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samedi 4 décembre 2021

Sailor et Lula (Wild At Heart, 1990, 2h05) de David Lynch

Avec Nicolas Cage, Laura Dern, Willem Dafoe, J.E. Freeman, Crispin Glover, Diane Ladd, Calvin Lockhart, Isabella Rossellini, Harry Dean Stanton, Grace Zabriskie, Sherilyn Fenn.

David Lynch continue l'exploration de l'âme états-unienne, après Blue Velvet. Ici c'est Lula et Sailor, deux amoureux qui foncent, qui fuient en permanence. Personnages a priori hors la loi, mais qui sont poursuivis par en ensemble de monstres qui nous les rendent presque sympathiques: Diane Ladd dans le personnage de psychopathe; Willem Dafoe monstrueux physiquement et mentalement.

Le film est aussi brillant pour l'histoire d'amour entre Sailor et Lula qui est incarnée par leurs multiples relations sexuelles tout au long du film. Et d'ailleurs lorsqu’ils n'ont de relations sexuelles, c'est le début de la fin avec l'arrivée de Willem Dafoe: il et elle ne maitrisent plus leurs futurs.

Le film n'est pas sans évoquer Tueurs Nés de Oliver Stone qui sera réalisé quatre ans plus tard. C'est aussi une grande histoire d'amour avec des monstres qui tournent autour du couple principal et avec un message contre les médias pour Oliver Stone.

Quel est le message de David Lynch ? Peut-être est-il qu'il n'y a pas de place pour ceux qui ont un cœur sauvage dans l'Amérique ? Le personnage de Sailor et à la fois comique, ridicule et pathétique, mais attachant. Et parfaitement interprété par Nicolas Cage. D'ailleurs la bascule du personnage de Sailor est lorsqu'il commence à abandonner Lula, c'est-à-dire lorsqu'il commence à fréquenter Willem Dafoe, moment d'ailleurs qui n'est pas forcément réussi et semble un peu forcé ou plaqué par rapport à ce qu'on a vu avant du personnage de Sailor ; il se détourne subitement de Luna alors que pendant toute la durée précédente du film ce n'était jamais le cas. Cette bascule est le seul élément un peu raté du film, qui évidemment participe de l'arc dramatique, mais parait forcée.

Un des grands talents de David Lynch est bien évidemment sa direction d'acteur extrêmement subtile et notamment efficace avec cette distribution de haut vol avec Diane Ladd, Harry Dean Stanton ou J.E. Freeman.

  SAILOR ET LULA

lundi 1 novembre 2021

Blue Velvet (1986, 2h) de David Lynch

Avec Isabella Rossellini, Kyle MacLachlan, Dennis Hopper, Laura Dern, Hope Lange, Dean Stockwell, George Dickerson, Priscilla Pointer, Frances Bay, Brad Dourif, Jack Nance.

La geste artistique de David Lynch pour ce film consiste à montrer comment l'Amérique bien blanche bien-pensante bien propre cache ou masque un certain nombre d'éléments sombres sous-jacents à travers le personnage de Kyle MacLachlan qui en est fasciné, qui est attiré par ce versant déviant, mais aussi au travers du personnage de Laura Dern qui est aussi fasciné par des choses un petit peu cachées (et par Kyle MackLacklan lui-même). David Lynch résume cela avec son plan au début en zoomant dans l'herbe pour arriver à des insectes qui grouillent dans le sol. Ce n'est pas subtil. Et annonce ce qui suit.

C'est pour cela que nous avons de beaux plans et de belles photos de certaines maisons dans des rues verdoyantes, de belles voitures américaines. Et puis lorsque nous allons derrière dans le pré abandonné ou dans la nuit dans certains immeubles nous avons des éléments plus perturbateurs et très inhabituels dans des films étatsuniens: une oreille qui traine, le personnage d'Isabella Rossellini, le personnage de Dennis Hopper, Dean Stockwell et la troupe autour de lui.
Et donc dans ces éléments perturbateurs il y a de Dennis Hopper et tous ses acolytes qui composent des personnages outranciers,  mais que nous sentons à la limite de l'explosion sentimentale et de l’explosion de violence notamment à travers les larmes qui arrivent à leurs yeux de ses personnages lorsqu'il écoute certaines chansons (séquence démente et la plus intéressante du film). Les personnages en sont presque émouvants.
Dans les éléments qui marquent bien le film et contribuent intensément à son climat, nous avons la décoration et la musique, mais aussi les bruitages qui jouent un rôle clé dans l'atmosphère du film.
 
Le montage et les décours jouent les contrastes avec le côté blanc, lumineux d'un côté,  et le versant sombre, noir de l'autre (voir la décoration de l'appartement d'Isabella Rossellini). Nous apprécions aussi la nudité frontale qui est plutôt rare dans une production étasunienne avec à la fois Isabella Rossellini et Kyle MacLachlan qui ont des scènes de nu.
Évidemment la morale du film est un peu simple et nous montre qu’il y a un envers du décor. Ici l'envers du décor de la ville propre et de la bien-pensance américaine. Avec un exemple de plan où l'on voit un pompier et son camion, alors qu'on vient de voir un ensemble de choses plutôt horribles.

Blue Velvet [Blu-Ray]