dimanche 7 janvier 2024

Alad'2 (1h38, 2018) de Lionel Steketee

Avec Kev Adams, Jamel Debbouze, Vanessa Guide, Eric Judor, Ramzy Bedia, Noémie Lenoir, Wahid Bouzidi, Isabelle Nanty, Gérard Depardieu, Jean-Paul Rouve.

Cette suite au film d'Arthur Benzaken (Les nouvelles aventures d'Aladin, 2015) est ratée. Elle manque d'ampleur visuelle. Ici la mise en scène est pensée pour la tablette ou l'ordiphone et pas pour la salle de cinéma. Les plans sont plus rapprochés, les personnages sont moins pensés dans le cadre. Ce film-là fait plus penser à des séquences de spectacles de télévision ou de court métrage pour clip vidéos sur internet.

Le scénario (toujours Daive Cohen crédité) manipule moins de personnages que le premier de série et ne semble construit que comme prétexte à des performances de Jamel Debbouze. Jamel Bebbouze est beaucoup trop présent et son personnage déséquilibre le film : Aladin est devenu un personnage secondaire, voire un figurant. Jamel Debbouze fait son show, très bien, mais ne sert pas le film. D'ailleurs, chaque séquence prise individuellement est sympathique, voire efficace sur le plan comique, mais agrégées elles ne donnent pas à l'ensemble une cohérence de démarche, une sensation de tout. Un exemple : le gag du voyage dans l'espace et le temps où ils croisent Christophe Colomb, est une bonne idée, mais sans intérêt pour l'ensemble du film. Il y a beaucoup de bonnes idées prises individuellement, mais il n'y a pas de direction artistique de l'ensemble.

 Alad'2

samedi 6 janvier 2024

Les Nouvelles Aventures D'Aladin (1h47, 2023) de Arthur Benzaquen

Avec Kev Adams,  Jean-Paul Rouve,  Vanessa Guide, William Lebghil, Audrey Lamy, Arthur Benzaquen, Eric Judor, Michel Blanc, Ramzy Bedia, Nader Boussandel, Fatsah Bouyahmed, Laouni Mouhid.

Arthur Benzaquen et son équipe technique composent un film ample et spectaculaire, où chaque plan recèle une idée saugrenue sans qu'elle perturbe la ligne du scénario. Le film est abondant en personnages, qui sont bien écrits et bien campés. Jean-Paul Rouve, Vanessa Guide, Audrey Lamy, Eric Judor, Michel Blanc, Kev Adams, bref toute la ménagerie est parfaite. Sans oublier Arthur Benzaquen lui-même.

La séquence de la caverne avec les carrelages musicaux est une excellente idée et pastiche avec malice Indiana Jones. Les tapis volants sont parfaits, grâce au numérique. C'est rythmé. C'est spectaculaire. Et c'est amusant. C'est une réussite dans le genre.

Kev Adams est le héros insouciant et vénal. Jean-Paul Rouve en méchant qui sait qu'il est méchant. Vanessa Guide et Audrey Lamy composent des personnages qui apportent malice et rebondissements. L'ensemble de la distribution contribue de manière équilibrée aux pérégrinations d'Adalin Kev Adams, qui n'est pas le personnage le plus intéressant, mais heureusement, tous les autres personnages le sont, avec leurs humours et leur contribution à l'histoire.

 Les Nouvelles Aventures d'Aladin [Blu-Ray]

mercredi 3 janvier 2024

L'humanité (2h21, 1999) de Bruno Dumont

Avec Emmanuel Schotté, Séverine Caneele, Philippe Tullier, Ghislain Ghesquère, Ginette Allègre, Darius, Arnaud Brejon de la Lavergnee, Daniel Petillon.

Que dire de ce chef d’œuvre, de ce monument ? Le meurtre d'une petite fille, un policier, un couple d'amis. Les acteurs sont des non-professionnels, avec leurs manières, leurs lenteurs, leurs hésitations. Et il y a un canevas d'enquête policière très distendue avec en arrière-plan la vie quotidienne de certains individus : l'ouvrière, son amant chauffeur de bus, le policier, la mère du policier, le chef du policier. Mais aussi les décors, les rues, la mer, qui constituent presque des personnages à part entière en étant des constitutifs impératifs de cette enquête. Le film contient beaucoup de paysages, regardés par les protagonistes, et surtout par notre policier enquêteur, amoureux caché de Séverine Caneele. C'est un autre canevas dramatique du film : Emmanuel Schotté est attiré par Séverine Caneele. Et enfin, notre policier est aussi attiré par les odeurs, par le toucher. D'où ces étonnants moments où il caresse ou sent des suspects.

Nous comprenons pourquoi David Cronenberg et son jury ont donné les palmes d'interprétation à Emmanuel Schotté et Séverine Caneele. Ils ont beau être des acteurs amateurs, leur performance est extraordinaire.

Les personnages marchent beaucoup chez Bruno Dumont. Ils marchent beaucoup, et ils attendent beaucoup aussi. Ils font penser à ceux de Takeshi Kitano, qui marchent aussi énormément dans ses films.

Bruno Dumont n'hésite pas à monter des sexes, c'est à dire des scènes de sexe, mais aussi un sexe, celui de son personnage féminin principal, ou de sa doublure doublure, peu importe. Ainsi que celui de la petite fille assassinée. Mais il n'hésite pas à montrer un personnage en suspension, scrutateur de l'horizon (la suspension est une figure qui revient régulièrement dans les films de Bruno Dumont).

Cette humanité, ces humains simples, dont les préoccupations sont peu nombreuses, travailler, se promener, attendre, sont les éléments fondamentaux du cinéma de Bruno Dumont. Il n'est pas besoin ici d'activité extraordinaire, de super-humains, de complots complexes, pour raconter une histoire, qui n'est pas simple elle, mais d'une densité étonnante grâce à ces acteurs.

 L'Humanité [Blu-Ray]

lundi 1 janvier 2024

Le Remède A L'Oubli (Znachor, Forgotten Love, 2h20, 2023) de Michal Gazda

Avec Leszek Lichota, Maria Kowalska, Ignacy Liss, Anna Szymanczyk, Izabela Kuna, Mikolaj Grabowski, Miroslaw Haniszewski, Artur Barcis, Jaroslaw Gruda, Malgorzata Mikolajczak.

Film en costumes, nous sommes au début du XXe siècle en Pologne, où un médecin réputé devient amnésique et se retrouve sans domicile fixe itinérant dans le pays, et qui aide les petites gens - il sait ce qu'il faut faire, mais ne sait pas pourquoi, il ne se rappelle pas qu'il est médecin -. Son passé reviendra progressivement à travers sa fille, et ses anciens collègues. Les deux scénaristes, Marcin Baczynski et Mariusz Kuczewski, ont réalisé du bon boulot à partir du roman de Tadeusz Dolega-Mostowicz.

Il est dur de critiquer un tel film : la forme est le standard Netflix, mais le film prend sa substance à travers ses personnages et ses acteurs et un scénario qui présente des éléments de lutte des classes. Car il soigne les pauvres, les paysans. Mais il est empêché de pratiquer. L'intrigue tourne autour de sa fille qui noue une relation avec un riche.

Nous retiendrons le personnage de Anna Szymanczyk, femme qui accueille le médecin amnésique dans son moulin, femme forte qui maîtrise son destin. Ainsi que Leszed Lichota, dans le rôle du médecin, qui est aussi mémorable même s'il sombre régulièrement dans le mélodrame peu subtil.

Le film se termine par un tribunal, car il est accusé de pratiquer la médecine sans autorisation. Nous ne divulgâcherons pas l'issue. Mais tous les arcs dramatiques convergeront vers le même point.

 Le Remède à l'oubli - Film (2023) - SensCritique

Le Coup Du Siècle (The Hustle, 1h33, 2019) de Chris Addison

Avec Anne Hathaway,  Rebel Wilson, Alex Sharp, Tim Blake Nelson, Timothy Simons, Douggie McMeekin.

Chris Addison vient de la série pour la télévision pour mettre en scène le scénario de Dale Launer, Stanley Shapiro et Paul Henning, retravaillé par Jac Schaeffer. Car il s'agit d'une adaptation du scénario du film Dirty Rotten Scoundrels mis en scène par Frank Oz en 1988. Adaptation où le duo de Steve Martin et Michael Cain est remplacé par Rebel Wilson et Anne Hathaway.

Le film emporte la mise grace à Rebel Wilson, mélange de vulgarité et de naïveté, d'audace et d'improvisation, dans un univers d'arnaqueurs où le duo constitué par Anne Hathaway et Rebel Wilson, arnaqueuses professionnelles, collectionne les gogos remplis d'argent, quelles cherchent bien sûr dans des lieux touristiques pour personne très riche. Le coté mode opératoire fonctionne très bien : la maîtresse, Anne Hathaway forme l’élève Rebel Wilson  sur la manière de faire cracher l'argent à des hommes. Puis par une pirouette elles se lancent un défi et s'affrontent en se focalisant sur la même victime. Pour ensuite être surprises dans un univers ou tout le monde ment à sa manière. Et où un pigeon se révèle de manière inattendue. L'énergie et la complémentarité du duo fonctionne parfaitement.

Le Coup du siècle

mercredi 27 décembre 2023

Chien De La Casse (1h33, 2023) de Jean-Baptiste Durand

Avec Anthony Bajon, Raphaël Quenard, Galatéa Bellugi, Dominique Reymond, Bernard Blancan, Nathan Le Graciet, Mélanie Martinez, Mike Reilles, Mathieu Amilien, Evelina Pitti.

Voici une belle surprise. Histoire d'amitié entre deux copains d'enfance, qui vivent de petits traffics. L'un est mutique et parle peu (Anthony Bajon), l'autre (Raphaël Quenard) est cultivé, parleur et occupe l'espace, et harcèle son copain d'enfance, qui est consentant. Jean-Baptiste Durand arrive à rendre ces personnages émouvants, en tout cas humains. Il ne les juge pas. Il montre à travers leurs comportement leur mal être plus profond.

Cette petite harmonie de duo de copain va évoluer suite à la rencontre d'une jeune femme dont l'un d'eux tombe amoureux. Et suite aussi à des histoires avec les fournisseurs de drogue.
Ce sont des personnages seuls. Nous les suivont dans leurs routines quotidiennes, entre les habitants du village, la mère de l'un, les copains, les fournisseurs pour le petit traffic qu'ils font.
Cela se déroule au soleil (région du Languedoc) mais se déroule de nuit ou alors la photo assombri par des choix de tons qui n'évoquent pas une région ensoleillée. Car il s'agit d'un drame, dont il est difficile de deviner la progression alors qu'il est facile de deviner les séquences qui suivent.
A noter aussi une bonne utilisation de la musique, peu présente compte tenu du choix de naturalisme, mais qui densifie les images.
Chien de la Casse

mardi 26 décembre 2023

Vers Un Avenir Radieux (Il sol dell'avvenire, 1h35, 2023) de Nanni Moretti

Avec Nanni Moretti, Margherita Buy, Silvio Orlando, Barbora Bobulov, Mathieu Amalric, Jerzy Stuhr, Zsolt Anger, Teco Celio, Francesco Brandi, Valerio Da Silva, Michele Eburnea.

La grande qualité du film est l'enchevêtrement de plusieurs arcs dramatiques : un réalisateur doit gérer son film et ses acteurs, mais aussi sa femme qui est productrice et son couple qui est en question, sa fille, qui présente son amant, le réalisateur du film que sa femme produit, film dans un style très différent du sien. Et enfin il doit gérer ses producteurs, dont le premier est  français, Mathieu Amalric, jusqu'à des coréens, en passant par la séquence hilarante des producteurs de Netflix.

Le réalisateur est bien sûr interprété par Nanni Moretti, de toutes les scènes. Ce qui peut être irritant, mais qui fonctionne car Nanni Moretti parsème son film de dérapages visuels : la balade en trottinette pour les repérages, les chorégraphies de danse où le film bascule subitement en comédie musicale.

Au total le film est un show Moretti autour de ses obsessions, avec le charme de l'imbrication de ces différentes histoires qui gravitent autour de lui. Ses thuriféraires seront en pâmoison, ceux qu'il énervent seront le seront à 100%.
 
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mercredi 20 décembre 2023

Solo (1h23, 1970) de Jean-Pierre Mocky

Avec Jean-Pierre Mocky, Sylvie Bréal, Anne Deleuze, Denis Le Guillou, René-Jean Chauffard, Marcel Pérès, Éric Burnelli, Alain Fourès, Henri Poirier, Christian Duvaleix, Rudy Lenoir, Roger Lumont, Dominique Zardi.

Solo raisonne curieusement contemporain dans sa thématique. La traque de jeunes militants d'extrème gauche qui commettent des attentats contre la bourgeoisie financière et en collectif : ils massacrent littéralement une dizaine de personnes. Le film a été tourné peu de temps après 1968, mais cette thématique est encore vivace. Ils sont traqués par la police, et par Jean-Pierre Mocky lui même, parfait dans le personnage, et avec beaucoup de charisme (il avait proposé le rôle à Jean-Paul Belmondo et Alain Delon, qui ont refusé, il l'a donc fait lui même), qui est le frère de l'un d'eux, mais lui est voleur de bijoux de gens riches, plutôt que de tuer, il vole.

Jean-Pierre Mocky construit une histoire où il se retrouve à aider son jeune frère qui fait partie de ces militants. Le film contient des lignes de dialogues brillantes et qui sonnent très modernes, notamment pour toute les scènes entre Jean-Pierre Mocky et Anne Deleuze seule femme militante du groupe de terroristes.

Comme d'habitude Mocky construit une histoire où tout va très vite, sans plan inutile, sans seconde inutile où de multiples poursuite s’enchevêtrent : Jean-Pierre Mocky essai de retrouver son frère avant la police, Anne Deleuze essai de prévenir le groupe qui essai de se regrouper, pendant que la police progresse et se rapprochent d'eux. Tout ceci est parfaitement entremêlé par les scénaristes Jean-Pierre Mocky et Alain Moury.
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Mad Heidi (1h32, 2022) de Johannes Hartmann et Sandro Klopstein

Avec  Alice Lucy, Max Rüdlinger, Casper Van Dien, David Schofield, Kel Matsena, Almar G. Sato, Pascal Ulli, Kaspar Weiss, Katja Kolm,  Rebecca Dyson-Smith.

Mad Heidi, le film, est un peu dingue. Appréhender un tel film est délicat. Tout est dans l'exagération. Mais les acteurs ne ménagent pas leur peine, pour servir une histoire délirante qui mélange hagiographie fromagère, dictature anti intolérance au lactose, dictature politique, zombies et gore, et éléments sexuels (d'une vulgarité franche).

Revoir Casper Van Dien, dans le rôle d'un dictateur de la Suisse est une bonne idée, et il a l'air de bien s'amuser.

Le rythme est malheureusement un peu mou. Le film est rempli d'idées, mais l'enchaînement est un peu poussif, voire appuyé. Dix minutes de moins, en coupant quelques secondes pour toutes les scènes, auraient bénéficié au film. Le film n'a pas bénéficié par contre de moyens importants, en particulier de tartine de CGI porn, ce qui fait que si l'on regarde dans le coin des images nous percevons cette absence de moyens : derrière la foule nous voyons très vite qu'il y a peu de monde par exemple. Mais c'est aussi ce qui donne son charme à cet exercice.

La déception vient aussi de l'affiche : Heidi devient folle et vengeresse à la fin du film. Nous imaginons qu'il y aura une suite. Mais le film aligne néanmoins depuis le début son lot de délires et ceci de manière continue. Il est clair qu'il y a une croyance de Johannes Hartmann et Sandro Klopstein dans une forme de spectacle où exagérations croisent clins d’œil historiques et films de genre.

Mad Heidi


mardi 19 décembre 2023

L'Homme Qui A Vendu Sa Peau (1h44, 2020) de Kaouther Ben Hana

Avec Yahya Mahayni, Dea Liane, Koen De Bouw, Darina Al Joundi, Monica Bellucci, Christian Vadim, Wim Delvoye, Saad Lostan.

A travers sa conduite, son intrigue et le personnage principal, l'homme qui a vendu sa peau, le film évoque la création artistique et la précarité. Cet homme qui a vendu sa peau est interprété par Yahya Mahayni, qui est tout en subtilité. Nous comprenons ses motivations à travers ses comportements. Mais son personnage garde une part de mystère, ce qui maintient l'empathie et l'intérêt du spectateur. Il y des motivations très élémentaires : sauver sa peau d'immigré, retrouver un amour. Mais le personnages ajoute de petites touches qui font qu'il ne peut être réduit à ces deux motivations.

Le film pose une question intéressante à une époque où les tatouages sont généralisés. Ici, un artiste reconnu (Koen De Bouw, tout en ironie) tatoue le dos d'un immigrés syrien. Le tatouage est un passeport. L'oeuvre est le tatouage mais aussi la peau de l'individu tatoué. Il a un contrat où il doit se présenter à intervalle régulier à des expositions, où il est exposé lui même : il montre son dos. Puis il est vendu. Problématique de marchandisation de l'individu, qui peut être une métaphore pour d'autres problématique de marchandisation des corps. Un film subtile et riche de thèmes multiples.

L'homme qui a vendu sa peau

jeudi 7 décembre 2023

Avatar 2 : La Voie De L'Eau (Avatar : The Way Of Water, 3h12, 2022) de James Cameron

Avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver,  Stephen Lang, Kate Winslet, Cliff Curtis, Joel David Moore, CCH Pounder, Edie Falco, Brendan Cowell, Jemaine Clement, Jamie Flatters, Britain Dalton,  Trinity Jo-Li Bliss, Jack Champion, Bailey Bass, Filip Geljo, Duane Evans Jr.

James Cameron est il toujours le réalisateur qu'il était? Il adore les dessins-animés. C'est un bel exemple de dessin animé ici. Ce n'est pas notre genre favoris. Il a composé un catalogue de clichés du dessin animé pour la famille, pour petits et grands. Il manque juste deux éléments, qui ne se trouvent pas en général dans les dessins animés pour la famille : la saleté et la sexualité. Le film évoque certains film passés de James Cameron : Abyss bien sûr, Titanic, voire Aliens. Le western est aussi convié avec l'attaque du train. Nous répondons par l'affirmative : c'est un film de James Cameron.

Le film est prévisible par un ensemble de déjà vu, de poncifs, de clichés, tel les perles d'un collier enfilées une à une. Les méchants ne sont pas très méchants. Et ils sont très prévisibles. Le scénario gère par contre parfaitement sa multitude de personnages. Ce n'est pas un film choral, mais c'est tout comme.

Il faut reconnaître que ce dessin animé est un beau livre d'images. Dénué de saletés, de crasse, mais abîmé par les humains. Il faut reconnaître que les images de baleines sont sublimes. Il faut reconnaître que le message écologique est sympathique.

Il est quelque fois difficile de reconnaître un personnage tellement ils se ressemblent, que ce soit pour ceux de la terre ou ceux sur la mer. Cela rend difficile la lisibilité de certaines scènes tellement il y a de personnages. Franchise oblige, James Cameron n'y est pas allé de main morte tellement il y a de personnages. Mais cela ouvre une multitudes de possible pour les suites. En fait il s'agit d'une série-cinéma (pour ne pas dire série télé) qui regroupe ici trois ou quatre épisodes.

Avatar 2 : La Voie de l'eau Blu-Ray Bonus

Narappa (2h33, 2021) de Srikanth Addala

Avec  Venkatesh Daggubati, Priyamani, Rajeev Kanakala, Rakhi, Karthik Rathnam, Chaitra, Aadukalam Naren, Deepak Shetty, Shritej, Aravind, Ramaraju, Kadambari Kiran.

Voici un exemplaire du cinéma de Tollywood, film en telugu, dont le centre industriel est Hyderabad dans la région du Telangan.

Narappa est un père de famille qui se bat pour sauver sa terre, sa femme, ses enfants, ses sandales, sa dignité. Il est très résilient, jusqu'à ce que les méchants s'en prennent à ses enfants ou sa femme directement, et là il sort la serpe et se venge. Narappa est interprété par Venkatesh Daggubati, qui joue très bien le chien battu jusqu'à ce qu'il éclate en furie (où il est moins crédible).

Ici les protagonistes vont se battre à coup de haches et de serpes parce qu’un d'eux porte une paire de sandales (et cela ne plait pas aux méchants) ou pour faire justice soit même, car les autorités ne font pas régner la justice. Il y est surtout question de problème territorial : les méchants volent des terres aux pauvres ou sous humains. C'est une société avec des inférieurs, et des nantis défendus par la police. C'est aussi une société moyenâgeuse phallocratique où les femmes sont des objets inférieurs.

C'est un cinéma de narration, mais pas de concision : beaucoup de ralentis, beaucoup de voix off qui surchargent et racontent ce qu'il faut comprendre, beaucoup de dialogues pour que tout le monde comprenne bien. Beaucoup de flashbacks aussi, à vocation explicative encore. Pas de place à la folie ici, mais il faut toujours expliquer par l'injustice.

Narappa

lundi 4 décembre 2023

Decision To Leave (2h19, 2022) de Park Chan-wook

Avec Park Hae-il, Tang Wei, Lee Jung-hyun, Go Kyung-pyo, Shin-Young Kim, Jung Young Sook, Yoo Seung-mok, Teo Yoo, Jeong Min Park, Seo Hyun-woo.

Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, mais surtout prix du scénario, car Park Chan-wook et sa scénariste Chung Seo-kyung nous ont concoctés une intrigue complexe, sans être tortueuse, qui se renouvelle régulièrement, sans permettre au spectateur de deviner ce qui va suivre. Jusqu'au final mémorable et d'anthologie, mais surtout d'une tristesse infinie.

L'intrigue est en suspension, portée par nos deux acteurs principaux, Park Hae-il et Tang Wei. Intrigue où un policier enquête sur la mort d'un mari, découvert par sa femme (Tang Wei), deux fois à deux ans d'intervalle : ses maris meurent donc. Le policier retrouve cette même femme pour chacune des enquêtes. Ce n'est pas divulgacher le film que d'indiquer cette information, car le film est dans la relation entre cette femme et le policier, relation directe ou indirecte, lui réalisant son travail en professionnel, elle intrigante ou pas, qui semble avoir des sujets en dehors de ses mariages, mais qui aussi perturbe notre policier.

Park Chan-wook emballe ce scénario avec une esthétique de téléfilm, ce qui rend le film encore plus impressionnant. Le style visuel est assez direct et nous parait peu expérimental. L'éclairage est plutôt fonctionnel visant à une clarté et une visibilité optimales, ce qui est compréhensible compte tenu de la richesse de l'intrigue. Le ratio image est par contre en 2:35.

Enquête policière et histoires d'amour découpées en de multiples scènes ou histoires pour constituer un puzzle qui agrège le tout. Au-delà de la richesse de son scénario, les interprétations toutes en subtilités de Park Hae-il et Tang Wei procurent une densité magnétique au film.

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vendredi 24 novembre 2023

Le Cave Se Rebiffe (1h38, 1961) de Gilles Grangier

Avec Jean Gabin, Martine Carol, Françoise Rosay, Maurice Biraud, Bernard Blier, Frank Villard, Antoine Balpêtré, Ginette Leclerc, Gérard Buhr, Robert Dalban, Albert Dinan, Heinrich Gretler, Hélène Dieudonné.

Enième vision de se cave qui se rebiffe. Mais le film accuse le temps par certaines composantes.

Les dialogues sont une chose, ici signés par Michel Audiard, mais avec Jean Gabin qui fait son personnage fin de carrière :  son interprétation est tellement prévisible que cela en est presque génant. Si nous enlevons les tics et schématismes de Jean Gabin, le reste de la distribution est superbe et plus subtile, et bien servie par les dialogues et la direction de Gilles Grangier.

Un des plaisirs du film est de voir chacune des parties faire croire à l'autre dans un ensemble qui est un festival de menteurs. Jean Gabin, le cave, Bernard Blier et son clan, le principe de fonctionnement de l'intrigue est le mensonge que toutes et tous pratiquent.

Ce qui gène ici c'est la misogynie et la phallocratie, qui parait anachronique de nos jours, mais qui date furieusement le film, très ridicule au regard de la société des années 2020, auquel nous pouvons ajouter l'alcool et la cigarette, présents en permanence, ainsi que le racisme (réaction de Jean Gabin à la musique de sauvage). Le femmes sont des outils, au fourneau ou des objets sexuels.

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mercredi 22 novembre 2023

L'Albatros (1h32, 1971) de Jean-Pierre Mocky

Avec Marion Game, André Le Gall, Paul Muller, René-Jean Chauffard, Robert Berri, Michel Bertay, Roger Corbeau, Michel Delahaye, Rudy Lenoir, Jacques Lévy, Roger Lumont, Marcel Pérès, Francis Terzian, Agostino Vasco.

Il est toujours intéressant de visionner un film de Jean-Pierre Mocky. Il n'y a pas de fioriture inutile : pas de durée inutile (alors que 92 minutes est une longue durée pour Jean-Pierre Mocky), aucun dialogue inutile, pas de séquence inutile, pas de personnage inutile Ici, Jean-Pierre Mocky interprète l'Albatros, un évadé de prison, recherché par la police, qui kidnappe la fille d'un homme politique, en pleine campagne électorale, où les deux candidats sont torves et profiteurs, comme tout homme ou femme polique. C'est menée tambour batant. Marion Game est délicieuse en fille d'un des deux hommes politiques, tous les deux perfides et profiteurs. La police est au service des puissants, laches et sans intégrité. C'est un festival Jean-Pierre Mocky, est qui très crédible en acteur. 

Le film contient quelque belles scènes : lorsque l'Albatros fait l'amour avec Marion Game, en ombre chinoise, belle idée visuelle. Ou la séquence dans le supermarché avec le changement de vetements. Toutes les séquences avec les hommes politiques, tous perfides, torves, menteurs et égoïstes.

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dimanche 12 novembre 2023

Dark Murders (Dark Crimes, 1h32, 2016) de Alexandros Avranas

Avec Jim Carrey, Marton Csokas, Charlotte Gainsbourg, Kati Outinen, Vlad Ivanov, Robert Wieckiewicz, Agata Kulesza, Piotr Glowacki,  Julia Gdula, Zbigniew Zamachowski.

Voici un film policier, déjà vu de multiples fois, qui se distingue néanmoins par différentes caractéristiques.  La première est Jim Carrey, dans le rôle d'un policier polonais, mutique (il n'a quasiment pas de ligne de dialogues), qui pour se racheter (il  a été dégradé,  mais nous ne savons pas pourquoi et nous ne le saurons pas) rouvre une enquête. L'autre caractéristique est la présence du méchant putatif, Marton Csokas, dans un rôle de fou, écrivain, qui livre une belle performance de détraqué.  Il y a aussi Charlotte Gainsbourg dans le rôle de la femme fatale, qui écarte facilement les cuisses. Enfin il y a les décors de Cracovie, sa banlieue, ses immeubles, ses caves, ternes, tristes, déprimants. À noter aussi les scénaristes, solides et expérimentés.

Le film possède un climat, construit à partir des décors justement (les lieux sont souvent vides, y compris les appartements et maisons c'est à dire sans décoration),  de la musique,  un peu pesante par moment, et du scénario rempli de détours, même si nous subodorons les révélations de la fin, mais pas le dernier plan du film.
La relation entre Jim Carrey et Charlotte Gainsbourg est moyennement crédible. Nous ne croyons pas aux scènes de sexe des différents personnages. Le film n'est pas exempt de défauts (histoire déjà faite de multiples fois, des éléments peux crédibles), mais recèle une identité,  une singularité,  voire un style cohérent.

Dark Murders

samedi 11 novembre 2023

No Sudden Move (1h55, 2021) de Steven Soderbergh

Avec Don Cheadle, Craig muMs Grant, Brendan Fraser, Benicio Del Toro, Julia Fox,  Kieran Culkin, Amy Seimetz, David Harbour, Noah Jupe, Lucy Holt, Claudia Russell, Katherine Banks.

Steven Soderbergh livre un film parfait sur la forme, riche d'un bon scénario dense aux multiples replis que le spectateur n'arrive pas à deviner et anticiper dans sa progression. Ed Salomon est au scénario : gros professionnel.

Une de ses qualités est sa belle distribution : acteurs parfaits pour une multitude de personnages, portés par un scénario riche, qui donne un film une dimension chorale, tiré par Don Cheadle et Benicio Del Toro, tous les deux parfaits dans des personnages très différents, qui se retrouvent à cohabiter.

L'intrigue concerne de petites frappes qui séquestrent une famille pour que le père récupère un document dans le coffre du patron de son entreprise. C'est le point de départ. Au bout de 2h il s'est passé beaucoup de chose et beaucoup que nos petits malfrats n'avaient pas prévus, avec des enjeux que personne ne soupçonnait au départ.
Sur le plan technique, Steven Soderbergh s'est amusé : il est le directeur de la photographie (sous pseudonyme). Le photographie est par moment remplie de distorsion de l'image, avec un peu de vignettage de l'image (des bords sombre), avec énormément de profondeur de champ. Mais l'histoire happe tellement le spectateur que nous n'y faisons plus attention. Nous ne sommes pas sûr que ce choix technique joue en faveur du film (n'y contre d'ailleurs ; il nous parait neutre) car il est suffisamment riche avec son histoire complexe et ses multiples personnages.
Bande-annonce No Sudden Move

The Killer (1h58, 2023) de David Fincher

Avec Michael Fassbender, Tilda Swinton, Charles Parnell, Arliss Howard, Kerry O'Malley, Sophie Charlotte, Emiliano Pernía, Gabriel Polanco.

Première surprise : voici un film qui a déjà était fait et donc déjà vu. Aucune originalité. Cette histoire d'un tueur professionnel qui loupe sa dernière commande et qui se retrouve poursuivi, mélangé avec une histoire de vengeance, a déjà été faite à plusieurs reprises. Ennui. Franchement, qui peut financer un film sans ambition ? Pour nourrir les tuyaux du streaming, il faut des produits, nous comprenons bien, mais cela n'interdit pas d'avoir de l'ambition.

Ensuite, il n'y a aucune empathie. Aucun personnage ne suscite l'empathie. Nous nous moquons de ce qui arrive. Même la musique de Trent Renzor et Atticus Ross n'imprime pas l'esprit.
Le seul intérêt est le peu de dialogues. La forme est brillante. Et David Fincher sait y faire. 
Ce tueur professionnel (Michael Fassbender, parfait dans l'inexpression) ultra méticuleux et précis, très professionnel, est un peu a l'image de David Fincher qui avec ce film se casse la figure en livrant un film parfaitement emballé, méticuleux, très travaillé sur la forme, mais vide de sens, et complètement vide de toute réalité sociale, sociétale et économique.

Bande-annonce The Killer

dimanche 5 novembre 2023

Marchands de douleurs (Pain Hustlers, 2h03, 2023) de David Yates

Avec Emily Blunt, Chris Evans, Catherine O'Hara, Andy Garcia, Chloe Coleman, Brian d'Arcy James, Jay Duplass, Amit Shah, Valerie LeBlanc, Aubrey Dollar, Alex Klein.

Un produit Netflix typique. Une histoire vraie (ou inspirée de faits réels), deux gros acteurs confirmés ou star (ici à choisir entre Emily Blunt, Chris Evans voire Andy Garcia), durée standard (2h), mise en forme - cadrage, montage, décors, photographie - clinique et toujours lisible. Il n'y a pas de recherche formelle. Et une utilisation systématique du flashback lorsque cela simplifie la vie du scénariste.

David Yates est un spécialiste de la magie (domaine qui ne nous intéresse pas) mais son Tarzan (The Legend Of Tarzan, 2016) possédait de belles qualités (la preuve, il fut un échec commercial) et ne nous avait pas laissé indifférent.

Tous les acteurs sont très bons. Et Emily Blunt brille de mille feux et phagocyte tous les plans. A voir ne serait ce que pour sa performance et son personnage. C'est un véritable hymne à elle même (elle est co-productrice), et elle peut se le permettre. Et les seconds roles sont très bons : Chris Evans sait faire autre chose que tenir un bouclier (nous n'en doutions pas).

Enfin, le film est intéressant sur les us et coutumes du commerce de médicaments, entre industrie phamaceutique, médecins, concurrence, études et analyse des molécules, objectifs de marge, croyances et hallucinations des décisionnaires. Bref, au total il s'agit d'un beau produit, une bonne histoire et un David Yates qui sait tirer le meilleur de ses acteurs.

Bande-annonce Marchands de Douleur

Insubmersible (Nyad, 2h01, 2023) de Jimmy Chin et Elizabeth Chai Vasarhelyi

Avec Annette Bening, Jodie Foster, Anne Marie Kempf, Carolyn McCormick, Marcos Diaz, Belle Darling, Pearl Darling, Johnny Solo, Anna Harriette Pittman, Eric T. Miller.

L'esthétique Netflix a encore frappé. Pour servir ici une histoire vraie, où une nageuse tente de traverser à la nage de Cuba vers la Floride. Cette histoire est incarnée par Annette Bening, aidée par Jodie Foster. L'esthétique Netflix est basée sur une histoire vraie (il s'agit donc de faits réels - avec les vrais images des vrais personnages en épilogue et pendant le générique de fin -), portée par un ou deux acteurs confirmés voire stars, une reconstitution de la dimension historique, un recours systématique au flashback pour présenter le passé du personnage principal, avec un filmage, montage, cadrage très standardisé qui fait se ressembler entre eux beaucoup de ces produits ou films, une durée standard autour des 2h. Et une absence de recherche formelle ; car il s'agit de raconter une histoire et ce qui compte, c'est l'histoire, pas le véhicule de l'histoire.

Ensuite l'intérêt vient de l'histoire et de l'empathie avec les personnages. Les aventures de ces personnages se laissent suivre, grâce à l'obstination du personnage principal, et ceci malgré son égoïsme, Annette Bening, que nous sommes très heureux de revoir, mais aussi grâce à Jodie Foster, son coach, son amie et son amour platonique. Ainsi que le groupe de personnes qui l'accompagnent lors de chacun de ses exploits : le skipper, le spécialiste de navigation, les spécialistes de protection contre les requins, par exemple. Nous sommes très heureux de revoir Jodie Foster. Le film promeut l'individu et son obstination, ainsi que bien sûr le dépassement de soi, tout en faisant son auto thérapie, au long cours.

Bande-annonce Insubmersible