lundi 10 juin 2019

Amanda (2018) de Mikhaël Hers

Avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin, Ophelia Kolb, Marianne Basler, Jonathan Cohen, Greta Scacchi, Nabiha Akkari, Raphaël Thiéry, Claire Tran, Elli Medeiros, Zoé Bruneau, Lily Bensliman, Luke Tristan Haines, LawrenceValin.

Bande-annonce AmandaUn oncle (Vincent Lacoste) se retrouve à devoir gérer sa jeune nièce après la mort subite de sa maman (dans un attentat). Avant que cela n'arrive le film prend son temps pour installer les personnages et surtout le personnage de Vincent Lacoste. Puis le drame survient et le film procède par petites touches et oblige le spectateur à se questionner sur ce qu'il ferait lui-même dans pareille situation. Les personnages sont finement écrits et interprétés, avec mention spéciale à la petite fille qui interprète parfaitement et avec émotion son personnage. Le réalisateur aime filmer lorsqu'ils sont en déplacements, qui sont des intermèdes entre des scènes fortes et permettent d'apaiser le drame.
Vincent Lacoste est dans un ses interprétations nominales, un peut toujours similaires, mais il est surtout un élément sur lequel rebondissent les autres personnages qui sont parfaits: sa nièce, sa fiancée (très beau travail de Stacy Martin), sa tante, par exemple.

Frères Ennemis (2018) de David Oelhoffen

Avec Matthias Schoenaerts, Reda Kateb, Sabrina Ouazani, Adel Bencherif, Nicolas Giraud, Sofiane Zermani, Gwendolyn Gourvenec, Marc Barbé, Astrid Whettnall, Yann Goven, John Sehil, Raphaël Magnabosco.

Bande-annonce Frères ennemis
David Oelhoffen est accointé à un corpus de films intéressants. En tant que scénariste (L'Affaire SK1, bon policier-enquête de Frédéric Tellier sortie en 2015) ou réalisateur (le très beau Loin Des Hommes sorti en 2015 aussi). Ici il est réalisateur, toujours avec Reda Kateb, qui interprète à nouveau un personnage mutique.
Belle distribution et interprétations pour ce film policier autour de la traque de trafiquants dans une cité HLM. Avec Matthias Schoenaerts en trafiquants et Reda Kated en flic, tous deux issus de la même cité et anciens copain d'enfance.
Le scénario mélange habilement traque par la police et l'enquête associée, enquête au sein du milieu des trafiquants victimes de trahison, pour se rejoindre à un moment donné. Le tout dans un ensemble documenté sur le milieu de la police et sur le milieu des trafiquants, ici des immigrés d'Afrique du Nord.
De la belle ouvrage efficace. Il lui manque peut-être un peu d'âme ou de portée philosophique (comme en avait Loin Des Hommes).



Ma Mère Est Folle (2018) de Diane Kurys

Avec Fanny Ardant, Vianney, Patrick Chesnais, Arielle Dombasle, Jules Rotenberg, Quentin Minon, Ella Leyers, Karim Barras, François Neycken.
Bande-annonce Ma mère est folle
Un navet dans toute sa splendeur. Il y a pourtant de l'effort. Mais la mayonnaise ne prend pas.
Le film est mal écrit: l'évolution des personnages est brutale. Tout tombe à plat. Ou alors téléphoné.
Le film souhaite faire rire. Il n'arrive pas à faire sourire (Vianney ne peut pas faire rire, les excentricités de Fanny Ardant n'y arrivent pas, seule peut être Arielle Dombale). Et est rempli de clichés (l'homo de service est un esthète: comment peut-on encore filmer de pareilles conneries).
Le pauvre Vianey se débat avec un personnage sacrifié par le scénariste; aucune scène n'a été écrite pour son personnage et se débat dans un personnage passif dont le scénariste a oublié d'expliquer pourquoi il change de point de vue sur sa maman (celle du titre, Fanny Ardant en roue libre, qui est très professionnelle, mais ne semble pas faire partie du même film que les autres).
Comble de la fainéantise et de la médiocrité de la mise en scène: une voix off apparaît soudainement pour expliquer des états d'âme du personnage, pour que le spectateur comprenne ce que la mise en scène est incapable d'expliquer?
C'est en fait un film vieux, un film de vieillards du cinéma. Ou plutôt un film rance.
Curieusement la seule chose à sauver est la musique originale (pas les chansons affreuses).

En Guerre (2018) de Stéphane Brizé

Avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey, Olivier Lemaire, Martin Hauser, Jean Grosset, Isabelle Ruffin, Bruno Bourthol, Sébastien Vamelle, Jean-Noël Tronc, Valérie Lamond.

Bande-annonce En guerreDans la veine film social à forte réalité économique, Stéphane Brizé fait un sans faute. Après La Loi Du Marché (2015) avec Vincent Lindon, nous retrouvons ici une réalité dramatique. Ici le combat d'employés pour empêcher la fermeture de leur usine que la maison mère a décidé de relocaliser dans un pays de l'Est.
Toutes les arcanes de ce genre de conflit nous sont montrés (cinq noms au générique associés au scénario), pour aboutir in fine à un drame complet, et bien vu (le spectateur ne s'y attend pas). Trahisons, mensonges, entre grévistes, entre direction et grévistes, rancoeurs entre ouvriers et cadres, absurdité de la mondialisation, inutilité des représentants de l'état ou de la justice. Bref, un vrai bréviaire des conséquences de la mondialisation. Vincent Lindon est concerné, pour ne pas dire possédé, dans son rôle de leader de la contestation des employés.
Au point d'aller au bout de son personnage. Pendant le récit, nous essayons d'imaginer comme cela va se terminer: fin heureuse, solution mitigée, fin dramatique. C'est le drame qu'a choisi Stéphane Brizé, malheureusement le plus plausible et proche de la réalité que nous entendons dans les médias pour ces sujets.
La mise en scène est de type reportage pendant les séquences de manifestations.
Au total le film est fort. Il va au bout de ses choix. Tout en surprenant le spectateur.

En Liberté ! (2017) de Pierre Salvadori

Avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Damien Bonnard, Vincent Elbaz, Audrey Tautou, Jackee Toto, Hocine Choutri, Octave Bossuet, Norbert Ferrer, Martin Pautard, Emmy Stevenin, Jean-Louis Barcelona.
Bande-annonce En liberté !

Film rigolo et un peu fou, c'est à dire un savant mélange de comédie, de drame dans un contexte de film policier. Le film multi style est une réussite, d’abord grâce à un travail de scénario (ils sont trois à être crédités: gros travail d'écriture ou de réécriture?), puis d'interprétation.
Un flic ripou provoque la mise en prison d'un innocent, qui devient inadapté en prison et se comporte comme un fou une foi sortie de prison. La femme de ce flic ripou, apprend une fois mort qu'il était ripou et de sa forfaiture. Elle décide par culpabilité d'aider cet innocent.
Le film est un dosage habile de comédie et de drame, avec égrainé régulièrement des éléments "énormes" apparentés au dessin animé.
Le sérieux d'Adèle Haenel est bien exploité ici, où elle reste dans son style d'interprétation qui nous connaissons, mais au service d'une comédie.
Très bonne livrée pour Pierre Salvadori donc.

Solaris (1972) de Andreï Tarkovski

Avec Natalya Bondarchuk, Donatas Banionis, Jüri Järvet, Anatoli Solonitsyne, Nikolai Grinko, Olga Barnet, Tamara Ogorodnikova, Georgi Tejkh, Sos Sargsyan, Vladislav Dvorzhetsky.
Solaris - Blu-Ray de Andreï Tarkovski
Le film possède une hystérésis folle. Et ceci bien qu'il ne soit pas de tout repos. Beaucoup de bavardages philosophiques. Tout en ne voyant pas où le réalisateur veut en venir. À la fin nous comprenons que le réalisateur et le film nous disent qu'il ne faut pas vivre dans le passé, mais dans le futur. Soit.
L’hystérésis folle vient, pour ce film de science-fiction, d'un ensemble d'images de la nature, d'arbres, d'un lac, et de leurs végétations, magnifiques, de toute beauté. Ceci dans le premier tiers du film.
Le choix d'utiliser qu'avec parcimonie la musique, rend hypnotiques les images. C'est aussi une des forces du film.
Ensuite l'hystérésis vient de la station spatiale au-dessus de la planète Solaris; station spatiale déserte et dans un état d'abandon, qui va à l'encontre de l'imaginaire de la science-fiction occidentale, station délabrée, et partiellement abandonnée: il ne reste que deux personnes, que notre personnage principal, psychologue, retrouve. Les Soviétiques ayant détecté qu'il se passe quelque chose d'anormal dans cette station spatiale. Celle-ci est en orbite autour de la planète Solaris, recouverte d'un océan; cette planète ayant des effets sur ces cosmonautes vivants dans la station. Parmi ces effets, de faire apparaître des personnes dans la mémoire de ceux-ci. Par exemple, notre psychologue retrouve dans cette station sa femme, qui s'était suicidée. Ce qui donne lieu bien sûr à certaines remises en questions: individuelle, collective (la mission sur la station spatiale).
Tout en étant fascinant, le film reste par moment hermétique.

La Horde Sauvage (The Wild Bunch, 1969) de Sam Peckinpah

Avec William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan, Edmond O'Brien, Warrent Oates, Ben Johnson, Julie Sanchez, Emilio Fernandez, Strother Martin, L.Q. Jones, Albert Dekker, Bo Hopkins, Dub Taylor, Paul Harper, Jorge Russek, Alfonso Arau, Chano Urueta, Elsa Cardenas.

Bande-annonce La Horde sauvage - Director's CutLa séquence introductive du film donne le ton: tension, massacre, morts, bref la fin du monde. Le tout monté par un ensemble des coupures et de gros plans et de zooms qui donnent au film une dynamique alors que l'ensemble des plans et de la séquence sont très lents, et sans dialogue. De même que l'utilisation du ralenti  et du zoom comme éléments de mise en scène. Autre élément constitutif de cette séquence d'ouverture est la musique de Jerry Fielding pendant le générique puis la musique de la Fanfare à l'approche du massacre. Les principaux personnages sont installés par cette séquence: notre horde sauvage heureux héros fort peu recommandables, mais peints avec une certaine tendresse par Sam Peckinpah. Les méchants qui poursuivre notre Horde sauvage. Qui sont et encore moins recommandable, car ce sont des chasseurs de prime qui dépouille les cadavres et se repaissent des morts (ils sont en extase devant un ensemble de cadavres pour leur voler leurs affaires personnelles: chaussures pantalon, etc.).
Le climat du film ainsi que l'époque est peinte comme une fin du monde, comme une fin de période, comme la fin des cowboys et des hors-la-loi qui pouvait écumer le pays. Ils sont ici poursuivis par une compagnie ferroviaire et par l'armée américaine. L'automobile arrive. Les armes de masse (mitrailleuse) aussi. Nos héros fort peu recommandables sont aussi en fin de vie et avec une certaine lassitude et finalement tentent un dernier baroud d'honneur pour plonger dans une sauvagerie finale d'anthologie où ils décident de se suicider. Un exemple du talent de Sam Peckinpah à travers sa direction d'acteur, l'économie des dialogues et le sens du montage est la séquence ou Pike et les frères Gorch, chez des prostituées, décident de retourner récupérer leur copain Angel; séquence sans aucun dialogue ou presque où par le regard échangé ils décident d'y aller (se suicider). Séquence d'anthologie qui est précède l'autre, la séquence de marche vers l'arène où ils vont affronter Mapache, ses soldats, accompagnés par la vieille Europe représentée par le militaire Allemand (qui sera tuée en second).
Autre exemple de ce climat de fin du monde est la séquence épilogue, avec le vent, le ciel qui se couvre, la tempête qui marche. Robert Ryan attendant à l'entrée du village avec les charognards qui partent avec les cadavres et avec l'arrivée du vieux et des copains mexicains: très belle séquence encore une fois appuyée de manière imparable par la musique de Jerry Fielding. En fait ce film recèle quasiment que des séquences d'anthologie en plus de celles déjà citées on peut citer l'attaque du train, bréviaire pour apprenti monteur, on peut citer la séquence de la bouteille de whisky partagée entre eux sauf Warren Oates qui se termine par des éclats de rire. Séquence qui montre bien dramatiquement comment l'équipe est soudée mais aussi l'amour de Sam Peckinpah pour ses personnages peu recommandables.

Apocalypse 2024 (A Boy And His Dog, 1974) de L.Q. Jones

Avec Don Johnson, Charles McGraw, Alvy Moore, Jason Robards, Susanne Benton, Hal Baylor, Michael E. Hershman, Michael Rupert, Don Carter, Ron Feinberg, Hélène Winston.

Apocalypse 2024Un homme et son chien. C'est le titre original de ce film à l'histoire (Harlan Ellison,auteur) lz, riche et de grande qualité. Il s'agit bien d'un film de science-fiction qui se déroule dans un futur après la quatrième guerre mondiale qui a lieu dans les années 2020. La surface de la Terre est un désert où il est dur de trouver à manger, et où les survivants s'entretuent pour trouver de la nourriture. Les hommes sont aussi devenus peu fertiles, voire stériles. Dans le sous-sol (les villes on était ensevelies) des gens vivent: c'est une société autoritaire et dictatoriale qui s'est installée, mais ils ont aussi un problème de fertilité. C'est donc un film dans lequel un homme et son chien vivant en surface se retrouvent amenés à aller dans le sous-sol pour différentes raisons que nous n’expliquerons pas ici, mais qui font que de multiples articulations dramatiques se produisent. Autre particularité dans ce futur post-apocalyptique c'est que le chien est plus intelligent que l'homme et il communique par télépathie avec l'homme. L'homme est interprété par Don Johnson dans un rôle de jeunesse plutôt efficace et crédible dans le rôle d'un jeune homme dont la seule préoccupation est de trouver la nourriture pour son chien (qui en retour l'aide, vu qu'il est intelligent) et de trouver une fille pour forniquer. Il trouvera les deux, mais l'histoire n'évoluera pas comme nous pourrions l'imaginer ou comme notre héros le souhaiterait. Avec une fin surprenante, mais tout à fait dans la lignée de ce film de 1975. Le film est constitué de peu de décors (un désert en surface) puis quelques décors de studio et une prairie, mais il arrive à produire une certaine richesse de bon aloi (picturale, sociétale, décors). Seule la musique un peu bizarre date le film qui par ailleurs tient toujours la route grâce à cette excellente histoire et ce très bon scénario. Il pourrait très bien être refait de nos jours avec les images numériques, mais il perdrait probablement de son charme de film fait avec peu de moyens.

Point Limite Zéro (Vanishing Point, 1971) de Richard C. Sarafian

Avec Avec Barry Newman, Cleavon Little, Dean Jagger, Victoria Medlin, Paul Koslo, Robert Donner, Timothy Scott, Gilda Texter, Anthony James, Arthur Malet, Karl Swenson, Severn Darden, Tom Reese.

Bande-annonce Point limite zéroLa séquence qui ouvre le film donne le ton et le climat de ce chef-d'œuvre. De longs panoramiques circulaires sur des paysages et une petite ville de l'Ouest américain. Des visages burinés. Des maisons en délabrement. Une route qui traverse cette ville semi-désertique. Et puis derrière des paysages de l'Ouest américain tel que nous pouvons les connaître et vus à de multiples reprises dans les westerns. Le film ne contient quasiment aucun dialogue pendant ce prologue et montre une bonne partie de certains protagonistes, tous concernés et inquiets ou surveillant quelque chose. Puis deux bulldozers arrivent et bloquent la route. Séquence avec très peu de musique. Petit à petit nous comprenons qu'une voiture fonce sur cette route de l'Ouest et va arriver vers cette ville. Puis lorsque la voiture arrive, la route étant bloquée, elle fait demi-tour. La voiture est poursuivie et même suivie par des hélicoptères. Puis nous avons un flash-back qui nous ramène deux jours avant pour lancer pleinement l'histoire du film. Quasiment aucun dialogue. De la mise en scène pure.
Il s'agit ici d'une voiture qui est transportée (conduite) à travers trois États étatsuniens par Kowalski (nous ne savons pas pourquoi et quelque part ce trajet en voiture n'est qu'un prétexte). Prétexte a rencontrer tout un ensemble de personnages dans cette Amérique profonde: qui peuvent-être apparentés à la contre-culture de l'année 1971. Des hippies, des religieux sectaires, des Africains-Américains dont un animateur de radio aveugle, des racistes, tout un tas de personnages que le film égraine au gré du voyage en voiture. Le film est un long voyage en voiture. Cela pourrait paraître lassant, mais pas du tout. Le film est entrecoupé de retours en arrière, qui rendent compte des événements encore plus antérieurs concernant notre personnage principal, Kowalski, qui est présenté par petites touches, par des bribes d'explication. Il a été policier. Il a une grande déception sentimentale. Et le scénario distribue des informations sur ce personnage. Pendant tout le périple.
Et lorsque le film arrive à la scène introductive du film, elle est différente du prologue du film. Idée géniale qui surprend et perturbe un peu le spectateur, mais qui est plus dans l'idée de fuite en avant de notre personnage et de l'époque qu'il représente. Le film a été tourné en en pleine guerre du Vietnam.
Une des forces du film vient du personnage de Kowalski qui garde toujours un petit peu de mystère, même si les flash-back caractérisent le personnage.
Ce road-movie se révèle être donc un chef-d'œuvre, passionnant, même si l'on a pas d'intérêt  pour la mécanique, à la fois pour la période historique qu'il représente et aussi en termes de structure dramatique.

jeudi 23 mai 2019

Douleur Et Gloire (2019) de Pedro Almodóvar

Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia, Nora Navas, Julieta Serrano, César Vicente, Asier Flores, Penélope Cruz, Cecilia Roth, Susi Sanchez, Raul Arevalo, Pedro Casablanc, Julian Lopez, Rosalia, Eva Martin, Agustin Almodovar.
Douleur et gloire 
Le style de Pedro Almodovar se simplifie avec le temps,  il s'épure, et se réduit à l'essentiel, c'est à dire l'émotion.
Toujours avec les mêmes acteurs et actrices.  Toujours avec les mêmes figures: la mère,  l'enfant,  l'amie, l'amant. Toujours en jouant avec le temps: multiples allers et retours entre le présent et le passé.
Les états d’âme artistiques et sentimentaux de ce réalisateur (Antonio Banderas, qui nous rappelle ainsi qu'il peut être un bon acteur) nous touchent alors que nous sommes complètement indifférents à cet univers. À travers cette histoire, différents sujets sont abordés: la fin de vie, la famille, la solitude, la création artistique.
C'est la force du cinéma de Pedro Almodovar; rejoindre l'universalité à travers le particulier.
Le personnages d'Antonio Banderas est touchant et suscite aussi régulièrement de l'humour et des sourires, tant les malheurs, de son point de vue, s'abatent sur lui. Antonio Banderas joue très bien ce personnage neurasthétique, qui éprouve de la difficulté à trouver de la joie. Si ce n'est lorsqu'il se drogue, où il semble se sentir mieux. D'ailleurs le film sur cet aspects là peut sembler justifier la prise de drogue.
Un beau film et une histoire simple.


Sausage Party (2016) de Conrad Vernon et Greg Tiernan

Bande-annonce Sausage Party: La vie privée des aliments - Édition Spéciale FNAC - DVD + Digital UltraVioletSausage Party est l'anti-Disney. C'est un dessin animé, qui n'est pas niais comme une production Disney. Mais qui peut paraître débile à une certaine partie de la population.
L'histoire est celle d'une saucisse qui rêve de fourrer un pain de hot dog, tous les objets d'un supermarché étant des individus qui rêvent d'être achetés par des humains pour aller au Paradis (être mis dans un caddie pour être consommé), c'est-à-dire mourir, être détruits par les humains qui passent de dieux à monstre (la vérité est qu'il n'y a pas de Paradis pour les objets achetés - qui sortent du supermarché -). De là dire que c'est un film contre la société de consommation, peut-être...
Ce que démontre ce film, c'est qu'il est possible de réaliser un dessin animé qui est amusant, qui parle de sujets d'adultes, et qui présente les humains comme des créatures d'horreur et donne au film un climat  de film de monstres. C'est bien vu, et rempli d'un humour caustique.

Au Revoir A Jamais (The Long Kiss Goodnight, 1996) de Renny Harlin

Au revoir, à jamaisAvec Geena Davis, Samuel L. Jackson, Brian Cox, Yvonne Zima, Craig Bierko, Tom Amandes, David Morse, Melina Kanakaredes, G.D. Spradlin, Larry King, Patrick Malahide, Joseph Mckenna, Alan North, Edwin Hodge.

Il est regrettable que ce véhicule pour Geena Davis n'ait pas marché.  Il avait pour but d'en faire une star du cinéma d'action (en fait, une deuxième tentative après L'Ile Aux Pirates - 1995 - du même Renny Harlin). Ce qu'elle confirme avec brio. A la fois à l'aise dans les scènes de comédie et les scènes d'action, elle accapare la caméra. C'est dommage.
Car le  film est parfait. Et c'est un chef-d’œuvre dans son genre. Plus orienté vers l'humour et le film d'action que le film à suspense.
Sur un patron de scénario qui sera repris des années après par la franchise Jason Bourne: un agent spécial du gouvernement étasunien, tueur professionnel, mais amnésique, qui vit une vie de famille typique, se remémore progressivement son passé, puis a des résurgences progressives puis brutales de son passé qui se réveille petit à petit, ainsi que ses capacités physiques.
Le scénario est de plus un buddy movie (scénario de Shane Black) où Geena Davis, femme au foyer, mais bête de guerre endormie, fait équipe avec un détective privé alcoolique (Samuel Jackson, dans une de ses meilleures performances).


dimanche 12 mai 2019

Opération Funky (Undercover Brother, 2002) de Malcolm D. Lee

Avec Eddie Griffin, Denise Richards, Aunjanue Ellis, Chris Kattan, David Chapelle, Neil Patrick Harris, Chi McBride, Billy Dee Williams, Jack Noseworthy, Gary Anthony Williams, Robert Trumbull, William Taylor, Shauna Macdonald, Ron Pardo, James Brown.

Opération funky

C'est l'histoire d'un James Bond afro-américain qui se croit encore dans les années 70 (vêtements, chaussures, coupe de cheveux) qui rejoint une organisation secrète conduite par des Afro-Américains militants. Ensemble ils doivent affronter un super méchant appelé The Man (qui veut empêcher un Afro-Américain d'être candidat à l'élection présidentielle) que l'on ne voit jamais. Mais nous voyons son homme de main, Chris Kattan méchant avec humour.
Cette comédie qui se moque des Blancs, mais aussi des Afro-Américains est une totale réussite dans un humour déjanté avec plusieurs séquences d'anthologie qui raviront les gourmets (la bagarre sous la douche de Denise Richards et Aunjanue Ellis, le pétage de plomb de Neil Patrick Harris, l'affrontement de Chris Kattan et Eddie Griffin, parmi tant d'autres). Le patron de scénario est celui d'un James Bond ou d'un Mission: Impossible, mais en beaucoup plus amusant!
Pour une fois, le titre français est plutôt bien trouvé et correspond à l'esprit du film.
Cette comédie rejoint le club fermé des comédies référentielles des années 2000 (Rien Que pour Vos Cheveux de Dennis Dugan - 2008-, Ricky Bobby: Roi Du Circuit d'Adam -2006 -, Zoolander de Ben Stiller - 2001-, Même Päs Mal ! (Dodgeball) de Rawson Marshall Thurber - 2004 -, par exemples).

Le Livre d'Image (2018) de Jean-Luc Godard

Le Livre d'imageQue dire sur une oeuvre d'art contemporaine qui mélange des images, des extraits de films, des textes, de la musique. Les images sont retravaillées (colorimétrie, contraste, saturation). Cela donne un maelstrom d'images. Ce maelstrom pouvant provoquer indifférence par moment, émotion par moment, interrogation par moment.  JLG se permettant ce que les films grands publics narratifs ne peuvent se permettre: écran noir, phrases coupées, images floues ou mal définies, dialogues se chevauchants, dialogues coupés, etc. Ingrédients que JLG utilise depuis longtemps.
C'est une oeuvre dadaïste, mais la gaieté en moins.
Avec son titre, nous avons l'impression que Jean-Luc Godard questionne et essai de répondre à la question: quel serait le livre de l'image cinéma, pour revenir encore et toujours au questionnement de ce qu'est le cinéma. Nous y retrouvons: les mots et la matière littéraire à l'origine de films; mais aussi la musique et les bruits, éléments constitutifs fondamentaux (même dès le muet); mais aussi les acteurs et actrices, autres ingrédients constitutifs fondamentaux.
Ce livre n'est pas de tout repos, car il tend à montrer les faillites du monde. Il n'est pas gai.


Collateral (2004) de Michael Mann

Avec Tom Cruise, Jamie Foxx, Jada Pinkett Smith, Bruce McGill, Peter Berg, Emilio Rivera, Barry Shabaka Henley, Richard T. Jones, Jason Statham, Irma P. Hall, Mark Ruffalo, Javier Bardem.

Bande-annonce Collateral
Belle idée de scénario pour ce road-movie de nuit. Exercice de style (comment filmer la rue, comment filmer la ville la nuit, comment filmer l'intérieur d'un taxi).
Le film empile les plans esthétiques voire esthétisants, de la ville la nuit, ses buildings, ses automobiles donc.
Au milieu de ces plans esthétiques et musiques travaillées, nous avons Jamie Foxx en conducteur de taxi, perdant de la vie, et Tom Cruise en tueur professionnel (mais pas le premier de la classe: il commet quelques erreurs, qui permettent des articulations dramatiques). Le film est découpé en plateaux au cours desquels Tom Cruise doit abattre un témoin assisté, ce qui a le don de ne pas plaire à Jamie Foxx, avec lieux différents chaque fois, et modes opératoires différents et donc conséquences différentes.
Au total, nous avons là de la belle ouvrage, qui tourne un peu à vide. Mais ce genre de polars manque cruellement dans la production grand public étatsunienne des années 2010 (qui est viciée par les films de superhéros).




La Rage Du Tigre (The New One-Armed Swordsman, 1971) de Chang Cheh

Avec David Chiang, Ti Lung, Feng Ku, Li Ching, Chen Hsing, Chung Wang, Kang-Yeh Cheng, Hark-On Fung, Hsieh-su Fung, Hsia Hsu, Ha Huang.
Bande-annonce Le Sabreur manchot - La trilogie - Un seul bras les tua tous + Le bras de la vengeance + La rag...
Nous restons fascinés par ce chef-d'oeuvre de Chang Cheh. Sa violence graphique au service de cette histoire d'honneur et d'amitiés où un chevalier sabreur (David Chiang, habité et moue mutine) s'autocoupe le bras suite à sa perte d'un combat contre un chevalier perfide (le Maître Long interprété par Ku Feng) et calculateur (il utilise un fléau à trois branches truqué, et sourit beaucoup). Il se retire des arts du sabre et devient serveur dans une auberge, mais aussi la risée de tout le monde. Seule la délicieuse Li Ching croit en lui et essai de le faire revenir au sabre malgré un bras en moins. Mais rien n'y fait. Puis arrive un nouveau chevalier (Ti Lung, flamboyant), qui devient son ami, mais qui décide d'affronter Ku Feng pour dénoncer sa perfidie. Mais il perd son combat, et comme il refuse de se mutiler (se couper un bras), il est découpé en deux. David Chiang, fou de rage reprend le sabre et les tue tous (d'ailleurs ce film est le deuxième remake de la même histoire: Un Seul Bras Les Tua Tous de 1967 et Le Bras De La Vengeance de 1968, aux titres évocateurs).
Ce canevas dramatique simple et à prétexte est supporté par des décors de studio très stylisés (pour ne pas dire carton-pâte) mais aussi par une mise en scène à base de beaucoup de travelings et de panoramiques, dont même certains champs contre champs sont traités en traveling.
Au total, tout est schématique, avec le héros masochiste, avec le méchant ricanant, avec la bande-son fausse et les sons exagérés (le moindre mouvement de sabre fend l'air ou produit un claquement, le moindre choc donne un bruit de coup de poing sur de la viande), la musique tellement années 60, les combats irréalistes au possible, mais cela produit un film référentiel qui garde son impact et sa puissance.

Du Mouron Pour Les Petits Oiseaux (1963) de Marcel Carné

Avec Paul Meurisse, Dany Saval, Suzy Delair, Suzanne Gabriello, Roland Lesaffre, Jean Richard, Jeanne Fusier-Gir, Dany Logan, Jean Parédès, Jean-Marie Proslier, Robert Dalban, Sabine Anglade, Joëlle Bernard, Franco Citti.

Du mouron pour les petits oiseaux Blu-rayLa première chose qui vient à l'esprit en visionnant ce film est la question suivante: un film qui présente des personnages misogynes est-il misogyne lui-même?
Ceci étant dit, la réponse importe peu. Nous avons ici une brochette de personnages dont les préoccupations sont l'argent. Brochettes de personnages qui se développent progressivement: nous ne comprenons pas pendant un moment où l'histoire va nous mener. Avec quand même deux personnages principaux autour desquels gravitent les autres. Dany Saval, championne pour interpréter une fausse cruche que nous avons envie de frapper. Qui attirent les mâles, elle étant attirée par l'argent. Et Paul Meurisse, lui interprétant un faut bourgeois respectable, qui est attiré par les filles et qui attire les curieux avides d'argent.
La distribution est très riche, car l'histoire se déroule dans un immeuble dont le propriétaire est Paul Meurisse et nous côtoyons la vie des différents habitants: un tailleur mystique, une vieille insupportable, la concierge, le propriétaire - Paul Meurisse donc -, le boucher et la bouchère (Jean  Richard, impeccable, mais un peu en roue libre, Suzy Delair excellente). Il faut reconnaitre au scénario sa qualité de mixage d'une multitude de personnages.
La direction d'acteur n'est par contre pas très subtile, c'est le moins que nous pouvons dire. Elle est même balourde pour les acteurs masculins.
Le défaut du film est la faible empathie qu'il provoque  vis-à-vis des personnages. Si ce n'est pour celui du boucher, avec Jean Richard, bon dans un personnage de boulevard.
D’ailleurs le film pourrait très bien être une pièce de théâtre avec une mise en scène revue.


Hostiles (2018) de Scott Cooper

Avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi, Adam Beach, Ben Foster, Rory Cochrane, Jesse Plemons, Timothée Chalamet, Jonathan Majors, Peter Mullan, Paul Anderson, John Benjamin Hickey, Ryan Bingham, Stephen Lang, Q'Oriank Kilcher, Stafford Douglas, Tanaya Beatty.

Bande-annonce HostilesHostiles nous raconte les éléments constitutifs de la société étatsunienne. C'est-à-dire la violence qui constitue son socle, ses fondations. Violences commises à l'encontre des Amérindiens. Violences contre les Tuniques Bleues. Violences contre les colons blancs. Violences des Commanches envers les Cheyennes. Violences qui sont montrées comme constitutives des USA of America.
Bref, nous sommes dans un western crépusculaire où un officier tueur d'indien doit conduire un chef Cheyenne prisonnier tueur de blancs dans son pays, car il est sur le point de mourir (maladie incurable).  Chemin faisant ils vont rencontrer de magnifiques paysages (le film contient de multiples plans de transitions, ultra cliché pour un western, mais apportant un peu de repos et de respiration dans ce flot continu de violences physiques et psychologiques), ils vont rencontrer Rosamund Pike (interprétation habitée) dont la famille vient d'être massacrée par les Commanche, puis différents évènements ou groupes de personnes qui vont faire évoluer leurs perceptions sur le vivre ensemble.  Le film est un geyser de violences, sans être frontale à la caméra, mais toujours présente. Le film questionne le devenir de soldats ou guerriers champions dans le massacre lorsque la paix arrive. Le film n'y répond pas, mais il pose bien la problématique.
La direction d'acteur est subtile. Christian Bale s'en sort bien en étant sobre et concerné: concerné, il l'est à chaque fois, sobre est plus rare. Mais ici son interprétation est subtile et laisse poindre l'évolution de son personnage à travers un simple rictus ou un mouvement d'oeil, par exemple.


Bohemian Rhapsody (2018) de Bryan Singer et Dexter Fletcher

Rami Malek, Gwilym Lee, Lucy Boynton, Ben Hardy, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander, Allen Leech, Aaron McCusker, Mike Myers, Michelle Duncan, Max Bennett, Ace Bhatti, Jess Radomska.

Bohemian Rhapsody DVDCette biographie romancée du chanteur Freddie Mercury permet de parler du groupe Queen. Lorsque l'on connait les morceaux du groupe, en particulier ceux qui ont fait la tête des hit-parades, le film devient intéressant, en particulier lors de la création de certains de ceux-ci. Sur l'aspect création musicale le film est plutôt bien loti, sans être entièrement dédié à cela.
Mais il arrive à indiquer certains éléments liés à la création de certains morceaux. Car il s'agit bien d'une biographie romancée de Freddie Mercury. Le scénario est centré sur son personnage. Sa famille, ses aventures sentimentales ou sexuelles, sa solitude, son entourage, sa relation au groupe Queen.
Sur la forme de la biographie, le film est très académique, sans invention. Mais au total efficace, dans le sens où il délivre certains attendus: certains jalons de la vie du groupe Queen.
La reconstitution est au summum, mais elle ne saurait être un discriminant pour une telle production où la qualité technique est un minimum attendu.

Le Désordre et la Nuit (1958) de Gilles Grangier

Avec Danielle Darrieux, Jean Gabin, Paul Frankeur, Nadja Tiller, Hazel Scott, Robert Manuel, François Chaumette, Louis Ducreux, Roger Hanin, Jean-Pierre Cassel.

Le désordre et la nuit Blu-rayJean Gabin est un policier qui enquête sur un meurtre dans le milieu de la nuit. Une enquête à sa manière, car son comportement avec certains personnages ne cadre pas vraiment avec son statut de policier. Parmi ces personnages, il y a le patron d'une boite de nuit qui est aussi trafiquant de drogue, il y a une pharmacienne, il y a une jeune droguée apprenti chanteuse. Tout ce monde interagit au grès de l'enquête, mais aussi du fonctionnement de la police. Jean Gabin interprète un policier qui mène son enquête et démissionne pour partir avec la jeune droguée. Entre les scènes dans la boite de nuit, à la police, dans la rue, à l’hôtel (notre policier - Jean Gabin - couche très vite avec la jeune droguée), mais aussi les numéros musicaux dans la boite de nuit, il en ressort un film au ton particulier, qui sort des clichés du genre pour donner un film qui surprend. La manière dont sont peints les personnages féminins, les relations sans ambiguïtés avec le policier. Bref, le film n'est pas dénué d'une certaine modernité ou plutôt il surprend pour un film de 1958 dans sa manière d'aborder certaines relations hommes-femmes.