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mercredi 3 janvier 2024

L'humanité (2h21, 1999) de Bruno Dumont

Avec Emmanuel Schotté, Séverine Caneele, Philippe Tullier, Ghislain Ghesquère, Ginette Allègre, Darius, Arnaud Brejon de la Lavergnee, Daniel Petillon.

Que dire de ce chef d’œuvre, de ce monument ? Le meurtre d'une petite fille, un policier, un couple d'amis. Les acteurs sont des non-professionnels, avec leurs manières, leurs lenteurs, leurs hésitations. Et il y a un canevas d'enquête policière très distendue avec en arrière-plan la vie quotidienne de certains individus : l'ouvrière, son amant chauffeur de bus, le policier, la mère du policier, le chef du policier. Mais aussi les décors, les rues, la mer, qui constituent presque des personnages à part entière en étant des constitutifs impératifs de cette enquête. Le film contient beaucoup de paysages, regardés par les protagonistes, et surtout par notre policier enquêteur, amoureux caché de Séverine Caneele. C'est un autre canevas dramatique du film : Emmanuel Schotté est attiré par Séverine Caneele. Et enfin, notre policier est aussi attiré par les odeurs, par le toucher. D'où ces étonnants moments où il caresse ou sent des suspects.

Nous comprenons pourquoi David Cronenberg et son jury ont donné les palmes d'interprétation à Emmanuel Schotté et Séverine Caneele. Ils ont beau être des acteurs amateurs, leur performance est extraordinaire.

Les personnages marchent beaucoup chez Bruno Dumont. Ils marchent beaucoup, et ils attendent beaucoup aussi. Ils font penser à ceux de Takeshi Kitano, qui marchent aussi énormément dans ses films.

Bruno Dumont n'hésite pas à monter des sexes, c'est à dire des scènes de sexe, mais aussi un sexe, celui de son personnage féminin principal, ou de sa doublure doublure, peu importe. Ainsi que celui de la petite fille assassinée. Mais il n'hésite pas à montrer un personnage en suspension, scrutateur de l'horizon (la suspension est une figure qui revient régulièrement dans les films de Bruno Dumont).

Cette humanité, ces humains simples, dont les préoccupations sont peu nombreuses, travailler, se promener, attendre, sont les éléments fondamentaux du cinéma de Bruno Dumont. Il n'est pas besoin ici d'activité extraordinaire, de super-humains, de complots complexes, pour raconter une histoire, qui n'est pas simple elle, mais d'une densité étonnante grâce à ces acteurs.

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dimanche 10 septembre 2023

France (2h13, 2021) de Bruno Dumont

Avec Léa Seydoux, Blanche Gardin, Benjamin Biolay, Emanuele Arioli, Juliane Köhler, Gaëtan Amiel, Jawad Zemmar, Marc Bettinelli, Lucile Roche.

Bruno Dumont nous conte l'histoire d'une journaliste de télévision et présentatrice. Pour nous montrer l'envers du décor, les schémas de fonctionnement de ces journalistes, leur manque d'humanité, la mise en scène, leur égoïsme malgré la vitrine qu'ils présentent. Mais aussi le personnage de Léa Seydoux, qui porte le film, que Bruno Dumont peint avec ses contradictions, ses complexités, ses états d'âme changeants. Ce qui rend le personnage presque attachant, pas du tout monolithique, que nous spectateurs ne pouvons pas juger compte tenu du nombre de contradictions du personnage.

Le mélange d'acteurs professionnels avec des acteurs amateurs fonctionne parfaitement et donne un ancrage réel qui donne de la densité au sujet.

Nous pouvons juste reconnaître que les ficelles sont grosses : le film est dénué de subtilité. C'est toujours le cas chez Bruno Dumont. Mais le coup de l'ordinateur portable posé sur la manette qui fait entendre le commentaire off est vraiment un truc de scénariste pas crédible une seconde. Ce qui pénalise l'ensemble du film.

À noter que toutes les scènes de Léa Seydoux avec son mari, Benjamin Biolay, sont les plus réussis du film, que ce soit les scènes du couple ou en groupe avec d'autres personnes.

Au total Bruno Dumont fait bien passer ses messages, ses critiques, tout en conviant une réflexion où tout n'est finalement pas noir ni blanc.

France

lundi 13 juin 2016

Ma Loute (2016) de Bruno Dumont

Avec Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valeria Bruni Tedeschi, Jean-Luc Vincent, Brandon Lavieville, Raph, Didier Despres, Cyril Rigaux, Laura Dupré, Thierry Lavieville, Lauréna Thellier, Manon Royère, Caroline Carbonnier, Fabrice Jolie.

Cette Loute rappelle beaucoup le Quinquin. Des disparitions. Un couple de policiers burlesques. Des autochtones aux visages immédiatement reconnaissables. Les paysages.
Dumont rajoute ici des éléments de fantastiques et d'horreur que l'on pourrait trouver chez un Eli Roth ou plutôt un George Romero pour le côté "social".
ma loute - PosterMais aussi un peu de musique extra diégétique. Et surtout des acteurs professionnels, et non des moindres, très typés, dont Fabrice Luchini et Juliette Binoche.
Il y a une histoire d'ambiguïté sexuelle avec le personnage de Billie, sous  intrigue à elle seule qui donne aussi du sel à l'ensemble.
Les acteurs professionnels sont poussés à l'extrême,  comme des acteurs poussés chez un Stanley Kubrick (par exemple Shelley Duvall dans Shining ou George C. Scott dans Docteur Folamour).
Pour trouver le vrai? Ou pour tordre leurs tics ou casser leur image: Luchini, tordu, bossu, Binoche  surjouant à l'extrême telle une actrice de théâtre de boulevard faisant son spectacle en roue libre.
Les amateurs sont eux beaucoup plus dans la retenue, main uniquement dans l'interprétation, car ils sont eux dans l’excès à travers ce qu'ils font.
On retrouve cette manière de mélanger l'horreur et l'ironie comique de P'tit Quinquin. Comique burlesque. Horreur, tellement énorme qu'elle en devient comique. Et le film flirte avec des éléments fantastiques de bon aloi sur la fin.
Le film peut aussi être vu comme un film politique, sans prendre parti, car que ce soit les pauvres ou les bourgeois, ils sont tous dégénérés et antipathiques. Les seuls qui semblent normaux sont les deux policiers, qui enquêtent, semblant débiles, mais finalement qui arrivent à converger vers les coupables! Et même forts sympathiques, et qui essayent de mettre du rationnel dans cette histoire et cet environnement détraqués.  Qui d'ailleurs finissent par se détraquer et planer eux même.
De multiples fragments et niveaux de lecture pour cette œuvre originale.

lundi 22 décembre 2014

P'tit Quinquin (2014) de Bruno Dumont

Avec Alane Delhaye, Lucy Caron, Bernard Pruvost, Philippe Jore, Philippe Peuvion, Lisa Hartmann.
 
Comment ne pas penser aux séries policières étasuniennes en visionnant cette série télévisée française à la sauce Dumont. Le génie de P'tit Quinquin est de rendre ridicule et in-regardable les séries policières télévisuelles. Ici le mentalist est un policier dont le visage couvert de tics est lui même une dramaturgie. Les personnages possèdent tous une aura mystérieuse tant leur interprétation hésite entre le grotesque et le sublime (partiellement volontaire), et ceci sans utilisation d'un flash-back granuleux en noir et blanc ou pas par l’utilisation d'une musique pléonastique lourdingue pour faire comprendre au spectateur que brrrrr... là attention c'est mystérieux.
Le génie du film est aussi d'aller à contre-courant (mais c’est aussi le système Dumont): pas de musique extra diégétique (sauf sur les dernières images), pas de découpage cut, pas de montage séquence, pas de costumes dignes d'un défilé de mode, pas d'acteur ou d'actrice top model ou qui pourrait sortir d'une publicité pour dentifrice, pas de poursuite en voiture ou de cascade (quoi que: il y en a une!), pas de décors de studio (beaucoup de décors naturels).
Le système Dumont fonctionne encore grâce a cette commande d'Arte et surtout lui permet de se renouveler. On se prend à rêver d'un James Bond par Dumont!