il est fondé sur l'expérience scientifique connue ou supposée: le fait qu'il n'y a pas de son dans l'espace; les effets de la gravité qui apparaissent dans de multiples plans. Le film est basé sur des technologies d'avant garde à l'époque de son tournage: l'utilisation d'ordinateurs pour le composer ou contrôler des mouvements de caméra. Le film explore de nouveaux moyens d'expression, sur les associations (musique, image), sur les ellipses entre les quatre parties.
La séquence finale (le dernier chapitre du film) est toujours plastiquement superbe. La revoir nous amène à essayer de comprendre sa progression. La genèse du fœtus y apparait clairement.
Une déception: est l'introduction de cette séquence finale, Jupiter et au-delà de l'infini: la plongée de Keir Dullea est mal mise en scène. Cette séquence de défilement pourrait résulter d'une plongée dans le monolithe. Le spectateur de comprend pas ce qui se passe; à tout le moins Kubrick aurait pu mieux travailler ce saut dans l’inconnu et le rendre plus lisible: quelle est sa relation avec le monolithe? Pour revenir à cette séquence, plastiquement superbe, dont la stylisation fonctionne toujours: mélange d'images qui donnent l'impression de sortir d'un ordinateur, avec du dessin animé ou des images de paysages retravaillées. Plus les inserts sur Keir Dullea (qui prépare les grimacent de Jack Nicholson dans Shining).