lundi 18 mars 2019

The Predator (2018) de Shane Black

Bande-annonce The PredatorAvec Boyd Holbrook, Trevante Rhodes, Olivia Munn, Jacob Tremblay, Sterking K. Brown, Keegan-Michael Key, Yvonne Strahovski, Alfie Allen, Thomas Jane, Augusto Aguilera, Jake Busey, Niall Matter, Patrick Sabongui.

Carton plein pour le renouveau de cette franchise. Qui fait partie des franchises dont les suites ou spins off possèdent toute un très bon niveau. Du chef-d'oeuvre de John McTiernan à Predators, en passant par les cross-overs d'Alien versus Predator.
Il faut noter l'excellent travail d'écriture, notamment pour l'ensemble de la caractérisation et les dialogues de l'ensemble des personnages, ainsi que leur progression individuelle au cours du récit. Le film ne renouvelle pas ou ne réoriente pas la franchise, mais il la continue avec brio sur le plan dramatique.
Le film réutilise l'ensemble des recettes des précédents films. La séquence d'ouverture est par exemple le climax du film de John McTiernan. Le film introduit le fils de Gary Busey dans Predator 2, interprété par son propre fils acteur. Le film introduit aussi des variantes sur les Predators eux-mêmes, pour de nouveaux monstres.
Le film contient heureusement son lot de gore (tripes, sang et boyaux), et c'est de bon aloi, cet élément étant constitutif de l'ensemble de la franchise Predator.
C'est donc un excellent nouveau départ (appelé aussi reboot) que ce The Predator, grace à sa violence graphique, et à une galerie de personnages bien campés et interprétés. Le bémol serait juste le personnage du méchant, qui est monolithique et n'évolue pas au cours du film. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une super Série B, dynamique, teigneuse, qui va à l'essentiel sans être simpliste.

Les Bienheureux (2017) de Sofia Djama

Avec Sami Bouajila, Nadia Kaci, Faouzi Bensaïdi, Amine Lansari, Lyna Khoudri, Adam Bessa.

Bande-annonce Les BienheureuxLa vie de tous les jours et les contraintes d'Algériens plutôt éduqués et refusant la montée des intégrismes, devant gérer leur adolescent qui fricote avec des intégristes de pacotille, mais aussi une société qui commence à devenir un petit peu exigeante sur le comportement des femmes. Très beau film plutôt bien écrit, subtil, qui montre la difficulté de vivre dans un pays où on ne se retrouve plus. Le film réussi à décrire de manière juste des personnages matures, mais aussi des jeunes, mais aussi de différents niveaux sociaux. Un film naturaliste.
Très bonne direction d'acteur, bien écrit et acteurs et actrices toutes et tous au diapason d'une interprétation parfaite. De la belle ouvrage.

Vipère Aux Poing (2004) de Philippe de Broca

Bande-annonce Vipère au poingAvec  Catherine Frot, Jules Sitruk, Jacques Villeret, Cherie Lunghi, Hannah Taylor-Gordon, William Touil, Richard Bremmer, Sabine Haudepin, Pierre Stévenin, Wojciech Pszoniak, Paul Le Person, Annick Alane, Dominique Paturel, Macha Béranger, Philippe De Broca, Claude Sitruk.

Beau film pour Philippe de Broca. Il s'agit de son dernier film. Ce n'est pas du cinéma d'aventure ou de la comédie d'aventure qui l'a fait connaître et porté dans sa carrière. Il s'agit d'un film plus intimiste. Entre des enfants, entre les enfants et les parents, entre les parents, entre les employés et les autres. Avec les qualités de son cinéma: une direction d'acteur subtile, des personnages féminins justes. Avec au travail ici les jeunes acteurs et Catherine Frot.
Le film a aussi un intérêt historique et sociétal sur le mode de vie de cette famille bourgeoise de province, qui a ses problèmes d'argent et de personnels, incarnés par Jacques Villeret en poltron entomologiste et par Catherine Frot en psychorigide.



Vive La France (2013) de Michaël Youn

Bande-annonce Vive la FranceAvec José Garcia, Michaël Youn, Isabelle Funaro, Ary Abittan, Jérôme Commandeur, Vincent Moscato, Jean-François Cayrey, Franck Gastambide.

Sous le prétexte de conter l'histoire de deux terroristes du Taboulistan (pays imaginaire, qui a inventé le taboulé) qui viennent en France pour faire sauter la Tour Eiffel afin de se faire connaître du reste du monde, ce film nous raconte les pérégrinations de ces deux immigrés volontaires à travers la France. Ils passent d'abord par la Corse, puis Marseille, puis la région de Toulouse et enfin Paris, où chacun des habitants des lieux leur expliquent qu'ils ne sont pas en France mais dans telle où telle région. Le film est à la fois une forme d'amour pour la France mais aussi montre bien le ridicule d'un certain nombre de régionalismes.
Le duo constitué de José Garcia et Michael Youn fonctionne. Le film déroule ses gags, qui sont souvent convenus, mais le schéma dramatique du road movie fait évoluer notre duo vers de nouvelles aventures à chaque fois qu'ils arrivent dans une nouvelle région, tout en rendant le tout sympathique (sauf le traitement réservé aux femmes au Taboulistan et propagé par le personnage de José Garcia).
Nous aurions aimé quelque part un peu plus de subversion peut-être pour rendre le film incontournable. Néanmoins dans la catégorie je produis un catalogue de préjugés, et j'en fais un film comique, c'est une parfaite réussite.

Johnny English (2008) de Peter Howitt

Bande-annonce Johnny EnglishAvec  Rowan Atkinson, Natalie Imbruglia, John Malkovich, Ben Miller, Tim Pigott-Smith, Kevin McNally, Oliver Ford Davies, Prunella Scales, Douglas McFerran..

Que retenir de cette potacherie? Il y a beaucoup de gags scatologiques, mais pas que. Le travail de John Malkovich qui interprète un français qui parle anglais avec un accent français d'anthologie, qui veut devenir roi d'Angleterre. Et puis le charme de Natalia Imbruglia. Pour le reste, cela fonctionne mais il manque un quelque chose pour apparaître distinct, inventif, original voire unique.

Docteur Strange (2017) de Scott Derrickson

Bande-annonce Doctor StrangeAvec Benedict Cumberbatch, Chiwetel Ejiofor, Tilda Swinton, Rachel McAdams, Mads Mikkelsen, Scott Adkins, Amy Landecker, Benedict Wong, Michael Stuhlbarg, Benjamin Bratt, Juani Feliz.

Ce dessin animé Marvel est un peu plus intéressant que la moyenne dans sa première moitié. Installation de l'univers, caractérisation des personnages. Mais ensuite dès qu'il s'agit d'avoir un méchant, qui veut dominer le monde, le film fait bâiller et devient ennuyeux. Encore et toujours le même scénario. C'est encore le même schéma pour ces productions qui provoque la nausée.
Ici le film est accompagné d'un ésotérisme orientalisant de pacotille qui a probablement pour vocation d'attirer le public asiatique.
Seule qualité: la distribution et l'interprétation. Ils y croient. Mais pas nous.

Première Année (2018) de Thomas Lilti

Avec  Vincent Lacoste, William Lebghil, Michel Lerousseau, Darina Al Joundi, Benoit Di Marco, Graziella Delerm, Guillaume Clerice, Alexandre Blazy, Noémi Silvania.

Bande-annonce Première année
Il s'agit de la première année de médecine. Où il faut beaucoup travailler, passer un concours, et en fonction de son classement on pourra déterminer ce que l'on veut faire. Pas de surprise donc car Thomas Lilti est le responsable d'Hippocrate (2014) qui était de bonne tenue.
Le film nous montre l'histoire en parallèle d'un étudiant qui en est à sa troisième première année, tâcheron besogneux qui n'arrive pas à avoir un super classement, et un jeune qui vient d'une famille aisée et qui a des facilités évidentes, mais qui ne veut pas être médecin et qui le fait surtout pour son père.
Au total le film n'est pas désagréable. Il semble plutôt documenté sur le processus et les cours de la première année de médecine. D'ailleurs le film ne développe pas forcément la thèse ou en tout cas l'histoire ne laisse pas entendre la possibilité d'avoir une vocation. Sur les deux personnages, il y en a un qui n'a pas de vocation, mais qui fait pour faire et l'autre qui a l'air passionné, mais qui est probablement pas brillant. Le film ne donne pas son avis sûr comment l'on peut devenir un bon médecin ou lequel des deux pourrait devenir médecin, et si oui, est-ce qu'il serait bon?

Fatal (2010) de Michaël Youn

Avec Michaël Youn, Stéphane Rousseau, Isabelle Funaro, Armelle, Ary Abittan, Fabrice Eboué, Vincent Desagnat, Jérôme Le Banner, Jean Benguigui, Catherine Allegret, Yin-Tung Chu, Reem Kherici, Bianca Gervais, Hakim Ghorab, Nathaniël Siri, Zach Reece.

Bande-annonce FatalIl s'agit là du film sur le rap dont nous ne sortons pas indemne. Le pastiche et la  moquerie géniale du monde du rap, des rappeurs et de leur chromo et imagerie. Les vidéo-clips, les clichés retournés, les paroles, les médias, les maisons de disques. Des rappeurs, mais aussi de la techno pop écervelée (le personnage de Stéphane Rousseau). Le film tourne en ridicule avec un génie outrancier tout à la fois le monde des rappeurs, de la techno et des médias qui les entoure. Une réussite.
Il n'est pas surprenant de voir que le canevas du film ou plutôt son patron est extrêmement classique et déjà vu dans de multiples films comiques notamment chez Will Ferrell. Le personnage principal est imbu de lui-même et crétin, mais aussi une grande star (du rap) puis il chute très bas, perd son argent, et perd sa femme qui est une courge; puis c'est la descente aux enfers et le retour dans la famille nourricière initiale où il trouve l'amour et de nouveau l'inspiration, puis revient au top, mais avec plus de recul. Et finalement son ennemi juré devient ami. Ce patron de scénario n'est pas du tout détestable et il convient à beaucoup de schémas dramatiques. Il est appliqué ici dans un univers où l'humour outrancier est la norme.
Le film contient son lot de scènes et de séquences d'anthologie qui lui donnent son hystérésis et en font un film culte.

Mobile Home (2012) de François Pirot

Bande-annonce Mobile HomeAvec Arthur Dupont, Guillaume Gouix, Jean-Paul Bonnaire, Claudine Pelletier, Jackie Berroyer, Anne-Pascale Clairembourg, Gilles Soeder, Eugénie Anselin, Arnaud Bronsart, Gwen Berrou, Pierre Nisse.
C'est l'histoire de deux inadaptés de la société, un peu paumés, encore sous l'emprise de leurs parents et à côté de leur pompe sur le plan sociétal. Ils se décident de partir dans un mobile home pour découvrir le monde. Ils ne feront que quelques kilomètres.
Ils ne sont pas méchants. Ils sont juste un peu inadaptés, mais quelque part est-ce que ce n’est pas le monde qui les entoure qui est inadapté ou qui n'est pas une adaptation correspondant à tous le monde. Chemin faisant ils vont apprendre à travailler manuellement. Chose dont ils ne semblaient pas être capables au début de l'histoire. Ils vont rencontrer des filles avec lesquelles ils vont se lier  amoureusement. Et pour l'autre il aura visiblement et vraisemblablement envie de retourner vers  son ex-fiancée.
Le tout est emballé sous une forme qui pourrait être un road-movie, mais comme il ne parcourant finalement que peu de kilomètres, car ils cassent très vite leur mobile home. Ce n'est donc pas un road-movie ou alors c'est un road-movie à l'envers, c'est-à-dire très stable. L'ensemble est très bien dirigé et plutôt bien écrit et relativement subtil. Les personnages féminins sont très finement écrits. Du beau travail.

Le Poulain (2017) de Mathieu Sapin

Avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield, Gilles Cohen, Valérie Karsenti, Philippe Katerine, Brigitte Rouan, Victor Assié.
Bande-annonce Le PoulainLe poulain c'est un jeune homme qui sort probablement d'une école qui fabrique des têtes bien faites et qui se retrouve être assistant d'une femme politique puis d'une deuxième puis d'un homme politique candidat à l'élection présidentielle puis sur la fin de la Présidente de la République elle-même. Il nous démontre ou montre plutôt les arcanes et gesticulations de ce petit monde entre conseillers en communication, conseillers en image, conseillers en marketing, hommes et femmes politiques,  secrétaires et assistants, etc. qui ne sont pas très reluisants, sans convictions, qui est prêt à changer son orientation en fonction du sens du vent, bref de la politique. Le défaut du film principal est que ce personnage principal de jeune assistant que nous suivons n'est pas très intéressant. Il n'est pas courageux, il est menteur, et bien qu'il évolue au cours du film c'est-à-dire dans un sens plutôt négatif et devient politique lui même , nous n'éprouvons aucune empathie pour lui, mais aussi pour aucun des autres personnages. C'est là le gros défaut du film. Bien qu'il soit très détaillé, très précis , très documenté, cela ne le sauve pas et nous nous ennuyons et souhaitons que cela se termine au plus vite. C'est là le principal défaut du film.
De ses qualités, nous pouvons noter sa distribution et l'interprétation, de haut vol, avec Alexandra Lamy, encore une fois parfaite, et qui mine de rien devient de plus en plus indispensable au cinéma français. Avec une mention spéciale à Philippe Katerine, étonnant et juste dans son rôle.
Si nous le comparons à Quai d'Orsay (2012) de Bertrand Tavernier, le film ne supporte pas la comparaison et manque de souffle, en particulier avec aucun personnage qui suscite de l'empathie.

mercredi 27 février 2019

Green Book - Sur Les Routes Du Sud (2018) de Peter Farrelly

Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastien Maniscalco, Dimiter D. Marinov, P.J. Byrne, Don Stark, David An, Brian Stepanek, Geraldine Singer, Iqbal Theba, David Kallaway, Tom Vitue, Ninja Devoe, Daniel Greene.
Green Book : Sur les routes du sud
Il y a d'abord une performance d'acteur de la part de Viggo Mortensen qui joue une espèce de mafieux italien balourd raciste etvobsédé par la nourriture. Et qui s'éveille au cours du récit à l'antiracisme et au respect des autres. Tout en leur foutant des coups de poing dans la figure. Il y a le personnage de ce pianiste, interprété par Mahershala Ali, qui fait la tournée dans les États du Sud des États-Unis, extrêmement cultivé, homosexuel, ce qui n'est pas sans susciter certains problèmes.
Si l'on fait abstraction du fait que le réalisateur et un des frères Farrelly, le film et une espèce de candidats aux Oscars qui cadence bien son histoire et sa progression. Il s'agit bien d'un road-movie qui évolue au milieu de la ségrégation raciale avec un bon dosage d'humour tout en pointant le ridicule de la ségrégation. Il s'agit bien d'une forme académique, mais pas trop pesante. Et les outrages que l'on trouve dans les films des frères Farrelly sont ici remplacés par les outrages de la ségrégation et la débilité qui lui est associée.
Le film est classique sur la forme, axé sur le récit et le rythme de l'ensemble. Le film est probablement un peu mièvre, mais il s'agit d'une histoire vraie. Et les deux acteurs sont formidables.

dimanche 17 février 2019

Railroad Tigers (2016) de Ding Sheng

Railroad Tigers Blu-rayAvec Jackie Chan, Jaycee Chan, Darren Wang, Zitao Huang, Alan Ng, Hiroyuki Ikeuchi, Andy Lau, Fai Wang, Fan Xu, Ping Sang, Wing Lun Ng, Talu Wang, Zoe Zhang, Wei Na, Yunwei He, Asano Nagahide, Koji Yano, Yishang Zhang, Teiyu Takagi.

Ce véhicule pour Jackie Chan n'en est finalement pas un.
Comme souvent dans ses superproductions, nous avons ici un arrière-plan historique, où les méchants sont les Japonais. Comme souvent il y a une multitude de personnages, que ce soit du côté des méchants Japonais, des gentils tigres du titre, une bande de voleurs qui pillent les trains japonais. Comme souvent depuis quelques années, il est entouré d'une multitude de jeunes acteurs qui réalisent beaucoup de séquences d'action que le vieil acteur ne peut plus faire lui-même.
L'intrigue est simple: il s'agit de faire sauter un pont utilisé par les trains de ravitaillement japonais. Pour des raisons qui importent peu, ce sont nos brigands qui doivent s'en charger.
Passons sur les défauts standard de ce genre de production: une direction d'acteurs catastrophique avec des acteurs qui surjouent, grimacent et sont des caricatures. Mais aussi un humour par moment balourd, mais qui fonctionne lorsqu'il est intégré dans des séquences d'actions épiques.
Et c’est la seule qualité du film, il contient quelques séquences d'action spectaculaires et remplies d'humour.
Autre faiblesse du film: ses décors insipides (une plaine), une voie ferrée et un ou des beaux trains à vapeur.


Cow-Boy (1958) de Delmer Daves

Avec Glenn Ford, Jack Lemmon, Anna Kashfi, Brian Donlevy, Dick York, Victor Manuel Mendoza, Richard Jaeckel, King Donovan, Vaughn Taylor, Donald Randolph, James Westerfield, Eugene Iglesias.

Cow-boy - Blu Ray
Comme son titre l'indique, le film nous raconte la vie des gardiens et conducteurs d'un troupeau de bovins, au mode de vie nomade dans l'ouest faisant transiter les troupeaux du Mexique (ici) vers la grande ville où il y a le marché au bétail, et l'opéra. À la tête, le patron, c'est Glenn Ford, dans un rôle plutôt expressif, mais dont l'interprétation toujours un peu rentrée lui donne une force certaine. Jack Lemmon est le citadin qui souhaite retrouver l'élue de son coeur, Mexicaine dont le père refuse qu'elle s'amourache d'un valet de chambre (situation au début de Jack Lemmon).
Tout ce beau monde au grès du déplacement du troupeau aura des hauts et des bas, des désillusions, des drames. Le tout avec un arrière-plan presque documentaire: nous suivons la vie des ces gardiens de vaches, à travers les évènements qui rythment les déplacements: la nuit, les repas, un décès, les Indiens, les animosités, gestion des animaux qui représentent des dollars.
Bref le film n'est pas dans ses décors, qui ne sont pas travaillés picturalement, mais dans les personnages, leurs noirceurs et obsessions et comment elles évoluent au cours du récit (Edmund H. North et Dalton Trumbo au scénario). D'une manière générale, l'ensemble du casting est plutôt bien écrit et fait interagir un ensemble de personnages de manière habile.
Beau travail pour un western plus riche que la moyenne.

Le Loup Garou de Londres ( An American Werewolf in London, 1981) de John Landis

Le loup garou de LondresAvec David Naughton, Griffin Dunne, Jenny Agutter, John Woodvine, Lila  Kaye, Paddy Ryan, Don Killiop, Paul Kember, Frank Oz, Joe Belcher, Colin Fernandes.

Ce loup-garou de Londres est un peu un mystère. Il s'agit d'un dosage et d'une recette comme sait si bien le faire John Landis (à la mise en scène et au scénario): mélanger horreur et humour. Horreur, la vrai, avec ici des effets spéciaux époustouflants de Rick Baker pour la transformation devant caméra en loup-garou, et bien horribles pour le gore, le sang, les chairs en décomposition. Et l'humour est à travers les situations et les personnages, d'un américain au Royaume-Uni, d'un médecin enquêteur, d'anglais de la campagne et surtout de l'incongruité des situations. Mais aussi avec des scènes "romantiques" entre David Naughton et Jenny Agutter, parfaitement écrites dans ce contexte.
Le tout dans une espèce de non-style, très caractéristique de la manière de John Landis. Le metteur en scène s'efface devant son sujet: l'histoire, les acteurs, les maquillages et effets spéciaux, les touches d'humour. Et avec comme souvent chez John Landis, un personnage qui enquête (ici le médecin).
Au total, il se laisse voir, pour son rythme, et surtout parceque nous nous demandons comment cette histoire va se terminer; c'est une qualité du scénario de maintenir l'intérêt du spectateur.

samedi 16 février 2019

Sage Femme (2017) de Martin Provost

Bande-annonce Sage femmeAvec Catherine Frot, Catherine Deneuve, Olivier Gourmet, Mylène Demongeot, Quentin Dolmaire, Pauline Etienne, Audrey Dana, Pauline Parigot, Jeanne Rosa, Marie Paquim, Elise Oppong.

Ce véhicule pour Catherine Frot, avec le support de Catherine Deneuve, fonctionne parfaitement. Catherine Frot est la sage femme travailleuse et dédiée à son travail. Catherine Deneuve est la jouisseuse en fin de parcours, ex-femme ou maitresse du père de Catherine Frot, qui est décédé. Elles ont des accointances donc. Mais pas forcément de convergences. Là-dessus se greffe Olivier Gourmet, conducteur de camion, jardinier et ouvert d'esprit. Tous les acteurs sont formidables.
Tout ce monde se rencontre, s'entrechoque au grès d'un scénario qui fait évoluer nos deux personnages principaux. Dans un savant mélange d'humour, de drame, avec un cadencement régulier. Le métier de sage femme, la vie en HLM, la maladie et la fin de vie: ce sont les sujets auxquels le film donne à réfléchir.
Une réussite de comédie dramatique.



L'Homme de Nulle Part (Jubal, 1956) de Delmer Daves

Avec Glenn Ford, Ernest Borgnine, Rod Steiger, Valerie French, Felicia Farr, Basil Ruysdael, Noah Beery Jr., Charles Bronson, John Dierkes, Jack Elam, Richard Burton.

L'Homme de nulle part Blu-rayL'homme de nulle part, c'est Jubal, Glenn Ford (tout en retenu dans une interprétation sobre et puissante), qui est retrouvé gisant sur un chemin de terre par un propriétaire (beaucoup de terres et beaucoup de vaches) interprété par Ernest Borgnine, qui lui propose immédiatement un travail dans son ranch. Rejoindre le ranch veut dire susciter l'intérêt de la femme d'Ernest Borgnine (Valérie French, brune), susciter l'intérêt, c'est-à-dire la détestation, du revendiqué contremaitre (Rod Steiger, dans un jeu tout en extériorisation et outrances - il en fait des tonnes comme tous les malades de l'Actors Studio -). Détestation, car il sent le mouton (nous sommes dans le monde des garçons de ferme qui s'occupent du bétail bovin) et donc détesté des cowboys (les vaches ont besoin d'espaces, les moutons de clôtures), mais aussi, car il est un rival pour la femme du patron. Et assez vite Valerie French lui fait des appels sans dissimulation.
Le patron le nommera assez vite contremaître, c'est-à-dire son second, ce qui n'introduira pas de l’apaisement. Intrigues amoureuses, rivalités de pouvoirs, recherche d'une famille pour Jubal (très belle scène où il explique ce qui est arrivé à son père et comment s'est comporté son père): un cocktail qui fonctionne bien. À cela, ajoutons des pèlerins pas trop intégristes dont une des jeunes femmes (Felicia Farr, blonde) tombe instantanément amoureuse de Jubal. Ce qui encore n'est pas fait pour apaiser les tensions.
Le tout est dans un ensemble de décors naturels magnifiques, filmés avec un format panoramique avec de très belles couleurs. Avec une impression de documentaire sur la vie dans un ranch et la vie de cette communauté (le syndicat des propriétaires de la vallée).
Le scénario est bien écrit: chaque personnage, même les secondaires sont écrits de manière à les caractériser plutôt finement et à ce qu'ils enrichissent la dramaturgie (le personnage de Charles Bronson par exemple).
Au total ce western, très bavard et sans grande scène d'action, est un classique instantané.

mardi 5 février 2019

Citizen Cane (1941) de Orson Welles

Avec Orson Welles, Joseph Cotten, Dorothy Comingore, Agnès Moorehead, Ruth Warrick, Everett Sloane, William Alland, Alan Ladd, Ray Collins, Herman J. Mankiewicz, George Coulouris, Paul Stewart, Harry Shannon, Fortunio Bonanova, Erskine Sanford, Gus Schilling, Georgia Backus, Buddy Swan.

Un problème: aucun personnage ne suscite l'empathie. Charles Foster Kane n'est pas un personnage intéressant et se révèle arrogant, imbécile et antipathique. Les autres personnages ne sont pas plus intéressants.
La direction d'acteur n'est pas très finaude, voire très grossière. Orson Welles lui-même surjoue beaucoup. L'ensemble des autres personnages est aussi à la peine (l'ensemble de la distribution interprète de manière extrêmement pataude, voire pachydermique).
Citizen KaneLes plans sont extrêmement composés. Que ce soit l'utilisation de la profondeur de champ. Que ce soient les angles : caméra au ras du sol pour des contre-plongées, caméra en plongée, angles obliques. Mais aussi l'utilisation du noir, des ombres, ou des puits de lumière est phénoménale.
Beaucoup de plans sont composés avec un objet en amorce, puis plusieurs niveaux de plans, jusqu'à la profondeur au fin fond du décor, chacun des niveaux avec beaucoup de netteté. Bref tout est très composé. Y compris pour l'utilisation de plan-séquence.
Orson Welles  n'hésite pas à filmer des personnages que l'on de voit pas: ils sont dans le noir. Voire à laisser se superposer des dialogues.
Si l'on considère le cinéma comme à l'art de la mise en scène et de la composition alors ce film et effectivement un bréviaire de mise en scène. Tous les plans et séquences sont extrêmement composés et les cadrages et extrêmement étudié. La composition des plans sur toutes les échelles depuis le très gros plan jusqu'à l'arrière-plan, l'utilisation de sources de lumière diverses et variées et des Noirs profonds,  en  font une espèce de catalogue pour apprenti metteur en scène. Mise en scène d'ailleurs plutôt baroque et théâtrale travaillant d'ailleurs sur la profondeur de champ comme sur une scène de théâtre.
Hormis cette dimension de mise en scène puissante, il est plutôt dur de s'intéresser au film temps les personnages ne suscitent aucune empathie. Le principal personnage, Charles Forster Kane, est plutôt antipathique, arrogant (le nombre d'erreurs qu'il commet) et de plus il n'évolue pas au cours du récit.

Place Publique (2018) de Agnès Jaoui

Avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Léa Drucker, Kévin Azaïs, Nina Meurisse, Sarah Suco, Héléna Noguerra, Miglen Mirtchev, Olivier Broche, Yvick Letexier, Frédéric Pierrot, Eric Viellard, Grégoire Oestermann Sam Karmann, Olivier Doran, Serpentine Teyssier, Marie-Agnès Brigot, Michel Masiero.
Bande-annonce Place publiqueLe film choral à la française, typique et représentatif de ce sous-genre de la comédie dramatique et qui est pratiqué depuis des années maintenant. L'histoire tourne autour d'un présentateur de radio vedette en fin de carrière un peu pathétique et pas très intéressant, interprété par Jean-Pierre Bacri (qui s'est ghettoïsé avec le temps: il interprète toujours le même personnage) qui cohabite avec une population convoquée pour l'inauguration d'une crémaillère de sa productrice. Cela permet de rencontrer et de faire cohabiter des personnes de l'univers de la radio et des médias, mais aussi de la campagne, tout à leurs certitudes gorgées de préjugés. C'est donc une espèce de comédie très vaguement dramatique qui dans son ensemble est plutôt bien écrite, mais qui a du mal à passer le stade de l'histoire correcte moyennement bien interprétée par une distribution de qualité, mais qui manque quelque part de personnalité.
Le film actualise un peu les thématiques en faisant apparaître un youtubeur et confronte cette bourgeoisie parisienne avec des gens de la campagne.

1900 (Novecento, 1976) de Bernardo Bertolucci

1900 - Édition Collector Blu-ray + DVD + LivreAvec  Robert De Niro, Gérard Depardieu, Dominique Sanda, Frances Bertini, Laura Betti, Sterling Hayden, Donald Sutherland, Burt Lancaster, Paulo Branco, Stefania Sandrelli, Alida Valli, Anna Henkei, Ellen Schwiers, Romolo Valli, Giacomo Rizzo, Pippo Campanini


Aborder  un film monumental comme celui-là n'est pas facile. Le film conte l'histoire de deux "amis", un fils de paysan et un fils de propriétaire (bourgeoise de campagne), depuis leur naissance (à la mort de Verdi) à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le film est d'une violence inouïe sans être misanthropique. Nous comprenons que le réalisateur aime ses personnages, au moins ses personnages de paysans. Malgré cette violence perpétuelle, le film est à mille lieues d’œuvres des grands misanthropes (Kubrick, Hanneke) dont les violences paraissent ridicules à côté de cette fresque historique où Bernardo Bertolucci décrit une époque dans son ensemble: la fin de l'exploitation des travailleurs, la montée du fascisme, le comportement et la responsabilité de la bourgeoisie. Le tout à travers un prisme à l'opposée du grandiose du sujet: le point de vue d'un paysan (Gérard Depardieu) et d'un bourgeois (Robert de Niro).
Il est évident que le réalisateur est plus intéressé par les personnages de paysans interprétés par Gérard Depardieu en tête. Le personnage de Robert de Niro (en pilotage automatique) est présenté comme subissant en permanence les évènements et ne les faisant jamais changer; il subira toute sa vie. Ce qui ne le rend pas forcément très intéressant et surtout il n'évolue pas beaucoup sur l'ensemble du récit et donc de sa vie.
Le film se veut didactique sur le comportement des fascistes et le comportement de la bourgeoisie qui semble à côté de tout: politiquement, socialement et sociétalement.

Coexister (2017) de Fabrice Eboué

CoexisterAvec Fabrice Eboué, Audrey Lamy, Ramzy Bedia, Jonathan Cohen, Guillaume de Tonquédec, Mathilde Seigner, Amelle Chahbi, Mylène Bude, Jean-Charles Rousseau, Grégoire Foessel, Swan L'Haoua.
Nous avons ici un bon exemple du film français multiculturel tendance comique, et plutôt réussi. Le multiculturel est en fait ici les multireligions. Un musulman qui se fait passer pour un imam, un rabbin, et un curé. Ils doivent cohabiter pour former un groupe musical qui pour chacun leur permettra de gagner de l'argent. Félix Éboué réussit à mener son film avec un rythme régulier et des rebondissements plutôt bienvenus même si quelquefois prévisibles.
Le film contient quelques bonnes idées comiques.
Le film est par exemple moins lourd que le gros succès de ce genre de comédie (Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron, 2014). C'est ici un peu plus léger; le réalisateur se révèle un plutôt bon directeur d'acteur et sait laisser l'espace à ses personnages sans se mettre trop en avant lui-même.